Paroles de Femmes: Marina Tsvetaeva, la femme-poète

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          C’est avec plaisir que je participe au challenge d’Aurore @papiercrepon et @spleenique sur Instagram qui consiste à rendre hommage à des femmes artistes  (ou non d’ailleurs) et de porter leur voix. Je me permet d’ailleurs d’utiliser le joli logo de @_juliereve_ Rien de bien compliqué, il s’agit de poster de poster quelques mots sur une personnalité qui nous a marqués de par son oeuvre ou simplement pour ses idées. Pour ce premier thème, lequel consiste à publier une présentation d’une artiste que vous souhaitez faire découvrir, mon choix s’est porté sur Marina Tsvetaeva, poétesse, dramaturge, épistolière russe, trop injustement méconnue,  Марина Ивановна Цветаева.

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Marina Tsvetaeva

          Marian Ivanovna Tsvetaeva fut à la fois poétesse, dramaturge, traductrice, journaliste, essayiste. C’est une vie plutôt mouvementée qu’elle vécu, partagée entre sa vie intime littéraire et sa vie familliale, mise à mal par la mort de ses enfants, la rudesse de la vie moscovite après la révolution d’Octobre 1917, la séparation d’avec son mari Serguei Efron, engagé dans l’armée des Volontaires (les Russes blancs), l’exil à Prague, à Paris, à Munich. De retour en URSS en 1939, elle se suicidera deux ans plus tard.

           Son oeuvre n’a pas trouvé en son temps de reconnaissance auprès de ses compatriotes, de Staline (sa poésie est fortement marqué par le thème tsariste) ni auprès du Paris littéraire, ou l’on estimait ses vers trop apprêtés et qui ne trouvait pas vraiment d’intérêt à sa poésie d’autant plus que l’auteure était à la fois femme et russe, loin du mouvement surréaliste en vogue à ce moment-là. Elle a rejeté le communisme, par son refus du collectivisme et de la négation de l’individu, elle qui revendiquait sa liberté à ne pas suivre un groupe quel qu’il soit. C’est seulement auprès de ces clinquantes dernières années que son oeuvre fut réhabilitée. Marina Tsvetaeva sympathisa avec de nombreux auteurs russes, dont Pasternark et Maïakovski, qui l’abandonnèrent tous à son sort une fois qu’elle fut rentrée en URSS. Elle entretint un lien fort à travers sa correspondance avec l’auteur de langue allemande Rilke.

La nostalgie! Un pseudo-mal

Démythifié de longue date

Ca m’est complètement égal

Où vivre complétement seule,

¤

Sur quels pavés rentrer chez moi,

Portant mes provisions, si terne

Est mon logis, qui ne sait pas

S’il est vraiment à moi, caserne

¤

Ou hôpital. Peu me soucie

De qui je serai prisonnière,

Qui me tiendra à sa merci,

Qui me chassera, étrangère,

¤

Vers mes sentiments esseulés.

Semblable à un ours sans tanière

Où végéter, déracinée,

Où m’abaisser, tout m’indiffère.

¤

Même de ma langue, lactée,

Je saurai éviter l’emprise.

Quelle importance en quel parler

Du passant rester incomprise!

(…)

La Nostalgie, 1934

          De ses vers, on parle de poésie de l’exil. Son oeuvre ne se revendique d’aucune école particulière, très imagée, elle mêle langue populaire et langue littéraire, de la poésie russe classique – de Pouchkine à Blok – à la poésie populaire. Elle s’inspire à la fois de la mythologie grecques et des contes russes comme dans La fiancée du roi, 1922. Nabokov parlait d’un « écrivain génial », que sa prose « concentrait une puissance extraordinaire ». Fascinée par la révolution, elle écrira d’ailleurs des poèmes politiques, à travers cette audace du non-conformisme et le refus de l’ordre existant.

          Voila un extrait des dix tomes d’écrits intimes publiés en russe par Tzvetan Todorov intitulé Vivre dans le feu, qui regroupe quelques unes de ses correspondances envers des proches et des amis.

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Extrait d’une de ses lettres à Raïssa Nikolaevna

Moi – c’est autre chose, toute ma vie on m’a reproché mon insuffisance idéologique, et même, pour ce qui est de la critique soviétique, mon manque de fondement. Le premier reproche, je l’admets: car à défaut d’avoir une CONCEPTION DU MONDE – j’ai une SENSATION DU MONDE. Le manque de fondement? Si c’est une allusion à la terre, au fonds, au pays natal – mes livres sont une réponse à cela. Si c’est une allusion à la classe sociale, voire au sexe si vous voulez – oui, je n’appartiens à aucune classe ni à aucun parti ni à aucun groupe littéraire, JAMAIS. Je me souviens même d’une certaine affiche sur les palissades de Moscou en 1920: SOIREE DE TOUS LES POETES. LES ACMEISTES – UN TEL, UN TEL, LES NEO-ACMEISTES – UN TEL, UN TEL, LES IMAGINISTES – UN TEL, UN TEL, LES ISTES-ISTES-ISTES – et, tout à la fin, après un vide:

– et – 

MARINA TSVETAEVA

(comme – toute nue!)

Il en a été et en sera toujours ainsi, Ce que j’aime? La vie. Tout. Tout – partout, peut-être toujours la même chose – partout.

 

         Tzetan Todorov dit d’elle dans sa préface: « Le personnage du passé auquel son destin fait le plus penser est Vincent Van Gogh. Comme celui du peintre, le génie du poète est éclatant. Comme lui, elle poursuit une existence à la fois misérable et exaltée, une quête acharnée de l’absolu. Comme lui, elle choisit d’y mettre fin par le suicide. »

N’hésitez pas à aller faire un tour sur Instagram pour d’autres chroniques!

 

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