Le club Jane Austen

Karen Joy Fowler, Éditions Folio, 373 p.

The Jane Austen Book Club, Ma note ♦♦◊◊◊

 

En ce début de XXIe siècle, un club singulier voit le jour en Californie. Comme d’autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l’œuvre de Jane Austen. S’ensuit une sublime chronique sur l’air du temps ou la voix de la plus grande romancière anglaise vient éclairer l’éternelle tragi-comédie des sentiments, et son tourbillon de rencontres, d’épreuves, de séductions et de jeux entre l’impossible et le possible que seul peut dénouer l’amour. Car, comme vont le découvrir les membres du club, il n’est peut-être de plus belle fiction que la plus ordinaire des vies.

Résumé issu de la quatrième de couverture de l'édition Folio

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          Karen Joy Fowler est à l’origine une auteure de science-fiction et de fantasy. Le club Jane Austen est le premier roman de la femme de lettres américaine qui ne rentre pas dans le cadre de ces genres littéraires. Effectivement, on ne trouvera rien de plus prosaïque que cette ouvrage de presque quatre cents pages. J’ai acheté ce livre en librairie, en grande partie je l’admets, à cause de ce titre, très alléchant, et au joli résumé qui orne la quatrième de couverture. J’ai lu quelques romans de Jane Austen il y a bien longtemps de cela et le fait qu’une romancière ait eu l’idée de prendre sa plume pour bâtir toute une intrigue autour de l’auteure britannique me plaisait assez. Car, dans mes souvenirs, je restais avec une assez bonne impression des romans que j’avais pu lire et malheureusement trop vite oubliés. Titillée par ma curiosité, j’ai voulu me rendre compte de la façon dont elle avait traité l’œuvre de Jane Austen. Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne j’ai une affection particulière pour les romans qui accordent une place particulière aux livres, à la lecture, à la littérature, bref à la mise en abîme de ma propre inclination.

          Ce roman est accompagné a posteriori de plusieurs textes que l’auteure nomme bien aimablement « guide du lecteur ». Cela m’a laissée assez perplexe, j’avoue que c’est la première fois que je rencontre ce type de postface. D’habitude, et plus principalement concernant la littérature classique, on y trouve plutôt le terme « dossier » parce que finalement c’est bien de cela qu’il s’agit. Mais c’est un complément d’information qui rapporte une sorte de valeur ajoutée au roman: en plus d’un résumé succinct de chacun de ses romans, on y trouve rapportées les réactions de la famille de Jane Austen, quelques critiques, anonymes ou non, sur ses œuvres, par des personnalités ou d’autres personnes bien ordinaires, par des journaux, une bibliographie, et enfin les problématiques soulevées par chacun des participants du club sur cette œuvre. Ce qui manque et m’aurait semblé peut-être plus important que le dernier point mentionné, ça aurait peut-être été une biographie de l’auteure tant qu’à faire. Soit. Comme je l’ai précisé plus haut, si j’ai bien lu certains des romans de Jane Austen (Orgueil et préjugés, Persuasion), cela remonte maintenant à quelques années et j’avoue n’avoir aucun souvenir bien pertinent qui me soit resté en mémoire. Il est vrai qu’à certains moments, la méconnaissance de son œuvre peut porter préjudice à la bonne lecture du roman. Je n’en ai pas perdu le fil mais j’ai été dans l’incapacité de juger de la pertinence des avis émis par chacun des lecteurs.

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         Il s’agit d’un club de lecture assez restreint: Jocelyn Morgan, Sylvia Sanchez, sa fille Allegra, Prudie, Grigg et Bernadette. Pêle-mêle, il est question de discussions à bâtons rompus autour d’un roman, qui diffère à chaque séance, d’échanges de bribes d’analyses, de débats autour d’un thé chaud et de biscuits secs mais pas seulement. À côté de cela, la narration s’attache en outre à décortiquer l’histoire et la personnalité de chacun des membres. Car, ils sont tous liés, différemment, les uns aux autres et c’est aussi la nature de ce lien que Karen Joy Fowler dépeint minutieusement, méthodiquement. Histoires mises en parallèle, on s’en doutera, avec les récits austeniens. Sylvia et Jocelyn sont amies d’enfance, cette dernière a fondé le club et s’est occupée de lancer les invitations. Grigg est le seul homme du groupe, que seule Jocelyn fréquente. Sylvia se retrouve finalement au centre de tout, Sylvia que son mari vient de quitter et qui reste encore sous le choc de cette séparation. À côté d’elle il y a Jocelyn, qui essaie de garder la maîtrise et le contrôle, obsessionnel sans aucun doute, sur tout ce qui l’entoure, Allegra son hypersensible de fille, Prudie, qui enseigne le français – sans n’être jamais allée en France (suis-je la seule que cela questionne?), Bernadette qui essaie de contenter chacun et chacune et Grigg, le dernier venu, qui essaie tant bien que mal de s’intégrer à ce cercle féminin.

           Le schéma narratif de ce roman est simple: les scènes narratives centrées sur le groupe sont entrecoupées des discussions sur les personnages d’Austen. Est-ce que l’auteur a voulu à travers la vie de ses acteurs revisiter le panel des personnages austeniens? Sans doute que oui car je n’ai pas vraiment vu d’autres enjeux à ce roman si ce n’est celui-ci. L’histoire de Sylvia quittée par son mari est somme toute d’une banalité assommante, de fait, les vies de ses compagnons de lecture n’en sont pas moins ordinaires, seule sa fille Allegra me semble sortir un peu du lot. L’évocation de ces tranches de vie sont loin d’être désagréables, j’ai même pris plaisir à lire le récit de l’enfance et de l’adolescence de ces deux femmes, Jocelyn reste encore le personnage le plus creusé du livre, Allegra celui qui m’a le plus intéressée mais qui ne joue réellement aucun rôle précis si ce n’est celui de soutenir sa mère, mais Bernadette et Prudie sont totalement inconsistantes, et l’auteure en est tout cas complètement passée à côté. Gribb, le seul homme de la clique, se fait malmener dans les grandes largeurs, et ne me semble servir que de faire-valoir à une histoire, où le manque évident d’homme obligeait d’en inventer un, quitte à ce qu’il ne soit pas plus utile qu’un pot de fleurs.

           J‘ai sincèrement trouvé le résumé de la quatrième de couverture bien mieux écrit que ce roman lui-même. Au-delà de l’insipidité de l’écriture de l’auteure, on ne saurait trop lui faire de trop grands reproches, si ce n’est qu’il fait partie des romans aussitôt oubliés une fois que la dernière page tournée. On aurait peut-être aimé, en effet, un peu plus de profondeur à cette histoire qui prend appui sur le riche héritage d’un grand nom de la littérature anglaise pour nous fabriquer une sorte de remake à la sauce nord-américaine de ce troisième millénaire. Karen Joy Fowler ne parvient toutefois jamais à égaler celle qui lui a inspiré ces lignes, n’est pas Jane Austen qui veut. Ces personnages, également, loin d’être inintéressants, restent insuffisamment exploités à mon goût. Cette écriture, un peu mièvre, qui ne possède pas vraiment de style, est à la hauteur des reproches que j’ai pu précédemment émettre à l’encontre de la trame et de ses protagonistes.

         Finalement, ce qui est dommageable dans ce livre, c’est que l’on en ressort avec l’impression que Karen Joy Fowler n’avait pas grand choses à dire, ni sur Jane Austen et son œuvre, qui aurait mérite un sort bien plus louable que celui que la femme de lettres américaine lui a réservé, ni sur son héritage ou sur cette possible relecture, et pas grand-chose non plus sur ces personnages, dont la narration, en grande partie, se centre sur le passé de chacun d’entre eux et l’exploration de leur vie actuelle. Aucun lien véritable ne s’est vraiment créé entre eux, leurs interactions relèvent du stricte minimum et les séances de lectures restent sans intérêt. Alors, fatalement, je reconnais n’avoir pas grand chose à en dire non plus, si ce n’est que ce roman m’aura au moins donné l’envie de ressortir de leur étagère les romans de l’auteure britannique. Mauvais choix que ce roman, au suivant.

 

Chapitre II

Où nous lisons Raison et sentiments avec Allegra

Liste non exhaustive de choses qu’on ne trouve pas dans les livres de Jane Austen:

  • des meurtres en chambre close
  • des baisers exténuants
  • des filles habillées en garçons (et l’inverse, rarement)
  • des espions
  • des tueurs en série
  • des manteaux qui rendent invisible
  • des archétypes jungiens, ce qui est bien dommage, des doppelgänger
  • des chats

Mais ne nous fixons pas sur le négatif.

« Je ne crois pas qu’il y ait mieux dans toute l’œuvre d’Austen que ces pages où Fanny Dashwood persuade son mari, pas à pas, et pas à pas encore, de renoncer à donner la moindre somme d’argent à sa belle-mère et à ses sœurs » dit Bernadette. Elle répétait le même point de plusieurs manières toutes aussi peu éclairantes les unes que les autres, tandis qu’Allegra écoutait le léger bruit de percussion de la pluie sur le toit, les vitres, la terrasse. Bernadette aujourd’hui portait une robe qui ressemblait à celles qu’on met dans le désert, mais d’un bleu pervenche. Ses cheveux avaient été coupés, ce qui réduisait les possibilités d’improvisation, et elle avait très belle allure, ce qui était d’autant plus remarquable que cette sorte d’opération magique s’était déroulée sans le moindre miroir.

Dehors il faisait froid et humide, comme souvent en avril lorsque vous venez juste de vous persuader que le printemps est arrivé. Le dernier rire de l’hiver. Dans l’immense salon de Sylvia, le club Jane Austen avait pris place autour du poêle à bois, porte ouverte et flammes encerclant les bûches. Au-dessus, une centaine d’yeux d’oiseaux fixait la petite assemblée – les yeux du bois d’érable du plafond.

Le coude d’Allegra lui faisait souvent mal en temps de pluie, et elle le frottait sans même s’en rendre compte, jusqu’au moment où elle voyait que sa mère la regardait, ce qui la faisait arrêter et chercher quelque chose de divertissant à dire. « Moi aussi j’aime la progression, fit-elle. La répétition est ennuyeuse » – cela à l’intention de Bernadette, mais Allegra n’aurait rien dit s’il y avait eu la moindre chance que Bernadette saisisse l’allusion – « parce qu’elle supprime toute direction. Ce que j’aime, c’est une progression qui retourne complètement les choses. Conduit d’un pôle à l’autre. »

 

 

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