En cas de bonheur

David Foenkinos, Editions J’ai lu, 191 p.

Ma note ♦◊◊◊◊

 

Jean-Jacques et Claire, trente-cinq ans, forment un couple a priori bien assorti depuis huit ans. Comme chez bon nombre de couples, l’usure du temps a émoussé leur relation, Jean-Jacques en pleine remise en question conjugale s’interroge sur ses propres sentiments ainsi que sur son mariage avec Claire. Sa réflexion, et ses conséquences directes que représente son aventure avec Sonia, vont de fait amener Claire à procéder de son côté à sa propre remise en question jusqu’à l’éclatement du couple.

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           J‘ai longtemps hésité avant de décider si j’avais envie, ou non, de tenter l’aventure David Foenkinos. Son roman La délicatesse, sur lequel je n’ai entendu que des commentaires élogieux, s’est si bien vendu qu’une adaptation cinématographique est née de ce succès. L’auteur a reçu quelques prix prestigieux – Roger Nimier, Renaudot – qui laissent à penser que, peut-être, il valait la peine d’être lu. Mais quelquefois en matière de lecture, je suis comme ma pré-adolescente, plus on me parle d’un auteur, moins j’ai envie de le lire. Je pense que je n’aurais probablement jamais acheté En cas de bonheur si je ne l’avais pas trouvé dans une boite à livres en vacances cet été. En fin de compte, après ma lecture, je me suis dit qu’il faut savoir s’écouter, en l’occurrence j’aurais dû suivre mon instinct de pré-ado qui me soufflait d’éviter David Foenkinos: ce roman n’est pas vraiment une découverte fabuleuse, c’est le moins qu’on puisse dire.

         Rien de trop original, de trop folichon, par ici: Jean-Jacques, cadre lambda dans une société anonyme de finance, Claire, employée par une grande société française de cosmétiques, un couple parisien à l’aise, standard, ultra-cliché et Louise leur fille unique, choyée par ses parents. Une vie familiale routinière, monotone, comme beaucoup de familles, une vie conjugale en sourdine dans laquelle l’homme, d’abord, ne s’épanouit plus et se met à chercher son bonheur ailleurs. Une épouse, un époux, qui évoluent côte à côte mais secrètement à dix mille lieux l’un de l’autre comme l’alternance de la focalisation du récit, partagé entre focalisation interne de l’intimité de Jean-Jacques et celle de Claire.

        Très franchement, le filon du schéma du couple en crise, routine-tromperie-séparation-réconciliation/non-réconciliation a été exploité, revisité des milliers de fois et de toutes les façons possibles et imaginables. Je n’avais pas idée que ce thème-là puisse être encore traitée aussi mièvrement, je ne m’attendais franchement pas à ce que le roman ne contienne rien d’autre qu’une laborieuse histoire d’amour à la dérive. Il y a certainement un message que l’auteur souhaitait faire passer à travers ce court roman, peut-être est-ce l’envie de narrer une histoire simple sans autre envie de complications supplémentaires, de simplement explorer les embûches auxquelles est confronté un couple ordinaire. L’occasion d’explorer la psychologie, l’intériorité des deux membres d’un couple qui s’éteint peu à peu, d’étudier de plus près la rupture d’une histoire d’amour, son processus de lente érosion, de reconstruction. L’occasion d’explorer les aléas de cette crise de la quarantaine, parce qu’à mes yeux il ne s’agit pour Jean-Jacques rien d’autre que l’envie de tester sa séduction sur une belle femme, courtisée par toute une flopée de prétendants, et le sentiment d’orgueil et de fierté qui emplit l’homme, qui a réussi à conquérir la jeune femme.

            Parler de ce roman ne se révèle pas être chose simple, il cumule, pour moi, tous les poncifs éculés sur la crise de couple, l’adultère, la séparation, le pardon, en résumé tous les aspects de la relation amoureuse, en moins de deux cents pages. Au bout de quelques pages, j’ai même fini par être profondément agacée par un tel manque d’inspiration, par le grotesque de certaines scènes bien trop prévisibles. Jean-Jacques, qui se lamente silencieusement depuis l’incipit du roman sur l’ennui et la routine de sa situation conjugale, se met très soudainement à aimer de nouveau sa femme, justement – tiens donc – lorsqu’il est en train de la perdre. J’ai envie d’écrire que la qualité du roman ne se résume sûrement pas à une question de pages, j’ai bien en tête de très courts textes qui sont aussi d’une richesse incroyable, je pense ici à La Mort de Venise de Thomas Mann qui en à peine une trentaine de pages, réussit brillamment à esquisser l’ombre d’un coup de foudre, vécu et consommé unilatéralement certes, à embarquer le lecteur à l’aide de la force de ses mots dans la force d’un couple qui n’a jamais été et ne sera jamais. Pardon, je m’égare. Mais il me semble que cette fois-ci la brièveté du récit est effectivement bien le reflet du manque de matière romanesque.

           Qu’est-ce que le bonheur selon David Foenkinos, puisqu’il s’agit de cela? Le pardon après l’adultère? Retrouver celle/celui que l’on croyait avoir perdu? Est-ce aussi facile que cela? J’ai eu beau essayé, je ne suis pas arrivée à adhérer à la crédibilité de cette histoire d’amour qui ne se démarque certainement pas de par son originalité, comme je l’ai déjà précisé plus haut, à cause de l’accumulation de lieux communs. En fait, je ne vois même pas l’intérêt d’avoir écrit ce texte, dans la mesure où ces dialogues et ces situations ont été mille fois exploités, et sans doute de façon plus avantageuse, avant En cas de bonheur.

           Aucune tentative de creuser la psychologie de chacun des personnages, non vraiment il y a des épisodes des Feux de l’amour bien plus palpitants que ce roman. Jean-Jacques et Claire, les personnages en eux-mêmes sont totalement sans saveur, rien à signaler qui n’en fasse des personnes mémorables, ou même dignes d’intérêt, ils n’arrivent à provoquer ni empathie, ni antipathie. Peut-être est-ce dans l’optique qu’a tout un chacun  de pouvoir s’y reconnaître en eux.

               Pour finir, je n’ai pas davantage accroché au style de Foenkinos. Il y a bien de temps en temps quelques formules qui prêtent à sourire mais j’ai globalement trouvé son écriture assez maladroite, presque ridicule à certains moments.

Quand Jean-Jacques croisait Sonia, il n’était pas rare qu’il louche. Ce que d’autres hommes vivent comme un tiraillement de conscience, lui, il le vivait physiquement ; son œil gauche voulait voir Sonia, et son œil droit ne voulait pas voir Sonia. Mais comme son visage était un peu un 10 mai 1981, c’était toujours son œil gauche qui gagnait.

            Le vide sidéral du scénario combiné à un style assez peu convaincant font qu’à mes yeux ce roman est une immense déception. Je me suis vraiment prise à espérer jusqu’au bout, qu’un élément déclencheur vienne quelque peu bousculer les grandes lignes de ce récit, que l’on voit venir de loin, mais en vain. Ceci dit, ses cent quatre-vingt-sept pages se lisent en à peine un jour et demi, il est l’un de ces romans qui se lisent très facilement si vous êtes dans un de ces moments où vous aurez peut-être moins le cœur à lire.  Il est vrai que je n’ai pas listé ce roman parmi mes déceptions du mois de septembre, il y aurait pourtant bien sa place. Bien heureusement, ce n’est pas souvent que je déteste autant un livre. Mais je n’arrive pas à trouver quelque chose à sauver à En cas de bonheur. J’en suis ressortie avec l’impression qu’il a été écrit à la sauvette entre deux gros projets, en tout cas, je reste avec la désagréable sensation que l’auteur n’avait pas grand-chose à dire.

 

 

On préfère toujours les attitudes d’éléphant qui nous mettent la puce à l’oreille aux attitudes de puce qui nous mettent l’éléphant à l’oreille. Autrement dit, on pardonne davantage aux mauvais menteurs. À ceux qui préviennent malgré eux. Claire trouvait l’attitude de son mari presque attendrissante. La grossièreté de son organisation, l’énergie déployée pour être discret lui rappelaient les qualités d’attention et de gentillesse qu’elle avait toujours aimées chez lui. Surtout, face à la certitude d’être trompée, elle ne se sentait pas affectée. Une amie à qui elle s’était confiée fit un constat sans appel: son manque de jalousie prouvait son manque d’amour. Les constats de Sabine était toujours sans appel, et toujours faux. Car Claire se sentait encore attachée à Jean-Jacques, d’une manière différente, mais peu importait la manière finalement. Après huit ans, pouvait-elle vraiment lui en vouloir? Elle-même avait déjà songé à le tromper. Sa gaucherie la rassurait sur un autre point important: c’était sûrement la première fois. Et elle n’avait pas tort. Par moments, elle était prise du désir de le prendre dans ses bras, de lui dire qu’elle l’aimait, de lui dire qu’elle savait tout, et que rien de tout ça n’était grave.

˜˜˜

La motivation de toutes nos avancées technologiques est l’adultère: on a créé Internet, on a créé le portable, on a créé les messages par téléphone uniquement pour que tous les couples puissent vivre avec facilité des vies parallèles. C’est bien fini le temps des poursuites pénales, la société s’organise gentiment pour la discrétion de notre jouissance (merci beaucoup). On grignote tellement le terrain de la fidélité que la question pour les couples n’est plus de savoir si l’autre vous trompe, mais de savoir avec qui l’autre vous trompe.

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