Rituels

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Amsterdam, Pays-Bas. Inni Wintrop est un homme fatigué, quitté par sa femme Zita après des années de mariage et d’adultère. C’est un homme tout à fait ordinaire, il écrit des horoscopes pour le tabloïd Het Parool, il place son argent en bourse et il aime les femmes. Après une tentative de suicide, il essaie de reprendre goût à la vie. Alors qu’il n’était qu’un jeune homme, il a fait la rencontre d’Arnold Taads, ancien petit ami de sa tante. Et c’est avec stupéfaction qu’il découvre en 1973 qu’Arnold a un fils, Philippe, qu’il a totalement renié. Inni se rend compte alors que Philippe, est un homme encore plus esseulé que lui-même et son père.

Cees Nooteboom

202 p.

Éditions Points

Ma Note

Note : 1.5 sur 5.

Avant-dernière étape du challenge Tour du Monde, arrêtons-nous aux Pays-Bas avec Cees Nooteboom. Je vais être franche, ceci est loin d’être la meilleure étape que j’ai pu faire pendant ce périple de trois mois. J’avais, comme Dickens, de grandes espérances au sujet de Rituels, laissez-moi vous dire que je m’y suis cassée les dents. Non pas par difficulté, mais par lassitude, par désintérêt, Rituels et moi n’étions pas fait pour nous rencontrer. Pour tout dire, deux mois après ma lecture, je me souviens à peine de l’histoire, du personnage principal et mon enthousiasme était plus que modéré à l’idée de me replonger dedans. Vous comprendrez donc que cette chronique ne va pas forcément louer les qualités du titre. Et pourtant, je m’efforce à chaque fois, quitte à être subjective, d’être peut-être plus généreuse en compliments qu’en critiques.

Je vais commencer par le personnage principal, Inni Wintrop, que j’ai trouvé inintéressant au possible. J’irais même plus loin je le trouve d’une tristesse absolue, et au-delà même du fait de pouvoir ressentir de la compassion pour lui, je l’ai trouvé plombant d’un bout à l’autre du roman. Et s’il n’y avait que lui, ça aurait été un moindre mal, mais j’y reviendrai plus tard. Je n’ai pas été touchée par l’homme, il n’a su susciter ni intérêt ni quoi que ce soit d’autre. Des personnages brisés, abimés par la vie, la malchance ou tout ce que vous voudrez, ce ne pas ce qui manque dans la littérature classique ou contemporaine, en France, en Russie, au Japon ou n’importe ou ailleurs. Mais ici, à mes yeux, je n’ai pas réussi à lui trouver un attrait quelconque.

Est-ce que le style de Cees Nooteboom y ait pour quelque chose? Sans aucun doute. Sec, ennuyeux, pompeux, je ne suis pas arrivée à m’y accoutumer assez pour réussir à aller au bout de ce que l’auteur cherchait à dire. Pourtant, il est parfait, bien construit, même recherché et habile, mais j’ai eu la désagréable sensation d’ouvrir Le Petit Larousse ou l’Encyclopédie Universalis, un bouquet de fleur, en plastique, immuable certes mais inodore. Aucune émotion.

J’ai ressenti une espèce de morosité ambiante, très âpre, qui a gâché le plaisir de ma lecture, car on ne peut pas dire que le roman baigne dans l’optimisme extatique. Il est vrai que c’est le ton d’un monde qui touche à ses limites et dont il ne reste guère plus grand-chose à sauver, la terre se meurt, et Inni Wintrop n’en est pas loin non plus, Arnold et Philip Taads se sont, quant à eux, déjà presque effacés de toute existence sociale. Des êtres au bout de leur vie, retenus par le mince fil d’un objet, d’un être, de femmes pour l’un, un chien et un bol antique pour les autres et qui finissent par perdre totalement le sens de leur existence. Le fond du récit n’est d’ailleurs pas sauvé par la forme, même si le langage est très soigné et bien construit, il y a des passages vraiment trop assommants à mon goût.

Une chose était sûre: le temps qu’il avait vécu était épuisé, mais à présent qu’il avait atteint quarante-cinq ans et, selon ses propres termes, « franchi la frontière de l’épouvantable sans avoir jamais eu à présenter son passeport », cette substance informe qui englobait à la fois sa mémoire et son défaut de mémoire l’accompagnait toujours, aussi mystérieuse et – même en vue rétrospective – aussi infinie que l’univers dont il était si souvent question ces derniers temps.

L’histoire, dans la lignée de mes précédentes impressions, ne présente pas plus d’intérêt à mon sens. Je n’ai vraiment pas davantage réussi à fixer mon attention sur les autres personnages, notamment Arnold Taads. Je n’ai pas adhéré à sa misogynie existentielle pas plus qu’au mysticisme méditatif de Philippe, encore moins à l’insouciance d’Inni. Je n’ai pas non plus saisi la cohérence globale du roman hormis, peut-être, cette volonté de raconter ces trois hommes embourbés chacun dans une forme de solitude, raconter cette sensation d’être arrivé au bout de sa vie. Glaçant.

Alors, je serais injuste si je ne parlais pas des points positifs, je ne compte pas terminer ce compte rendu sans parler des quelques aspects qui m’ont tout de même plu. À commencer par cette critique du monde moderne, sur le point de se perdre, chacun des trois personnages principaux, englués dans leur propre absurdité le démontre: Inni met sur le même plan les fluctuations boursières, ses horoscopes, sa femme Zita, qui finit par le quitter, forcément. Ils sont devenus un couple, ou l’individu est interchangeable avec la cote de l’or à la bourse ou avec un bol aussi rare et précieux soit-il. Entre matérialisme forcené et ésotérisme naïf, il me semble que Cees Nooteboom pointe du doigt une perte relative des valeurs, ou l’être humain ne vaut guère mieux qu’une capitalisation boursière ou une pseudoscience rassurante. Désinvestissement des relations humaines, familiales, est-ce que Cees Nooteboom est si éloigné de la réalité que ça? Peut-être pas, et c’est d’autant plus effrayant que ce roman a été écrit il y a quarante ans alors même qu’internet et les réseaux sociaux n’existaient pas encore et que Skype ne nous permettait pas d’éviter l’effort exigé pour s’intéresser à autrui. Comme je le disais plus haut, l’optimisme d’un monde plus chaleureux n’est pas de mise ici et finalement la réalité n’est pas là pour nous donner davantage d’espoir.

Inni détient trois certitudes: Zita ne reviendra jamais; il n’est pas mort et demain, la bourse s’emballera comme une toupie. Sur l’or qu’il fera acheter le lundi suivant par son courtier en Suisse, Inni aura réalisé en 1983, lorsque cette image de la fatalité reparaîtra pour la dix-millième fois dans tous les hebdomadaires du monde, un bénéfice de plus de mille pour cent.

Même si je suis à deux doigts de me sentir visée par le discours de l’auteur néerlandais, j’avoue que je préfère quelquefois la compagnie des livres à celle de mes semblables, cette lecture reste décevante, quelque chose de profondément morne dans le ton et la narration m’a déplu. Ce n’est donc pas ma meilleure lecture que j’ai faite cette année, je pense être passée complétement à côté de ce roman mais le style m’a tellement plombée que je me suis très vite lassée de ce récit. Peut-être retenterai-je l’aventure avec un autre livre de Cees Nooteboom si d’aventure je tombais sur un ouvrage qui m’attire davantage.

Arnold Taad: »Je n’ai jamais fait grand cas des hommes. La plupart sont trouillards, conformistes, brouillons, grippe-sou, et ils se contaminent entre eux. Là-haut, on est débarassé d’eux. La nature est pure, comme les animaux. J’ai plus d’affection pour ce chien que pour toute l’humanité. Les animaux sont de droite, un bon point pour eux! Après la guerre, quand on a pu enfin voir et entendre ce qui s’était passé, trahisons, famines, meurtres, extermination – tout cela l’oeuvre des hommes -, alors oui, je me suis mis à les mépriser sans réserve. Pas les individus, mais l’espèce, qui s’achemine vers sa fin dans le carnage, le mensonge et la peur. Les animaux ne trichent pas, ils n’ont pas de slogans, ils ne meurent pas pour autrui, ni d’ailleurs pour obtenir plus qu’il ne leur revient. Dans la société moderne, cette société de faibles, la notion de hiérarchie naturelle est évidemment honnie, mais jusqu’à notre apparition dans l’évolution, la loi a parfaitement fonctionné. Bref, j’en ai eu assez. J’ai cédé ma charge, brûlé mes vaisseaux, quitté ma femme (ah, quelle joie, quelle joie!) et je suis parti au Canada.

Pour aller plus loin

Deux jeunes Brésiliennes partent pour l’Australie, un monde dont elles rêvent depuis l’enfance.
Là, dans l’éblouissement du fantasme, Aima tombe amoureuse d’un peintre aborigène, un être aussi inaccessible que son art.
Au-delà de la passion, le voyage australien se poursuit et, pour se faire un peu d’argent de poche, Aima travaille en tant que figurante dans le cadre du Festival de poésie de Perth, inscrit cette année-là sous le signe de John Milton.
Déguisée en ange la jeune femme doit se cacher, échapper au regard des visiteurs, telle est la règle de ce jeu de piste en poésie. Et c’est dans cet étrange accoutrement qu’elle va croiser Erik Zondag, l’entraîner dans une brève étreinte puis disparaître.
Des années plus tard ils se retrouveront, par hasard, bien loin de l’Australie.

Sur 533 jours, entre le 1er août 2014 et le 15 janvier 2016, Cees Nooteboom, romancier, essayiste, poète, passe le monde au crible de son écriture, dans la plus totale liberté. Pensées, voyages, souvenirs, (re)découvertes littéraires, musicales, botaniques, actualité internationale tumultueuse et souvent confondante – de l’île de Minorque, où il séjourne chaque année à la belle saison, au sud-est de l’Allemagne, où il s’installe l’hiver, l’auteur arpente le monde avec une curiosité et un engagement sans cesse renouvelés, un recul qui n’est jamais détachement.

2 commentaires sur “Rituels

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