Un peu de poésie… Avec Afanassi Fet ✧ Афана́сий Афанасьевич Шенши́н ✧

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Je suis venu à toi pour te saluer, pour te dire que le soleil s’est levé, qu’il fait frissonner dans les rameaux sa lumière ardente, te dire que le bois s’est éveillé, s’est éveillé tout entier jusqu’aux moindres branches, tressaille sous le vol des oiseaux, et languit altéré par la soif printanière ; te dire que je reviens avec la même passion qu’hier ; que mon âme est toute à toi et toute au bonheur ; te dire que tout mon être respire la joie ; je ne sais pas encore ce que je vais chanter, mais je suis plein de chansons. (Texte provenant de la Bibliothèque russe et slave)

Afanassi Afanassievitch Fet Афана́сий Афана́сьевич Шенши́н sera donc à l’honneur du salon de littérature russe Russkaya Literatura à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Le samedi 5 décembre (qui est le jour même de sa naissance) une conférence, accompagnée d’une lecture de ses œuvres, lui sera consacrée par Dimitri Vedeniapine.

Pour être franche, je n’ai pas le souvenir d’avoir un jour lu sur cet auteur, je lis peu de poésie. Et pour mettre la main sur ses œuvres traduites en français, il faut se lever très tôt le matin. On peut remercier La Bibliothèque Russe et Slave d’avoir réunis les différentes traductions en française, libres de droit, d’une partie de son œuvre et de la mettre à disposition sur son site, librement, sans contrepartie. Et après moult recherches (avec d’innombrables variantes de son nom et prénom traduits en français, il faudrait voir à se mettre d’accord), j’ai réussi à trouver une édition de quelques-uns de ses textes, accompagnés de ceux de son comparse Apollon Maïkov, chez L’Harmattan aux Editions du Tricorne

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D’ailleurs cela reste étonnant – ou pas, finalement, si l’on réfléchit au nombre de lecteurs de poésie – qu’aucun éditeur ne se soit décidé à le publier car à l’exception d’un ebook sur le site de la Fnac des Éditions Marques (et de ce qu’il semblerait être une autoédition), je n’ai rien trouvé de plus. Et comme je ne suis pas assez perfectionnée en russe pour avoir la prétention de le commander en russe. Les poèmes qu’a rassemblés la Bibliothèque Russe et Slave sont tous issus d’anthologies diverses et variées qui commencent à dater.

Né en 1820 à il est mort en 1892 à Moscou. Il a été militaire puis propriétaire terrien. La vie littéraire d’Afanassi Fet peut se décomposer en deux parties: après avoir publié son œuvre complète en 1863, il ne publia plus rien. Il a connu son heure de gloire à la fin des années cinquante, le critique littéraire Vissarion Belinskij en fit son éloge, il subit les manœuvres des anti-esthètes, qui faisaient campagne contre la poésie. Ils lui reprochaient d’avoir mis à l’écart toute revendication sociale et de s’en tenir à une position conservatrice. Les années 1880 ouvriront la voie à la véritable reconnaissance de Fet, à travers la reconnaissance du public et de celles de Tourgueniev, de Leon Tolstoï et du critique et philosophe Nikolaï Strachov (auteur de la première biographie de Fiodor Dostoïevski). Il a été influencé par le romantisme européen (il a traduit Goethe, Schiller et Heine ainsi que le philosophe Schopenhauer Le monde comme volonté et représentation), et son œuvre, bien que courte, a marqué décadents et symbolistes, lesquels quant à eux, revendiqueront l’héritage de Fet.

À TOURGUENEV

L’hiver a passé ; la tempête de neige s’est calmée. Depuis longtemps pour toi, amant du midi, nous préparons le veau gras. Dans la neige, dans la poussière aveuglante, nous n’avons pas oublié en toi notre ami ; nous attendions le poète pour l’embrasser.

Tu es nôtre. En vain, visiteur matinal, tu éveilles les gardes du Vatican, tu franchis la grille, et les antiques t’ont souri, et les mosaïques entendent, pendant de longues heures, le bruit de tes pas précipités.

Tu es nôtre. Étranger et silencieux se dresse devant toi l’olivier ou le parasol du jeune pin ; sans cesse le prisme de tes rêves t’emporte sous l’ombre du bouleau, vers les ruisseaux de la terre natale.

Là tout te salue en ami ; le sillon noir court derrière la charrue, la steppe étale son velours vert et, sentant devant lui plus d’espace, avec plus d’ardeur, plus de douceur et plus de fougue chante le rossignol printanier.

Afanassi Fet, l’artisan de l’Art pour l’Art. Dans les années cinquante et soixante, se développa au sein de l’école poétique russe, ce mouvement de « l’Art pur » en sus de l’école d’inspiration sociale. Elle avait pour théoriciens Alexandre Droujinine, auteur de Pauline Sachs, et Pavel Annekov, éditeur de l’œuvre complète de Pouchkine. Dans l’essai Pouchkine et la nouvelle édition de ses œuvres, Droujinine lance un appel au monde littéraire russe à privilégier l’esthétique de l’art littéraire, plutôt que sa dimension didactique. « L’art ne peut servir que l’art ». Fet faisait donc partie de cette génération de poètes russes, délaissant les problèmes de la société russe, pour se concentrer sur l’expression même de leur poésie, à la recherche de nouvelles formes d’expression.

J’attends. L’écho du rossignol
Vient de la rivière qui brille.
La lune diamante l’herbe,
Le cumin luit de lucioles.
J’attends. Le ciel bleu sombre est plein
D’étoiles, petites et grandes.
J’entends battre mon cœur, je sens
Mes mains et mes jambes frémir...
J’attends. Voici le vent du sud,
Tiède à la halte et à la marche !
À l’occident file une étoile...
Adieu, mon oiseau d’or, adieu...
(1842.)
 

Son recueil le plus connu Feux du soir 1883 illustre l’univers du Poète: célébration de la nature, de l’amour, du rêve, il est un poète de la contemplation et de l’instant.

« Ses inépuisables ressources techniques font de lui, au même titre que son confrère, un des plus grands poètes expérimentaux de son pays. Il manie une langue souple, harmonieuse et riche en effets musicalement plastiques. C’est ainsi qu’il s’est affirmé comme le représentant de ce qu’on a appelé la ligne mélodique dans la lyrique russe, laquelle commence avec Zukovskij et, au XXe siècle, nous conduit à Blok. Sous l’influence de Schopenhauer, qu’il traduisit en russe, Fet insère parfois dans sa poésie une note plus pessimiste et plus irrationnelle. » Histoire de la Littérature Russe, Emmanuel Waegemans, Presses universitaires du Mirail

ROMANCE

Non je ne te parlerai pas,

Je ne veux pas que tu t’alarmes,

Jamais je ne t’insinuerai

Ce que je me dis en silence.

Le jour dorment les fleurs nocturnes,

Mais dès que là-bas le soleil

Descend derrière le bosquet,

Doucement s’ouvrent les pétales.

J’entends la floraison du cœur…

Ma poitrine souffrante et lasse

Boit la fraîcheur du soir. Je tremble…

Je ne veux pas que tu t’alarmes,

Et je ne te parlerai pas !

Pour aller plus loin:

Apollon Maïkov

Grand ami de Fiedor Dostoïevski. Il partage avec Fet la même conception esthétique de l’Art pour l’Art. Il emprunte de son côté davantage du côté des villages de la Russie profonde mais aussi du côté de l’antiquité grecque et romaine.

Alexis Konstantinovitch Tolstoï

Peut-être moins porté sur l’esthetique de ses oeuvres, il n’empêche qu’il est l’auteur de nombreux poèmes et textes de toutes formes: le poème court, la ballade, tragédie, le roman historique. Le sujet de ses ballades afférent à l’ancien pays de Kiev, idéalisé.

ღ Une nouvelle Le rendez-vous dans trois cents ans « Bibliothèque russe et slave »

Sources:

  • Histoire de la Littérature Russe – Emmanuel Waegemans – Collection Amphi 7 – Presses Universitaires du Mirail
  • Dictionnaire mondial des Littératures – Editions Larousse
  • Bibliothèque Russe et Slave tous les textes du poète cités proviennent de leur site
  • https://cd.ecotaf.net/5461-afanasy-fet.html

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