Portrait d’une poétesse décadente, Zénaïde Hippius

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Zinaïda Nicolaïevna Hippius 

Зинаи́да Никола́евна Ги́ппиус

1869 Belev – 1945 Paris

Au Christ

Nous ne vivions pas – et nous mourons
    Au milieu des ténèbres.
Tu reviendras… Mais comment
    Te reconnaître ?

Nous tremblons, plein de honte,
    Lourde est l’obscurité.
Nous avons peur de Tes silences…
    Ô, donne-nous un signe !
Florence Corrado-Kazanski

Zinaïda Hippius a commencé très tôt à écrire de la poésie, et l’un des amis de son père l’encourageât à poursuivre sur la voix littéraire. Il existe relativement peu d écrits de la poétesse russe, lesquels sont tombés dans un oubli relatif. Elle rencontrât et se maria à Dmitri Merejkovski, auteur de romans historiques, avec lequel elle ressentit une forte connexion spirituelle et intellectuelle. Zinaïda et son mari firent un premier pacte, qu’il rompit quelques temps après afin d’écrire un roman sur Julien l’Apostat : il devait s’exprimer uniquement en vers, elle en prose.

La Madone décadente декадентская мадонна

Zinaïda Hippius publie ses premiers poèmes en 1888 alors que Dimitri Merejkovski l’introduisit peu à peu auprès des figures littéraires en vogue: Yakov Polonsky, Apollon Maykov, Dmitry Grigorivitch. Elle commence à publier dans des revues, des textes en prose puis des poèmes qui causèrent très vite un parfum de scandale. Notamment par sa façon de s’adresser directement à Dieu à travers le poème de La Prière. Elle signait ses poèmes Z. Guippius laissant ainsi le doute plané sur son sexe, illustrant son refus de se conformer aux critères de la féminité de l’époque.

« Et cette soie me semble – inflammable.
Pas avec le feu – mais avec le sang.
Et le sang n’est qu’un signe de ce que nous appelons
Dans notre pauvre langue : l’amour. »
(La couturière, 1901)

Avec son époux ils fondèrent les « Réunions de philosophie religieuse », soirées organisées en 1902 et 1903 ou il était question du renouveau de la religion et de la révolution à venir alors même que son premier livre de poésie est publié Recueil de poèmes 1889-1903, qualifié quinze ans plus tard de « quintessence de quinze ans de modernisme russe » par Innokenty Annesky.

Le couple joue de son influence, Zinaïda Hippius est considéré comme l’idéologue du symbolisme russe, la première vague, celle que l’on nomme décadent, qui précédât Alexandre Blok et ceux qui publièrent après 1900. Cet nouvel âge d’or de l’art Russe, cet essor prérévolutionnaire qui redonna un souffle à la littérature en général, la poésie en particulier mais aussi la peinture avec Valentin Serov, le théâtre avec et la philosophie – mystique – avec Vladimir Soloviev.

Мне было не грустно, мне было не больно,
Я думал о том, как ты много хотела,
И мало свершила, и мало посмела;
Я думал о том, как в душе моей вольно,
О том, что заря в небесах – догорела

Je n’éprouvais ni tristesse, ni douleur,
Je pensais que tu avais désiré beaucoup,
Mais que tu avais accompli et osé peu ;
Je pensais à la liberté qui régnait dans mon âme,
Et au couchant qui venait de s’éteindre…
La fin, 1901

Leur foyer devient le centre de la vie littéraire et plus particulièrement du symbolisme – décadent. Hippius, son époux et Dmitri Philosophoff mirent en place le mensuel La nouvelle Voie. Dotée d’une personnalité particulièrement marquée, elle n’hésita pas à étriller ses contemporains.

Sa poésie

Selon Emmanuel Waegmans sa poésie « oscille sans cesse entre le terrestre et le spirituel, entre la foi et le doute. Influencée par Dostoïevski, elle place ses personnages dans des situations limites. » Peut-être l’un de ses mots les plus connus son « Et je m’aime comme Dieu » illustre cette déification du moi. « Le moi est le seul véritable univers dans lequel elle se réfugie pour fuir le quotidien banal et ennuyeux ». « Elle avait été parmi les premières à retenir des thèmes chers aux symbolistes russes: la mort, la religion, l’érotisme, le mal ».

C’était aussi une poétesse politique, après 1905 elle composa des poèmes prorévolutionnaires même si elle changea de position plus tard.

Poétesse de l’émigration

Le couple émigre en 1920 à Paris et là Hippius Zenaida devint une poétesse de l’émigration. Elle délaissa les thèmes politiques pour revenir à ses anciens thèmes, homme, amour, mort. La poétesse mit sur pied à Paris, comme elle l’a fait plus tôt, des salons littéraires et accueilli en 1927 la première réunion de « La Lampe Verte« , l’un des plus importants des groupes d’écrivains émigrés de l’époque.

Elle n’est pas seulement poetesse, elle est également l’auteure de romans et pièces de théâtre: La poupée diabolique 1911, Le sang divin. Elle fut critique littéraire et se dressa contre l’école de Gorki.

Je suis esclave de mes songes
Mystérieux et insolites...
Mais pour les paroles uniques
Je ne sais pas les mots d'ici.
Dédicace sur un livre, Anthologie de la poésie russe, YMCA-Press

Pour aller plus loin

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