5-Décembre ✰Mon Avent Littéraire 2020✰

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❆5 Décembre ↝ Le livre dont l’écriture m’a éblouie

Incontestablement, l’une des verves qui m’ait le plus touchée ces derniers mois c’est celle de l’écrivain tchèque Bohumil Hrabal, que j’ai découvert à travers son brillant roman Une trop bruyante solitude, et que j’ai cette fois chroniqué ici. Pour le plaisir, je vous en remets l’incipit en dessous. Si vous avez des titres à me suggérer, je suis tout ouïe!

Voilà trente-cinq ans que je travaille dans le vieux papier, et c’est toute ma love story. Voilà trente-cinq ans que je presse des livres et du vieux papier, trente-cinq ans que, lentement, je m’encrasse de lettres, si bien que je ressemble aux encyclopédies dont pendant tout ce temps j’ai bien comprimé trois tonnes ; je suis une cruche pleine d’eau vive et d’eau morte, je n’ai qu’à me baisser un peu pour qu’un flot de belles pensées se mette à couler de moi; instruit malgré moi, je ne sais même pas distinguer les idées qui sont miennes de celles que j’ai lues. C’est ainsi que, pendant ces trente-cinq ans, je me suis branché au monde qui m’entoure: car moi, lorsque je lis, je ne lis pas vraiment, je masse du bec une belle phrase et je la suce comme un bonbon, je la sirote comme un petit verre de liqueur jusqu’à ce que l’idée se dissolve en moi comme l’alcool; elle s’infiltre si lentement qu’elle n’imbibe pas seulement mon cerveau et mon cœur, elle pulse cahin-caha jusqu’aux racine de mes veines, jusqu’aux radicelles des capillaires. Et c’est comme ça qu’en un seul mois je compresse bien deux tonnes de livres, mais trouver la force de faire mon travail, ce travail béni de Dieu, j’ai bu tant de bière pendant ces trente-cinq ans qu’on pourrait en remplir une piscine olympique, tout un parc de bacs à carpes de Noël. Ainsi, bien malgré moi, je suis devenu sage: je découvre maintenant que mon cerveau est fait d’idées travaillées à la presse mécanique, de paquets d’idées. Ma tête dont les cheveux se sont tous consumés, c’est la caverne d’Ali Baba, et je sais qu’ils devaient être encore plus beaux, les temps ou toute pensée n’était inscrite que dans la mémoire des hommes. En ces temps-là, pour compresser des livres, il aurait fallu presser des têtes humaines; mais même cela n’aurait servi à rien, parce que les véritables pensées viennent de l’extérieur, elles sont là, posées près de vous comme une gamelle de nouilles, et tous les Konias, tous les inquisiteurs du monde brûlent vainement les livres: quand ces livres ont consigné quelque chose de valable, on entend encore leur rire silencieux au milieu des flammes, parce qu’un vrai livre renvoie toujours ailleurs, hors de lui-même.

La suite, demain, même heure!

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