Suprême soviète

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Olga Schmitt est agent d’artiste, elle vit en France depuis ses treize ans, l’âge auquel elle a quitté sa patrie, l’Union Soviétique, avec sa famille: Lidia sa grand-mère, Alla son amie et le couple, formé par sa mère et son beau-père, le très célèbre peintre Oleg Tselkov. Elle revient dans son récit sur ses treize années vécues à l’est, dépeint le noyau familial ou elle a grandit et rappelle tous ses souvenirs qui sont demeurés intacts.

Olga Schmitt

200 p.

Le Pas d’Oiseau éditions

Ma Note

Note : 5 sur 5.

J’étais prise d’une sacrée hésitation avant de céder à la tentation de lire ce roman : le résumé me tentait énormément mais je n’osais pas franchir le pas. Et je me suis laissée tenter, sans regret. Le récit est précédé d’une courte préface d’Emmanuel Carrère, ce qui je l’avoue m’a conforté dans mon choix. Je ne connaissais pas Olga Schmitt, j’ai par conséquent fait quelques recherches. Née à Moscou, elle exerce la profession aujourd’hui d’agent d’artiste. Je ne sais pas si elle l’est elle-même, artiste, en tout cas elle baigne dans le monde depuis sa naissance, issue d’un père metteur en scène, d’une mère actrice, et dotée d’un beau-père peintre, elle a incontestablement héritée d’une sensibilité artistique sûre. Dans le monde de l’art et de la théâtralisation elle est née, et elle y est restée. Preuve en est la première de couverture.

Crédit: Nicolas Hidiro – Le Figaro

Mais ce titre… Suprême Soviète, à quoi fait-il donc référence ? Si j’en crois Wikipédia, elle constituait la plus institution législative en Union Soviétique, de composition bicamérale, aux membres élus au suffrage universel direct. Son rôle constituait à enregistrer l’enregistrement des lois décidées par de plus hautes instances. De par sa constitution bicéphale, je dirais qu’Olga Schmitt rend un vibrant hommage au duo de femmes que représentaient Lidia et Alla, les têtes pensantes et agissantes de cette belle et solide famille qu’elles formaient. Ou peut-être à elle-même. Encore une fois, si l’on tient compte de la première de couverture.

Et cette grand-mère aviatrice, Lidia. Surtout cette grand-mère, cette Babouchka, celle qui porte cette âme russe, mais aussi la figure maternelle, le rocher sous lequel Olga, enfant,  se protège. Ce qui fait la richesse de ce récit, c’est aussi la richesse de la famille d’Olga, telle des Matriochkas, une grand-mère incroyable, une compagne fidèle, une mère aimante mais enfermée dans sa vie d’artiste et un beau-père asovietique, Oleg Tselkov véritable icône artistique. L’exil s’est vécu en famille, tout comme les treize premières années de sa vie aussi, pas dans le schéma habituel certes, mais entourée d’affection. 

Ksenia, la fille d’Olga Schmitt, Tonia sa mère, et Lidia sa grand-mère – Crédit: Le Figaro

La précision des détails révèlent l’empreinte indélébile que ces années soviétiques ont laissé dans la mémoire de la femme désormais française par adoption qu’elle est devenue. Des souvenirs vifs, encore brûlants, qui ‘n’ont attendus qu’elle prenne sa plume pour reprendre vie. Quand je me retourne sur moi, les souvenirs de mon enfance s’estompent de plus en plus et je serais bien incapable de leur rendre vie selon le soin et la fidélité dont elle a fait preuve.

Oleg Tselkov (b. 1934) Collector and collection / With cat and dragonfly

Ce qui est plaisant dans le récit d’Olga Schmitt, c’est cet optimisme inflexible, parfois teinté de raillerie, sur la vie qu’elle a menée à l’est. Malgré la dureté d’une vie plutôt ascétique, elle ne cède jamais à l’apitoiement, avec l’esprit combatif qui est le sien, tout juste discerne-t-on cette pointe de rancœur vis-à-vis de son père, qui n’a jamais vraiment pris la peine de nouer une relation avec sa fille. Et lorsqu’on s’attarde sur la première de couverture, sur ce visage pétillant de vie et de joie, il semble que cela concorde bien à la personnalité d’Olga Schmitt, héritière du sens de la famille, du combat et de la ténacité de sa grand-mère comme de l’âme un peu bohème, de théâtralisation de sa mère. 

Il y a une expression en russe pour signifier le début du déclin d’une vie: on rentre de la fête, Jusqu’à quarante ans, on va à la fête. Aprés, on rentre, et le chemin est plus ou moins long.

Moi, depuis quelques années déjà, je rentre. Et comme après une fête vertigineuse, des visages, des mots, une mélodie me reviennent. Je vais t’écouter, Grand-mère, je vais me souvenir.

J’ai immédiatement été surprise, très agréablement, par l’écriture très expressive de l’auteure qui se replonge dans son passé profondément enfoui à l’est. Une écriture toujours juste sur cette enfance soviétique, que dans ses bons comme ses mauvais côtés, elle se complait à recréer. Olga Schmitt est une écrivaine, sans aucun doute. Elle a le style et sans nul doute elle a le pouvoir créatif qui va avec. Ces treize années donnent, il me semble, un reflet assez précis, et passionnant, de cette vie soviétique moscovite, sans dramatisation ni atténuation de la gravité de leur situation, des instants de vie ubuesques, de ce sentiment latent, incessant et angoissant de danger, de cette autorité suprême qui peut décider de leur sort à chaque instant. Olga Schmitt a le don pour reconstituer et raconter les anecdotes, je pense notamment à la scène des artistes avec Brejnev, qui ont parsemé sa vie, ce qui donne du sel au récit, et restitue avec talent les caractères à cette lignée de femmes hors du commun. Et plus que tout encore l’incohérence d’un régime capable de rejeter à bras le corps ses membres décorés qui se sont battus pour lui pendant la Grande Guerre Patriotique.   

C’est dommage car, à mes yeux, la couverture, un peu trop tape-à-l’œil, ne rend vraiment pas hommage au texte contenu entre ses deux rabats. Esthétiquement parlant, j’imagine que la pâleur éclatante du visage renvoie à celle de son pays de naissance. Mais peu importe,  Voilà un coup de cœur totalement inattendu, c’est un récit sans fausse note, très instructif et terriblement addictif, j’aurais aimé qu’il compte une ou deux centaines de pages en plus. Au bas mot.  

En me réveillant le matin dans une immense malle transformée en lit douillet, le visage de ma grand-mère est celui que je vois en premier. Quatre mères carrés par personne est la surface habitable standard depuis la fin de la guerre. Nous sommes trois, faites le calcul. Nos douze mètres carrés font partie d’un appartement immense qui jadis – avant la révolution – devait appartenir à une famille d’aristocrates bourgeois moscovites aimant l’air frais: le quartier est légèrement excentré, à l’orée d’un bois de bouleaux dont la sève odorante emplit l’air de notre gourbi d’un arôme suave-amer à chaque fois que nous ouvrons la fenêtre. Cinq autres familles partagent l’appartement communautaire désigné par le mot kommunalka, évocateur d’un bouquet d’odeurs, d’images et de sons pour qui a vécu en URSS. Un jeune couple, lui militaire de métier, elle institutrice, avec un nouveau-né ; une vieille femme sans âge avec son fils schizophrène ; une famille mixte, elle géorgienne, lui ukrainien, avec un fils surnommé sans surprise « le bâtard » ; une famille russe très bruyante avec deux jumeaux insupportables ; un veuf unijambiste, vétéran de guerre aux yeux irrités par l’alcool, les larmes et tout ce qu’ils auraient préféré ne jamais voir.

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