L’enfant étoile

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Copenhague, Danemark. Le cadavre d’une jeune femme est découvert par Gregers Hermansen son voisin de l’étage en-dessus. Tous les habitants de l’immeuble sont interrogés, dont la propriétaire Esther de Laurenti, par l’équipe d’enquêteurs, le dépressif Jeppe Korner et Annette Werner. Les deux policiers vont s’attacher à découvrir si la jeune femme était personnellement visée ou si c’était l’œuvre d’un tueur fou. Alors qu’Esther de Laurenti découvre avec stupeur que le manuscrit sur lequel elle travaille relate mot pour le mot la scène de meurtre.

Katrine Engberg

306 p.

Fleuve Editions

Krokodillevogteren, 2016

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Décidément, au Danemark, il s’en passe des choses. En plein Copenhague du XXIe siècle, les esprits perturbés, et tout autant mal intentionnés, rodent, à la dérobée, dissimulés derrière ces apparences de normalité, rien de plus facile, après tout, de se composer un masque sociale. Je ne connais pas Copenhague mais j’en ai l’image, comme ces métropoles du nord, propres et lumineuses, sous l’empreinte iodée de ses canaux, de ses maisons colorées, d’un certain confort de vie et de sérénité. Kathrine Engberg est déjà l’auteure de romans, non traduits en français, aux influences autobiographiques. L’enfant étoile, son premier roman de type policier, est aussi le tome initial de la série Jeppe Korner qui en compte pour l’instant cinq.

Il s’agit d’un roman qui a reçu les éloges de l’auteure suédoise que l’on ne présente plus, si tant est qu’on lise des romans policiers, Camilla Läckberg. L’enfant étoile a été publié en 2016 et fait partie des romans que l’on lit d’une traite parce qu’il réussit à faire le job. Une équipe policière, tout ce qu’il y a de plus ordinaire, une enquête, des suspects, témoins qui le sont tout autant. Un roman de l’ordinaire parce que la folie ne se retrouve pas que chez les grands criminels à la Hannibal Lecter mais aussi et surtout dans ces psychés abimées, ces âmes esquintées par les mauvais coups du destin, les mauvais choix qui ont été faits, ces existences résolument maudites.

Il est de ces romans qui se centrent sur les gens du quotidien, des erreurs chèrement payées, qui ne se pardonnent pas plus qui ne s’oublient. Roman de la simplicité, qui rappelle à quel point ces secrets jalousement gardés peuvent être destructeur sur le long terme, à quel point les relations peuvent être dénuées de tout sens, lorsque chacun reste muré dans ce qu’il perçoit de l’autre sans jamais prendre la peine de voir au-delà.

Klosterstræde, lieu du crime, une des plus anciennes rues de Copenhague

Car Copenhague, comme toutes les grandes villes, a son lot de secrets, ses propres dédales ou notre duo d’enquêteurs constitué de Jeppe, notre détective un peu paumé versus Anette, solide comme un roc, poursuit les fantômes du passé qui ont fini par réapparaitre, violemment, brutalement, avec ses colères, ses rancœurs, ses dettes, impayées. Des douleurs, longtemps refoulés, qui reviennent, furieusement, d’actualité. Copenhague a ses propres démons, et lorsqu’ils resurgissent, les morts s’accumulent. C’est la violence d’une société copenhagoise, où porno et alcool ne sont pas relégués au dernier rang, où certains hommes sont ivres de pouvoir, et jouissent de l’ascendant dont ils bénéficient. Tout n’est que domination et manipulation. Ceux qui l’ont en abusent, ceux qui subissent les abus, jusqu’aux drames, à la mort, car il n’y a pas d’autres moyen de sortir de leur emprise.

Tu sais ce que c’est, toi, un pluvian fluviatile?

Anette baissa sa vitre et aspira profondément l’air estival.

– Un oiseau qui vit des restes de nourriture qu’il trouve dans la gueule d’un crocodile. L’oiseau a de quoi se nourrir, le crocodile se fait nettoyer les dents et évite donc de manger l’oiseau. Tant que celui-ci fait son boulot correctement, tout le monde est content.

– Et s’il ne le fait pas?

Jeppe frappa fort dans ses mains.

– Alors il est mangé.

Un premier roman policier sans prétention, mais bien construit, qui possède la qualité de ne pas tomber dans les excès et le charme de la simplicité. L’auteure a su trouver le bon équilibre entre suspens et crédibilité. C’est une sobriété appréciable, qui rend ce récit agréable à lire, tout en étant toutefois assez captivant pour ne pas se lasser. Très envie d’en lire les autres tomes!

Au pied de l’hôtel de ville s’ouvrait un petit espace ou, dans la chaleur du soir, des gens en tenue estivale assis à de petites tables de café discutaient avec nonchalance; La statue des joueurs de lur surveillait majestueusement la consommation de rosé et de bière pression, comme s’ils n’attendaient que le bon moment pour se mettre à jouer de leurs instruments. Sur le pas de la porte de l’Oscar Bar, Jeppe et Anette se saluèrent, épuisés. Elle se mit en quête d’une table libre pendant qu’il allait commander les bières.

– Regarde, mon ami, si tu lèves juste un peu les coudes, je vais m’assurer que ce joli coupe-vent ne soit pas taché. Ce serait dommage.

Jeppe souleva consciencieusement les coudes et, avec lassitude, il regarda René essuyer le comptoir avec un sourire sarcastique. Les piques de René faisaient partie du plaisir de venir à l’Oscar Bar, quelque chose qui le faisait se sentir chez lui dans ce bar par ailleurs bien trop bruyant, avec ses petites tables bistrot ridicules et ses miroirs aux murs. C’était Johannes qui lui avait fait découvrir l’endroit, à l’époque ou, mille ans plus tôt, ils s’étaient rencontrés à l’école du spectacle d’Amager. A l’époque ou Jeppe croyait que les ambitions d’actrice de sa mère étaient aussi les siennes. Qui sait, peut-être l’étaient-elles?

3 commentaires sur “L’enfant étoile

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