Les liens du sang

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Frankie Sheerie est commissaire divisionnaire au sein de la police judiciaire de la République d’Irlande. Tanya, sa belle-sœur avocate souhaite qu’elle étudie le cas de Sean Hennessy, qui sort tout juste de prison après avoir passé dix sept années là-bas, condamné d’avoir assassiné ses parents, et tentative de meurtre sur sa sœur. Elle soupçonne en effet qu’une erreur judiciaire ait été commise et que l’homme est en réalité innocent. Frankie est vite appelée sur un lieu d’homicide, une église ou les corps d’un homme et d’unes femme sont retrouvés côte à côte.

Olivia Kiernan

283 p.

Hugo Publishing

The killer in me, 2019

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Il fait froid, il fait gris, il gèle le matin et le froid commence à piquer la peau quand ce n’est pas la pluie qui tombe en trombe. Un temps digne de l’Irlande dans ses bons jours. Un temps à lire, le soir au chaud sous son plaid ou sous sa couette, ce roman policier authentiquement irlandais, qui plante son décor dans les abimes de la banlieue dublinoise. Je ne sais pas si cela vous déjà arrivé de lire un roman qui prend racine dans un lieu que vous connaissez bien ou que vous avez fréquenté, si c’est le cas, cela a certainement du vous laisser une curieuse sensation. C’est la sensation que ce roman m’a laissée, un mélange des images, que l’auteure a créés, incrustées dans mes propres souvenirs. Au-delà de cette dimension personnelle, c’est un roman assez efficace, un bon page-turner selon Bookpage.com, un polar captivant selon The Wall Street Journal. L’accueil critique a été bon, mon avis va rejoindre l’appréciation générale.

Enfin, et ce n’est pas si souvent que cela, il me semble que ce point mérite d’être souligné, une femme commissaire divisionnaire, au prénom très masculin, comme s’il fallait trouver une manière de s’imposer dans un univers éminemment dominé par les hommes jusqu’il y a peu encore, Frankie Sheehan. Et il semble qu’Olivia Kiernan s’est vraiment attachée à inverser l’ordre habituel des choses, les supérieures de la commissaire divisionnaire sont aussi des femmes. L’auteure leur fait ainsi la part belle dans cet épisode très sombre, qui lui aussi touche les points les plus sordides des faiblesses humaines. Mensonge, tromperie, violence. À chaque fois que j’entame un roman policier, j’attends avec impatience d’observer l’angle sous lequel l’auteur a choisi de bâtir son intrigue. À force de lire les thrillers, on devient plus exigeant, ce qui explique que je me suis au fil des années détournée de certains auteurs. Par bonheur, Olivia Kiernan a réussi à me dérouter, me faire douter.

Deux corps sans vie retrouvés dans une église, voilà qui donne un peu de fantaisie et de singularité au récit – même si la maison de Dieu est en passe de devenir un lieu commun du roman policier. Certains lieux sont emprunts d’une aura telle qu’ils rajoutent un peu de mystère, et de mysticisme, bienvenus même si la dévotion religieuse est vite tuée dans l’œuf. De l’autre côté, une erreur judiciaire qui plane sur la Garda Síochána na hÉireann – force de police nationale de la République d’Irlande – susceptible de provoquer un séisme, par les médias, dans la société et dans l’institution judiciaire du pays. Le début de roman, dévolu à la fois entre retour sur le massacre d’une famille vieux de dix-sept ans et celui, très actuel, d’un homme et une femme, est assurément très engageant, la suite de l’intrigue tient également toutes ses promesses.

La Garda, ses locaux à Dublin (1ere photo)

C’est un monde plutôt désespéré dans lequel nous entraîne l’auteure irlandaise, ou les coups du sort se succèdent, les aléas s’enchaînent sans fin jusqu’à rendre la situation inextricable, sur le point de tourner au vinaigre, et en faire de même avec toutes les protagonistes. En sus de ‘l’intérêt de l’intrigue, un des points forts de ce roman est d’amener une réflexion, très pertinente et très actuelle, sur les peines et la réalité d’emprisonnement, à l’heur ou la question sensible de la réinsertion est brûlante. Même si la réponse finale qui est proposée est à mon sens un peu trop simpliste, il n’empêche que la prison dans des pays comme le notre où la véritable perpétuité n’existe que dans quelques rares exceptions, tend à briser les individus qui sont voués à se réinsérer plutôt qu’à les aider à reprendre le cours d’une vie à peu près normal.

Même si vous n’avez pas une tête d’assassin,

il suffit de rester un bon moment en prison et le temps

se charge de graver le visage du mal sur le vôtre,

jusqu’à ce que vous vous comportiez comme le diable en personne.

A l’intérieur, vous êtes resté le même, mais personne ne

vous voit plus comme ça.

Non. Les autres ne voient plus qu’un tueur.

Ce n’est pas le Dublin des beaux et heureux jours, vivante, gaie, au charme unique, que l’on observe ici, ce n’est ni Temple Bar, ni Grafton Street, ni même la balnéaire Dun Laoghaire, car dans c’est cette capitale et ses banlieues, comme de partout, où ses autochtones s’évertuent à donner le change et a docilement celé, derrière les murs de ces maisons qui se ressemblent, les pires travers de leur vie. Olivia Kiernan est une toute jeune auteure qui connaît de bons débuts et prépare déjà la sortie (dans la langue originale) de sa troisième fiction en juillet prochain intitulée If looks could kill. Roman qui semble d’ailleurs reprendre cette thématique de l’innocence bafouée, ou de la culpabilité faussée, qu’elle n’a pas visiblement pas fini d’exploiter : « Innocence is nothing, Appearance is everything » – Frankie Sheehan reprend du service et s’éloigne cette fois – relativement peu – pour aller se reposer dans les Montagnes de Wicklow.

Je l’observe traverser le bar d’un pas souple, assuré. Il est presque méconnaissable. Un type ordinaire venu boire une pinte un dimanche soir. Il me rejoint au fond du pub, me tend la main. Ses doigts s’arrondissent, épousent la forme des miens. Des cals, une strie sur sa paume. Les ongles courts, nets. Je vois les muscles de son avant-bras jouer tandis qu’il me serre la main.

– Heureux de vous rencontrer, commissaire, dit-il en souriant.

Il est grand, mais je le suis presque autant que lui. Il est plutôt beau garçon. Yeux bleus. Mince, cheveux courts d’un joli blond doré. Un type qui a purgé sa peine. Un type qui a assassiné ses parents, tenté de tuer sa soeur. Je l’observe se départir de son sourire, tirer une chaise et poser ses mains robustes sur la table tandis qu’il s’assoit. Et la question n’est pas de savoir s’il s’agit oui ou non d’un assassin, mais quinze ans de prison suffisent à changer quelqu’un.

Pour aller plus loin

Victimes consentantes, sites BDSM,  » near death experiences « , chambre de tortures, meurtres filmés et ritualisés : jusqu’à sa confrontation finale avec le tueur, Frankie va s’immerger dans ce que l’âme humaine a de plus noir et de plus pervers. Un noir absolu, malgré les taches de bleu de Prusse, ce pigment utilisé par Chagall et que l’on retrouve sur les victimes comme une signature.

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