MARGO, Second souffle

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Margo est une professeur d’anglais qui vit à Saint-Martin-de Vésubie. Elle a pris sous son aile Adélaïde, une jeune adolescente de 14 ans dont elle est une amie proche du père, Robin. Mais Margo est un prénom d’emprunt qu’elle a été contrainte d’adopter car son identité, et tout ce qui constituait sa vie, a été usurpé par une inconnue. La jeune femme vit elle-même sous cette fausse identité, prenant soin de dissimuler à presque tous ses amis son véritable nom, depuis qu’elle a pris conscience de la fraude qui la touchait. Bien décidée à récupérer ce qui lui appartient, elle se décide à retrouver cette voleuse d’identité, qu’elle pense être en Norvège. À l’aide d’un vice-consul honoraire, dans un premier temps, elle entreprend ses recherches en Norvège, qui vont l’amener à courir un marathon.

Thomas Martinetti

280 p.

Auto-édition

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

Encore un titre qui m’a été suggéré par la plateforme Netgalley. C’est le premier titre que je lis, qui n’est pas été promu par une maison d’édition. C’est le premier tome d’une trilogie à venir. Mais ce titre a connu un drôle de cheminement : publié une première fois en décembre 2019, il fait l’objet d’une réédition cette année. Or, Thomas Martinetti avait projeté sa narration en 2020, et compte tenu des événements que nous savons, il a modifié les dates et a retardé son récit d’un an. Le covid19 a des répercussions jusqu’au coeur même de la littérature.

Thomas Martinetti a choisi un thème qui l’a visiblement interpelé, au point qu’il a pensé faire une série, au point qu’il y consacre une trilogie. Le vol d’identité. Il s’en explique d’ailleurs en postface du roman. Au-delà de son intérêt pour la question, il me semble que c’est un thème facilement exploitable, aussi troublant que dérangeant, si tant est que l’on fasse avec cohérence et finesse. C’est l’élément qui a fini de me convaincre de faire la lecture de ce thriller. Et, cerise sur le gâteau le fait qu’il nous amène au beau milieu des fjords norvégiens, je ne dis jamais non à un petit séjour sous les cieux glacés scandinaves.

Autant vous le dire de suite, il va falloir lire les deux autres tomes de la trilogie si vous souhaitez connaître la toute fin de cette intrigue dont les fils trouvent leur origine et leur fin aussi bien en Roumanie, en Russie qu’en France. Et évidemment en Norvège avec la principale intéressée de ce premier tome, Margo, notre héroïne qui s’est copieusement fait voler son identité, l’ensemble de sa vie, de son compte en banque à son statut marital. L’auteur dessine un personnage tout à fait crédible, une jeune femme somme toute simple, une Française lambda qui se retrouve avec une montagne de problèmes d’une hauteur vertigineuse, que l’on ne peut imaginer. Car Thomas Martinetti prend soin de l’expliquer et c’est en outre à ce moment que j’ai réalisé à quel point il avait été touché par la nature de cette perte : c’est légalement le dupé doit apporter la preuve qu’il est la victime et non l’escroc usurpateur. Le vol d’identité est un des vols les plus intimes qui soient, extrêmement destructeur, alors même que le nom que l’on nous a octroyé à la naissance ne nous appartient plus. L’auteur illustre très bien cette sensation de perte de sa propre individualité et de dépouillement, cette intrusion de l’intimité, de cette obligation de se reconstruire une vie à soi.

Le vol de mon identité n’a pas seulement détruit mon couple. Avec lui, c’est comme si mon dernier lien avec mon entourage d’avant avait été rompu. Pour mes amis et ma famille restés à Nice, la situation est encore abstraite. Ils se font tous une idée personnelle de l’usurpation d’identité et de ses conséquences.

Le choix de Margo, qui est donc un prénom d’emprunt, n’est pas de recourir qu’à la voie légale, mais de forcer le destin et de poursuivre cette voleuse d’identité jusqu’en Norvège. En restituant les sentiments qui s’agitent dans la jeune femme, colère, doute, lassitude, interrogation, l’auteur nous entraîne dans un marathon haletant et épuisant à travers les fjords de Norvège, dans une course à l’identité volée dont MARGO n’est que la première étape. J’avoue que l’on ne peut s’empêcher de vivre, et ressentir, avec la jeune femme cette forme d’injustice particulièrement pernicieuse qui se traduit par une angoisse permanente, cette sensation désagréable de vivre comme une usurpatrice expulsée de sa propre vie, de ressentiment permanent qui empêche toute forme de paix et sérénité.

On s’en doute, puisqu’il y a trois tomes, la fiction de Thomas Martinetti dépasse la simple recherche de Margo la française. L’auteur a échafaudé une intrigue qui ne s’arrête pas aux frontières de la France, et de la fiction, ce qui en fait sa force, mais d’autres éléments étoffent l’intrigue, je pense au rôle des témoins de Jéhovah, qui l’inscrit dans une histoire d’ampleur, sinon internationale, du moins européenne. J’ai vécu cette lecture avec énormément d’attention, d’identification, nombreux sont les reportages qui ont été consacrés à ce genre de situation singulière. Le récit nous prend très vite au jeu, le scenario tient parfaitement la route d’autant qu’il ne se contente pas de jouer sur la simple dichotomie volée-voleuse. Alors que la situation de l’usurpée est au fond sans ambiguïté, celle de la voleuse est bien plus délicate, d’autant qu’elle n’est pas dans la situation du charlatan, uniquement motivé par une fin pécuniaire, qui se choisit un compte bancaire à vider.

C’est un récit aussi bien construit qu’écrit, j’attends évidemment la suite avec impatience, le thème est exploité avec bon sens et une sensibilité certaine à cette situation d’apatride, de déracinée. J’ai simplement pris du plaisir à suivre le parcours de Margo dans cette Norvège presque mythique, entre fjords et montagnes, lacs et tunnels, l’auteur a mis un soin particulier à retranscrire ce lieu enivrant et d’une profondeur glaciale et insondable, je crois que j’y ai mis la même ardeur passionnée à le lire que Thomas Martinetti a mis à l’écrire. J’ai hâte de lire le deuxième tome, Nordland. En postface, l’auteur relate son envie de créer une série basée sur ce phénomène d’usurpation d’identité, je ne sais pas si le projet a été abandonné, ou non, mais je crois que c’est une idée très prometteuse, et surtout très adaptée au format de la série.

Contrat rempli. Mon plateau entièrement consommé et débarrassé, je remonte à l’étage. J’arrive à peine à m’en absenter pour dormir et courir: je suis déjà en manque.

Ce qui a été conçu comme une suite conjugale ressemble depuis mon arrivée à une salle des opérations secrètes. Au centre d’un amoncellement de documents officiels et de courriers administratifs, mon ordinateur portable commence à montrer des signes de faiblesse.

Sur l’écran, ou se superposent plusieurs fenêtres, je la suis à la trace. Au jour le jour. Celle qui m’a volé ma vie, et réduit la mienne à guetter la sienne.

La loi veut qu’il m’incombe de prouver que je suis bien moi.

J’ai toujours cru que ça n’arrivait qu’aux autres. Et puis un matin, je l’ai sentie. Cette impasse. Ces murs qui m’écrasent de toutes parts. Cette asphyxie continue.

J’ai songé à lui laisser définitivement la place. Elle est devenue moi. Je ne suis devenue personne. J’ai très sérieusement pensé à me retirer de la partie pour de bon.

On dit que seuls ceux qui ont vécu la même chose peuvent comprendre. Eh bien, c’est vrai. Malgré nos différences d’âge, d’origines et de parcours de vie, Séverin me comprend.

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