L’âme du violon

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1620, Brescia, Italie du Nord. Le luthier Di Luca est renommé pour ses violons de grande qualité. Après que l’atelier dans lequel il travaille a brûlé, l’artisan perd l’usage d’une main et ne peut plus œuvrer. C’est à l’aide de son élève qu’ils vont achever ensemble un dernier instrument, qu’il considère comme son œuvre ultime.

Les années trente. Lazlo est un jeune tzigane, qui, parce qu’il est issu d’un couple mixte, est mal accepté par son peuple. Sa seule préoccupation, à part sa petite-amie Mina, est de jouer du violon, que son oncle lui a confié auparavant.

Lucie est une jeune étudiante qui travaille pour subvenir à ses besoins et acheter du matériel de peinture. Sa grand-mère décide de ventre le violon du grand-père décédé afin d’aider sa petite-fille financièrement.

Charles White est un homme d’affaire à succès et ambitieux, il aime écouter de la musique classique. Il rencontre une jeune violoniste qui le fait vibrer plus que tout autre et se met à la recherche de l’instrument parfait.

Marie Charvet

286 p.

Editions J’ai Lu

Ma Note

Note : 3 sur 5.

L’instrument de musique en tant que sujet central d’un roman, revient de façon récurrente et le violon est souvent l’instrument de prédilection – vous me direz qu’un piano c’est un poil moins facile à transporter! Je pense ici à L’empreinte de l’Ange de Nancy Huston ou à Confiteor de Jaume Cabré, deux romans que j’ai particulièrement aimés. Il faut croire que le violon est un instrument qui se prête facilement à greffer cette note romantique, dramatique à la fiction qui l’emploie, par l’objet en lui-même et sa musique. Marie Charvet a choisi de traiter l’objet, qui devient le fil conducteur entre les quatre personnages qui se partagent le récit, comme ils se partagent la vie du précieux instrument.

Quatre histoires, quatre personnages qui se dessinent peu à peu dans l’histoire de ce violon. D’abord le luthier qui a pensé, conçu, poli, vernis, accordé l’instrument à cordes de ses mains, Giuseppe di Luca un artisan talentueux et pointilleux mais méconnu de l’école de Brescia du XVIIe siècle, qui a le gout de l’ouvrage parfait. Puis Lazlo un tzigane des années trente, un peu à l’écart de ce monde, et la musique qu’il joue avec ce fameux violon hérité de son oncle, devient sa seule raison de vivre. Lucie qui a la charge de faire estimer et vendre le violon de sa grand-mère afin de financer son art. Enfin, Charles qui se met à la recherche des fameux violons signés par le maître et qui convoite bientôt le violon. C’est un instrument qui ne cesse de passer de mains en mains, un héritage précieux, qui se nourrit du talent manuel ou musical de chacun de ses propriétaires, mais qui permet à chacun d’eux d’accéder à un accomplissement existentiel. Le travail de lutherie est, on s’en doute, d’une perplexité sans fond, d’une maitrise absolue et d’une connaissance exceptionnelle de la matière, d’assemblage, une volonté implacable de perfectionnisme afin de créer la meilleure sonorité qui soit. Ce violon-là est ainsi le fruit d’une vie de labeur, de travail, d’erreur, de perfectionnement, qui le rend unique.

Ce violon a ainsi plus d’intérêt que tous les personnages qui le manient, c’est une sorte de témoin qu’ils se transmettent, qui passe de main en main, une fois qu’il a accompli sa tâche, qu’il a apporté sa magie à la vie de ses possesseurs, que lui a inculqué son créateur en le façonnant avec tant de soin. Le luthier a créé là un instrument dont la vie lui a échappé des mains, une œuvre d’art par la perfection du son qu’émet le frottement de ses cordes et de la capacité à ouvrir la voie de la réussite à ceux qui ont la chance d’entrer en sa possession. Violon de maitre, ce texte est une ode à l’art, musique ou pictural, au savoir-faire inestimable de ces artisans de la perfection qu’abritaient les ateliers de ces maîtres. Les mains du luthier ont réussi à créer une âme à l’instrument, qui s’est ensuite attaché intimement à ses différents maîtres, l’un et l’autre ne faisant plus qu’un au service de la musique. La façon dont Marie Charvet a sanctifié cet instrument, en a presque fait une entité vivante à part entière vibrant en unisson avec son musicien, lui permettant de donner corps à son talent, et vie à son épanouissement, c’est cette perspective de ce roman que j’ai aimée.

J’ai trouvé les quatre parties de valeur inégales mais si ensemble, elles se complètent toutefois bien, L’artisan qui conçoit, le jeune homme qui réussit à trouver sa place dans le monde grâce au violon, la jeune femme qui réussit à exploiter ses talents grâce à sa vente, enfin l’artiste qui trouve l’instrument qui lui convient au son unique et parfait, la boucle est bouclée. Les différents épisodes de vie sont assez bien ficelés, ils sont développés en parallèle de sorte que l’on connaisse seulement les quatre dénouements en toute fin du roman. Ce découpage et cette mise en parallèle est assez efficace, car ils permettent à l’auteure de créer un suspens qui nous tenir en haleine jusqu’aux issues. Peut-être un peu trop, l’auteure nous laisse un peu sur notre faim car j’aurais aimé en savoir plus sur les trois premières histoires, la dernière me semblant conclure heureusement le parcours du violon. Il aurait été bienvenu de développer davantage les trois premières histoires, qui se concluent un peu trop brusquement: même si le violon est le héros de ces vies qui ne se croisent qu’à travers lui, ses propriétaires possèdent une vie propre en se séparant de l’objet dont j’aurais aimé connaître un peu plus de détails, qu’elle aille plus en profondeur.

C’est un roman qui se lit facilement, qui nous fait traverser trois époques distinctes, quatre univers différents, les luthiers, les tziganes, celui d’une jeune étudiante et le pdg ultra occupé et surtout des artistes, des prodiges, des passionnés de la musique de l’instrument mais pas : de son élaboration minutieuse, des obsédés du son parfait, de la vibration parfaite, de l’artiste-peintre en devenir. C’est aussi cette diversité des tableaux, autour du violon, qui constitue l’harmonie de ce roman dont on ne peut déplorer aucune fausse-note véritable. C’est un doux et délicat récit qui se laisse goûter, ma foi, avec délectation.

La violoniste arrive dans le chœur, tandis que derrière elle se tient une formation réduite de l’orchestre. Elle s’apprête à jouer le Concerto en mi mineur de Mendelssohn. Son regard se tourne vers la voûte de la nef en même temps que son bras se lève, comme suspendu par un fil, pour lancer la première note. Dès ce premier coup d’archet, la musique comme. L’instant suivent, Charles se sent légèrement frémir.

Que se passe-t-il? D’où vient cette sensation? De l’alcool, du froid, de la fatigue? Il essaye de comprendre mais, pris par surprise, il se laisse à nouveau emporter.

La mélodie poursuit sa course. Elle semble venue du ciel, de la voûte que la violoniste regarde sans ciller, tout entière tendue vers le haut.

Charles tente de se ressaisir, mais, clac, un vibrato lance une estocade supplémentaire. Le frémissement revient, plus grand encore.

Serait-ce possible? Il reconnaît cette sensation pour l’avoir vécue des années auparavant, quand l’émotion l’avait submergé lors du concert d’orgue de Saint-Eustache, le jour ou la musique était entrée dans sa vie. Serait-ce possible? Serait-ce donc là le fameux frisson qu’il a si rarement connu et qu’il cherche à revivre depuis tant d’années?

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