Un cœur vaillant

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2001. A la mort de sa grand-mère Angela, Bartolomeo Berni tombe sur une lettre mystérieuse qui indique que feu son grand-père a été embarqué à bords d’un navire qui a ensuite coulé l’Arandora Star alors qu’il a toujours présumé qu’il avait été tué au combat durant la seconde guerre mondiale. Il entreprend alors de rechercher la femme qui accompagne sa grand-mère. Après avoir retrouvé Florence Willis à Milan, cette dernière va lui révéler peu à peu une toute autre vérité que celle que sa grand-mère Line s’acharnait à répéter. Cela va le ramener au début de la guerre, à l’automne 1940, dans ce quartier de Londres qui se nommait Litte Italy.

Caterina Soffici

312 p.

Editions J’ai Lu

Nessuno puo fermami, 2017

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

L’Angleterre est une terre d’immigration, de migration, de mélanges improbables de cultures, aujourd’hui comme dans le passé. S’il y a bien une page ces vagues d’émigrants dont on parle peu, c’est celle de ces transalpins qui ont rejoint la Grande-Bretagne au début du XXe siècle. Si la France a connu sa propre vague juste après la fin de la guerre, ceux qui sont venus en France pour faire vivre leur famille, l’épisode anglais est quant à lui beaucoup plus dramatique. Et Caterina Soffici est là pour le lever le voile, dans ce premier roman, sur ceux qui ont doublement payé pour la politique fasciste d’un Benito Mussolini. Caterina Soffici est journaliste, et en tant que telle, elle a su trouver et s’appuyée sur différentes sources, dont deux lettres sont retranscrites en fin d’ouvrage, pour fabriquer ce roman.

Caterina Soffici nous fait voguer entre Angleterre et Italie, entre passé et présent : comme bien souvent le décès, ici celui de la grand-mère Lina, mets à jour les secrets de famille longtemps enfouis dans les recoins sombres et poussiéreux d’un bureau. Voilà que le jeune Bart va enquêter, partir jusqu’à Milan et bien loin encore. Voilà qu’il va repartir dans la capitale anglaise d’il y a quatre-vingt ans, à Little Italy. Dès le départ, Caterina Soffici agrémente sa narration d’une pincée de mystère nécessaire qui va nous entraîner dans les rues encore paisibles de ce quartier de Londres, qui fleure bon la pâtisserie italienne, les rires gras et joyeux, le bon temps de la cohabitation harmonieuse, le temps des projets, celui des flirts, des parties de football, des repas, des soirées qui n’en finissent plus.

L’arrivée massive d’étrangers a toujours été source de tensions et de conflits dans n’importe quel pays que ce soit, et l’Angleterre n’y a pas échappé d’autant plus que l’on se doute que les dissensions, par temps de guerre, sont exacerbées, et le fossé entre immigrants et autochtones ne fait que se creuser. Quand on sait qu’à ce moment-là, la moindre étincelle pouvait virer à l’incendie, la catastrophe se fait pressentir. Ironiquement, ces alliés anglais qui se faisaient les hérauts de la démocratie et de l’égalité des peuples ont peu hésité avant de se ruer sur les habitants de Little Italy dignes représentants du fascisme italien à leurs yeux, pour les envoyer dans des camps. L’auteure italienne a choisit d’ancrer dans le contexte qu’elle avait particulièrement choisi, puisqu’il est au fond la raison d’être du roman, une intrigue montée de toutes pièces sous la perspective familiale, et c’est plutôt judicieux puisque c’est la pierre angulaire de (presque) toutes les familles italiennes.

Les secrets de famille sont bien souvent les racines idéales à partir desquelles une intrigue croit avec profit, et les greffes d’une page historique mêlant un épisode de la seconde guerre mondiale et une catastrophe maritime jouent le rôle d’un puissant fertilisant, Caterina Soffici a réussi son roman. Ce secret de famille constitué par la brouille de sa grand-mère avec Florence va être dénoué peu à peu, et si Bartolomeo et son fidèle compagnon de route qu’est le lecteur, vont de surprise en surprise en discernant la nature des relations de Florence l’anglaise et de son mari Michele avec la famille de Lina. En observant le quartier de Little Italy qui d’un quartier de Londres, où il fait bon vivre, prend progressivement les airs d’un ghetto dès lors que les Italiens endossent malgré eux le rôle de bouc-émissaires, n’est pas sans rappeler d’autres épisodes aussi obscurs de la guerre. La journaliste italienne a construit un récit à la mémoire de ces exilés, a érigé un monument littéraire à leur mémoire, qui ont payé les erreurs du gouvernement fasciste qui était le leur et le gouvernement anglais qui l’est devenu.

J’avais tapé ces deux mots sur Google. Sur l’écran étaient apparus des articles de journaux en anglais, des liens vers des sites d’histoire et diverses citations, qui évoquaient le navire et les évènements de juillet 1940 comme la tragédie de l’Arandora Star. On parlait du fameux « navire de croisière de luxe, avec uniquement des cabines de première classe, réquisitionné durant la guerre par le gouvernement anglais pour transporter du matériel et des soldats, puis pour déporter des prisonniers de guerre et des fascistes ».

Il y a bien sur toute une flopée de personnages, ceux qui constituent une des pièces du puzzle qu’est Little Italy, Dante, Margherita, leur fils Bartolomeo et leur belle-fille Lina, plein de chaleur, vie, de joie, de générosité qui ont donné une âme à ce quartier. Ceux qui perdent tout, ceux pour qui on pleure. Il y a le narrateur, qui en contrepoint de ce tableau de vie apparaît un peu fade et tristoune. Mais il y a surtout, Florence Willis est l’un des personnages forts de ce roman, cette Anglaise de naissance qui devient peu à peu italienne, qui épouse l’Italie en même temps qu’elle se fiance à Michele là-bas dans la capitale britannique. Celle qui au temps des jours heureux nageait entre deux eaux, celles de ses concitoyens qui voyait d’un mauvais œil une des leur se mélangeait à la plèbe italienne, celle de cette famille très soudée qui a eu bien du mal à faire la place à une Anglaise. Elle est celle qui n’a après tout eu aucune légitimité d’un côté comme de l’autre, mais qui est là à soutenir sa famille de cœur, et celle qui va se faire rejeter. Vous l’aurez compris, c’est celle que j’ai aimée.

De la même façon que Les trois vies de Josef Klein d’Ulla Lenz, j’ai découvert encore un pan de l’histoire qui m’était inconnue, les erreurs de ce que l’auteur nomme la panique soudaine d’u gouvernement anglais face au monstre fasciste italien, qu’ils ont géré sans considération aucune. L’une des erreurs qui entache l’aura de héros d’un pays qui se voit volontiers comme l’allié inébranlable, compagnon de route des Américains. Je vous invite à en savoir plus en tapant l’Arandora Star, ce bateau qui apparemment moins attractif pour être l’objet d’un film qu’un Titanic – forcément, l’exil forcés de campés italiens est bien moins d’attention que celui d’un gros paquebot rutilant et se prête nettement moins à une mise en scène d’une romance, n’est-ce-pas. Caterina Soffici rend un vibrant et bel hommage à ceux que l’on a oublié dans les mers eaux de l’océan Atlantique après avoir été torpillés grâce à un roman palpitant.

Cette ainsi que cette histoire a commencé. Bien sûr que j’avais connu son grand-père, Bartolomeo. Et aussi sa grand-mère, mon amie Angela, que tout le monde appelait Lina. Dans le quartier que nous (les Anglais) appelions « Little Italy », les Italiens simplement « The Hill », les diminutifs étaient monnaie courante. Et « down the Hill », comme on disait, on n’appelait pas les gens par leur nom : uniquement par leur diminutif. Bart et Lina. Mickey et Flo, c’est-à-dire Michele et moi. Quand nous nous sommes mis à fréquenter The Hill, je suis devenue Flo. J’ai compris que je faisais partie de la famille le jour où  on m’a appelée par ces trois lettres, Flo. « Ciao Flo ». « Ciao » était le premier mot que j’avais appris. J’aimais l’italien, je trouve cette langue douce et musicale. Dans le Quartier, tout le monde parlait italien. J’ai rencontré des vieilles femmes qui n’avaient jamais retenu un mot d’anglais. Elles n’en avaient jamais eu besoin, leurs hommes se chargeaient de sortir du Quartier. Moi, j’avais appris l’italien rapidement. Ma première phrase avait été Ti amo – « je t’aime ».

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