Le voleur d’amour

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Adrian Von Gott est né le 30 avril 1769 à Venise. Dernier enfant en vie de parents mal mariés, il grandit seul, mis à l’écart par ces derniers. Alors qu’il devient adolescent et qu’il connaît ses premiers émois amoureux, il se découvre différent des autres jeunes gens de son âge, il se retrouve avec une faculté spéciale qui lui permet de ne jamais vieillir. Et de traverser les siècles, pour finir à New-York, au XXIe siècle, à se poser la question de son immortalité après sa rencontre avec Anna.

Richard Malka

224 p.

Editions Grasset

Ma Note

Note : 3 sur 5.

S’il y a bien des noms qui attisent ma curiosité, qui me donnent l’envie d’ouvrir un roman sans lequel je ne m’y serais jamais intéressée, c’est celui de Venise. Mais aussi de Constantinople, Londres ou tout autre ville marquée par le sceau d’une histoire millénaire. J’aime les histoires de voyageurs, les récits de voyages, c’est bien pour cela que j’ai choisi de lire ce roman. Richard Malka est déjà scénaristes de nombreux romans graphiques, il signe ici son deuxième roman. Sur un plan plus politique, en tant qu’avocat, l’homme est aussi connu pour son combat pour la laïcité, il a été l’avocat du journal Charlie Hebdo. C’est un homme de discours, habitué à manipuler langage et mots par le biais de ses plaidoiries, dont il se sert cette fois pour mettre en forme sa fiction.

C’est un roman épistolaire à deux voix : celles d’Anna et Adrian, appartenant à ce New-York du XXIe siècle, qui s’écrivent l’un à l’autre, sans pour autant échanger la moindre lettre. Cela aurait été une histoire d’amour comme les autres, a priori, sauf qu’Adrian n’est pas tout à fait comme le reste de l’humanité, doté d’une vie interminable, qui a pris jour quelque deux cents années plus tôt. C’est un roman très agréable à lire, d’autant que l’auteur nous plonge dans la Venise du XVIIIe siècle, envoutante et repoussante à la fois, belle, richissime mais ravagée par la maladie, au sein du couple mal assorti et meurtri que forment ses parents. Adrian est leur dernier enfant, le seul enfant qu’il leur reste, le survivant, l’immortel, à la fois béni et maudit par ce destin. Ce vénitien d’origine va sillonner le monde tout comme les siècles, et nous emporter dans ses pérégrinations. J’ai beaucoup aimé ces passages-là à mi-chemin entre le roman picaresque et historique. D’autant que, et c’est ce qui me donne une tendresse particulière pour le personnage, le désœuvrement de ces deux siècles écoulés tant bien que mal lui ont fait naître une passion pour le moins dévorante de bibliophage autant que de bibliophile, sur laquelle il revient avec régularité. Adrian est un fin esthète, un homme raffiné et cultivé, c’est aussi ce qui fait son charme à cet homme torturé, cet Adrian, auréolé d’une aura de mystère, de noirceur, de douleur, typiquement le genre de profil qui attire. Il ne lui manque plus qu’il écrive en alexandrins à la lueur d’une chandelle… Mais je m’égare, le profil de l’homme est certes un poil caricatural, n’empêche que j’ai trouvé très agréable son évolution au milieu de ces livres. Si j’avais deux siècles à tuer devant moi, je ferais probablement fait la même chose.

C’est en citant Prospero que je me dirigeai vers mon destin. Shakespeare ne faisait pas partie de la bibliothèque des jésuites mais j’en avais trouvé les oeuvres dans notre demeure ; un trésor. Depuis plus de deux cents ans, les livres sont mon refuge, Anna. Au plus profond de mon désespoir, contemplant les guerres et la barbarie des hommes, les mots ont continué à m’enchanter. Au cours de ma longue vie, j’ai vu la calomnie salir la vertue, compromission encensée, l’intégrité injuriée, la lacheté triompher du courage et les courtisans enterrer les plus grands esprits; jai regardé ma propre sauvagerie et ma misérable condition et je n’ai jamais cessé de lire. C’est là, au coeur de la musique des mots, que se trouve l’expression du génie humain.

Comment qualifier ce roman alors même que le personnage principal se situe entre cette figure atemporelle du vampire suceur de sang, et ce cousin d’highlander, cet homme qui aspire la vitalité des personnes qui ont le malheur de rencontrer son chemin. Ce roman se situe à mi-chemin entre le fantastique du personnage et une réalité totalement prosaïque. Si je n’ai pas été totalement convaincue par le personnage, notamment en ce qui concerne ces âmes qui se retrouvent dans le temps, après des siècles passés, pour moi Adrian von Gott méritait mieux que d’être réduit à un simple amant. Il possède clairement l’aura de ces personnages éternels, dont la complexité de sa personnalité à travers le prisme de l’expérience hors-norme qui est la sienne fascine le lecteur, le tient en haleine. On apprécie de découvrir ce jeu de cache-cache qui lui permet de passer les siècles, cette faculté qu’il acquiert au fil de temps pour passer le filtre de l’histoire, qui fait de lui un caméléon qui s’adapte à peu près n’importe ou et avec n’importe qui, ce témoin vivant d’époques lointaines. Dans cette mesure-là, les passages historiques sont assez bien réussis.

C’est assez difficile pour moi de me faire un avis tranché, car j’avoue que je suis frileuse lorsqu’un roman touche au fantastique : La fin me semble également toute cousue de fil blanc, et ma foi je ne l’ai pas trouvée très convaincante, j’aurais aimé que la dimension fantastique du roman soit limitée, Adrian est un être unique en son genre, autant par ses côtés sombres que plus lumineux et il m’aurait semblé plus opportun qu’il le reste. Que ce soit le vampire ou autre, ce roman joue indéniablement sur le mythe de l’homme immortel, l’une des sources d’inspiration, et de questionnement, qui est à l’origine d’œuvres remarquables. L’auteur reprend cette question sur la pertinence de l’immortalité, et y répond à sa façon, que je ne peux qu’approuver. À la réflexion, on peut aussi prendre le côté métaphorique de cet homme bouffeur des énergies vitales, une sorte de monstre qui anéantit ses contemporains, une maladie qui ronge les hommes, la haine, la rancœur.

Même si je peux paraître un peu tatillonne, c’est un roman qui a de belles qualités et que j’ai aimé lire, et qui a fait écho en moi à pas mal d’autres références littéraires ou télévisuelles, cinématographiques. La langue élégante de Richard Malka contribue à l’attrait de ce récit que j’ai lu avec plaisir.

On dit que Zeus, pour soulager la terre de la prolifération des hommes, décida de prolonger à l’infini la guerre de Troie. Quand le Cosmos subit un dérèglement, l’ordre ne peut être rétabli sans dommages. Par leurs serments, mes parents avaient sacrifié leur nature, créant un désordre. Ce poison se transforma en émotion et ma conception en a été affectées.

Dans les entrailles de ma mère, j’étais différent mais viable. La vie est la force la plus puissante de l’univers. Elle a transformé des poussières de roche, dans l’espace, en humains, en forêts et en océans. La vie est bien plus puissante que la mort et un jour, tu verras Anna, elle en triomphera. Elle trouve toujours son chemin. Avec mes os si fragiles et mes quarante centimètres, j’avais besoin de mes créateurs. Je crois que les milliards de milliards de neurones de mon cerveau en formation se sont organisés dans le but d’éveiller l’amour de mes parents. Par nécessité, toute mon énergie vitale y était consacrée. Dans cet environnement favorable, l’étrange mutation affectant mes gènes a pu s’épanouir. Ce n’est que bien plus tard que j’en découvris les conséquences.

Le 30 avril 1769, mes parents m’appelèrent Adrian, en souvenir de ma sœur.

Pour aller plus loin

Aux portes de l’Occident, un dictateur opprime son peuple au nom de la transparence et de la pureté. Dans cette prison à ciel ouvert, les enfants ont le visage masqué et les citoyens récitent en masse un petit livre dont l’idéologie venimeuse contamine peu à peu le monde…
À Paris, dans une salle d’audience scrutée par la presse internationale, un homme, évadé de ce pays de cauchemar et seul rescapé d’un massacre, tente de justifier son crime politique. Saura-t-il réveiller les consciences ?
Son avocat, un grand plaideur ombrageux, ambigu, sensuel, doit accomplir l’impossible : obtenir l’acquittement d’un meurtrier qui revendique son acte.
À ses côtés, la nuit, le jour, une réfugiée politique irrésistible à laquelle il se lie de passion trouble : qui manipule qui ?
Journalistes, témoins, psychiatres, juges ou avocats, c’est notre temps qui se joue dans ce procès du siècle, avec ses mensonges, ses secrets et ses grâces inattendues…

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