La pierre du remords

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Le corps d’une femme sans vie est retrouvé chez elle après la police a été avertie par le biais d’un appel anonyme. Marta, de la police criminelle, s’occupe de l’enquête sur cette Valborg et découvre bientôt qu’elle avait eu, deux mois à peine avant sa mort, un entretien avec son ancien collègue Konrad. Celle-ci cherchait à retrouver l’enfant qu’elle avait abandonné à la naissance jadis. Ayant décliné sa sollicitation, et en proie au remord, Konrad se met à enquêter officieusement de son côté sur Valborg. Et sur la mort de son père, assassiné en 1963, dont il ne s’est jamais préoccuper auparavant.

Arnaldur Indriðason

294 p.

Editions Métailié

Tregasteinn, 2019

Ma Note

Note : 4 sur 5.

C’est un retour aux sources, aux valeurs sûres, je suis une grande fan d’Arnaldur Indriðason depuis des années, même si ce n’est que le deuxième roman de l’auteur que je chronique sur mon blog. C’est par lui que j’ai passé mon baptême de la littérature islandaise, et que j’ai commencé peu à peu à lire de la littérature policière nordique. Forcément, quand j’ai vu que les éditions Métailié le proposait en lecture sur Netgalley, je n’ai pas hésité, j’en ai fait la demande. Je reviens vers l’œuvre d’Indriðason après un long moment de désertion. Indriðason a mis de côté son enquêteur habituel, Erlendur Sveinsson, pour entamer un autre cycle, la série Kónrað, qui met en son centre un ancien commissaire qui, on s’en serait douté? se prénomme Konrad. La pierre du remords est le troisième qui compose le cycle.

Nous voilà en pleine banlieue de Rekjavik ou les façades de ses immeubles, certains coquets, d’autres plus sordides, comme de partout renferme bien des secrets, des situations pas forcément jolies à voir, de la maltraitance, de la tristesse, des remords que certains trainent avec eux au fil des années comme un poids dont ils ne peuvent se délester. C’est dans ce contexte, bien loin de l’immensité désertique des fjords, aveuglants de la blancheur hivernale, qui décorent d’autres romans Indriðasonniens, que se révèlent les drames, ceux du meurtre d’une femme de soixante-dix ans, sans aucune famille et qui recherche l’enfant qu’elle a abandonné autrefois. La pierre du remords est d’abord celui qui a rongé cette femme jusqu’à l’os de n’avoir pas pu être une mère pour cet enfant inconnu, mais aussi celui de Konrad qui avait opposé un refus catégorique à la demande de cette dame, qu’il aura mille fois l’occasion de regretter.

Je me suis investie pleinement dans ce récit pour découvrir le nouvel enquêteur qu’Indriðason nous a contacté, qui est doublé d’une enquêtrice officielle, mais je dois dire qu’elle fait pale figure face à Konrad, qui reste le rouage essentiel du roman. Car à la manière de Sveinsson, il porte en lui aussi de grandes zones d’ombres, avec un père assassiné il y a des dizaines d’années sans que jamais personne n’ait jamais été inquiété du meurtre. Vous l’aurez compris, Indriðason entremêle les enquêtes, pris entre le remord qui est le sien de ne pas avoir répondu à l’appel au secours d’une femme seule et en fin de vie, dont il n’a pas compris le désespoir, et ses propres interrogations, provoquées par la mort inexpliquée de ce père pourtant détestable.

Je ne suis, encore une fois, pas déçue par Indriðason, qui réussit à mettre à jour les faiblesses et les pires travers des uns, des autres, comme personne. Il a ce don de savoir explorer les failles des plus esseulés, que ce soit les victimes de meurtre ou les enquêteurs qui gravitent autour de l’enquête, qui ne sont pas davantage épargnés, en cela Konrad se rapproche vraiment de Sveinsson, qui tous deux sont marqués par la disparition inexpliquée de l’un des leurs. Il semble avoir deux catégories de personnes chez Indriðason, celles dotées de blessures à vif, ces victimes qui essaient d’entrer en résilience, et puis ces petits criminels, qui trafiquent, combinent, violent, frappent, espionnent, ceux qui existent bien à Reykjavik comme de partout ailleurs, mais qui, pour l’auteur ne valent pas le coup, qui ne traversent son récit le temps que de s’en voir chasser aussi vite. Et puis il y a ceux de la première catégorie, qui parfois franchissent la frontière et se retrouvent chez ces malfaiteurs sans consistance sans vraiment le vouloir.

C’est un récit versé dans l’ésotérisme qu’Eyglo, la fille du complice du père de Konrad, devenue sa compagne d’enquête relative à la mort violente de leur père respectif, assume malgré elle. Nous voilà donc avec les fantômes des deux hommes qui hantent leur rejeton, avec au beau milieu de tout cela, la société islandaise de spiritisme. Indriðason rajoute ici une très légère touche d’irrationnel, en la personne d’Eyglo, qui n’est pas déplaisante puisqu’il ne cède jamais au grotesque et laisse planer constamment le doute sur la véracité des capacités omniscientes d’Eyglo et de son père.

Indriðason a su m’emporter dans son récit à double perspective pour Konrad, une davantage d’ordre professionnel et l’autre intimement personnelle, mais qui finissent par se rejoindre, la première prenant une dimension plus personnelle, essayer de racheter ce qu’il ressent être sa faute, d’alléger cette pierre du remords qui pèse métaphoriquement sur sa conscience. Reste toujours, dans le fond, cette tonalité très fataliste qui caractère les romans d’Indriðason, et spécialement certains de ses personnages, qui semblent être nés maudis, et bien partis pour mourir de la même façon, pour ceux qui ont la chance d’être encore en vie. Et les policiers n’y font pas exception, Sveinsson aussi bien que Konrad. Je ne me lasse décidément pas des romans de l’auteur islandais, dont je me délecte à chaque fois avec le même plaisir.

Konrad l’écoutait avec intérêt. Il avait contacté Eyglo quelques années plus tôt, après avoir découvert que leurs deux pères avaient été mêlés à une affaire d’escroquerie pendant la guerre. Ces derniers organisaient des séances de spiritisme dont les dés étaient pipés, ce qui leur avait rapporté pas mal d’argent, mais le pot aux roses avait été découvert, ils avaient mis fin à leur collaboration et ne s’étaient sans doute plus revus jusqu’au début des années 60 ou leurs routes s’étaient probablement à nouveau croisées. Konrad se demandait s’ils avaient repris leurs anciennes activités consistant à extorquer de l’argent à des personnes crédules en leur proposant des séances de voyance. Il n’en avait toutefois aucune preuve. Ni lui ni Eyglo ne disposaient d’informations solides attestant que les deux hommes s’étaient à nouveau associés. Il suffisait donc qu’un quidam leur dise qu’ils s’étaient revus pour qu’ils se mettent à explorer cette nouvelle piste, et ce, d’autant plus qu’un des deux avait été assassiné devant les abattoirs du Sudurland, rue Skulagata, et qu’on avait retrouvé le second dans le port de Sundahöfn ou il s’était noyé, sans doute de manière accidentelle. Le corps d’Engilbert, le père d’Eyglo, ne portait aucune trace de violence. Il lui arrivait d’aller d’un bateau à l’autre dans le port de Reykjavik pour quémander de l’alcool aux marins. On pensait qu’il était tombé entre la coque d’un navire et la jetée, et que la marée avait fait dériver le corps jusque vers le détroit de Sundin. Les analyses avaient révélé la présence d’un fort taux d’alcoolémie dans son sang.

Pour aller plus loin

Les touristes affluent en Islande et les glaciers reculent lentement.
Le cadavre d’un homme d’affaires disparu depuis trente ans émerge du glacier de Langjökull. Son associé de l’époque est de nouveau arrêté, et Konrad, policier à la retraite, doit reprendre bien malgré lui une enquête qui a toujours pesé sur sa conscience.
Au moment où il pensait vivre sa douleur dans la solitude – son père menteur et escroc a été assassiné sans que l’affaire soit jamais élucidée et l’amour de sa vie vient de mourir d’un cancer –, Konrad est pressé par le principal suspect, mourant, de découvrir la vérité. Seul le témoignage d’une femme qui vient lui raconter l’histoire de son frère tué par un chauffard pourrait l’aider à avancer…

Inquiets pour leur petite-fille dont ils savent qu’elle fait du trafic de drogue, un couple fait appel à Konrad, un policier à la retraite, suite à sa disparition. Dans le même temps une amie de Konrad lui parle d’une jeune fille retrouvée noyée dans l’étang devant le Parlement en 1947. Elle lui demande de l’aider car l’enfant hante ses rêves. Il découvre que l’enquête sur la mort de cette dernière a été menée en dépit du bon sens. Lorsqu’on trouve le cadavre de la jeune trafiquante, il met encore en doute les méthodes de la police.
Konrad mène les deux enquêtes de front. Il nous apparaît comme un personnage solide, têtu, coléreux et rompu, par son enfance auprès de son père, à toutes les ruses des voyous. Toujours aux prises avec son enquête sur l’assassinat de son propre père, il avance vers la vérité.

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