La sacrifiée du Vercors

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Septembre 1944. Le Commissaire de Police Georges Duroy part chercher une espionne capturée et gardée prisonnière dans un village du Vercors. Alors qu’il vient d’arriver, le corps d’une jeune institutrice de Grenoble, prénommée Marie, est découvert, violenté, la tête rasée. Duroy se décide alors à mener sa propre enquête, secondé par Judith Ashton, la jeune journaliste américaine, qui connaît déjà bien les lieux et ses habitants. Bientôt les soupçons se dirigent vers la communauté italienne, qui vit dans un camp à proximité depuis quelques années déjà, d’autant que l’un des leur a été vu s’enfuyant du lieu du crime.

François Médéline

200 p.

Editions 10/18

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Rdv non loin de chez moi, à une paire d’heures à peine. Un endroit indissolublement marqué par l’Histoire, un beau coin de montagne doté d’un parc naturel régional où il fait bon se promener, encore plus quand un virus a la fâcheuse tendance à nous cloitrer chez nous. Et voilà que François Médéline nous ramène soixante-quinze ans plus tôt, à la fin de la seconde guerre mondiale, dans des villages encore en état de choc, ou personne n’a eu le temps de faire le deuil de ses morts, où les projets d’avenirs ne sont encore que des projections irréelles, les ruines encore fumantes sous les impacts des obus, les soldats, les résistants, les civils, encore mentalement en pleine guerre, la paix peine à renaître.

Certains n’ont visiblement pas vu suffisamment de corps violentés en cette fin de guerre, la violence s’est visiblement creusée une place dans le quotidien de chacun, qu’elle n’est pas prête de quitter. Le cadavre d’une institutrice de 24 ans est retrouvé, violé, égorgée, rasé. Plus la moindre trace d’allemand dans le coin, il faut bien trouver quels drames ont bien pu se nouer derrière tous ces combats. Et si les allemands sont partis, c’est donc qu’il va falloir enquêter sur ces français, qui ont déjà bien eu leur lot de souffrance. Ce très court roman policier se place dans un contexte particulier puisqu’il ne s’agit plus de traquer le voisin germain envahisseur, mais un assassin qui pourrait être bien un des leurs. Et il y a ces italiens, tout aussi dignes d’être soupçonnés puisqu’ils sont étrangers, qui deviennent bien vite suspects. En ce temps-là, on ne règle pas encore ses comptes devant les instances juridiques de son pays, qu’elles soient à Nuremberg ou à Lyon. On peut craindre le pire.

Le temps de s’imprégner de la temporalité, une fin de guerre, un pays chamboulé et totalement mis à sac, des personnages – un commissaire de police Georges Duroy, une photographe américaine Judith Ashton, des soldats de la FFI, les habitants – en gros une période troublée, c’est une enquête, certes rapide, mais très prenante qui nous attend. D’autant qu’elle touche une famille de résistants, qui a déjà dû concéder leur fils ainé à la guerre. La situation est sensible, et si Duroy arrive dans le Vercors pour une tout autre affaire, c’est sur une corde raide qu’il va devoir marcher pour enquêter sans trop piétiner les susceptibilités très affutées et irritabilités très vives des gens du coin, d’autant qu’il n’est pas sur son territoire. Outre le conflit entre autorités civiles et militaires, qui perdure le long du roman et qui démontre d’une France qui a du mal à reprendre cours, c’est aussi la défiance envers ces étrangers, pour le coup, ces « macaronis » transalpins, qui forcément endossent la culpabilité éventuelle. Parce que la dernière chose dont on ait envie et besoin, c’est d’une guerre fratricide.

Duroy et Ashton campe un bon duo d’enquêteurs, qui m’ont fait penser à celui des Petits Meurtres d’Agatha Christie pour celles et ceux qui connaissent en l’occurrence, Alice Avril et Swan Laurence, jeunesse et maturité, témérité et sagesse, extravagance et introversion, dont on aurait volontiers prolongé les aventures un peu plus loin encore. Mais l’auteur en a décidé autrement. Il explique en toute dernière partie, que si le dénouement est fictif, l’intrigue ne l’est pas et certaines figures encore moins. Georges Duroy, Judith Ashton, Bornan ou Roger Bazin, Choranche, Marie Valette, la victime elle-même. Je vous laisse découvrir par vous-même le lien que François Médéline, l’auteur lui-même, entretient avec l’un d’entre eux.

Même si l’enquête n’a rien de complexe, on s’emballe facilement pour cette quête de la vérité, d’autant qu’elle touche une jeune femme, institutrice, de bonne famille, et sans scandale. Et que l’on réalise précisément avec la venue de Duroy qui secoue ce petit entre-soi à quel point la guerre a pu avoir des retentissements invisibles, sur chacun d’entre eux, et dévastateurs, en créant et amplifiant une haine de l’étranger quasiment incontrôlable, si elle est tout du moins explicable. C’est une colère qui continue de brûler, inextinguible, d’ailleurs rien que le mot « épuration », même si dans le principe renvoie à la punition des collaborateurs les plus assidus, revêt tout de même de drôles de relents. Et il y a une bonne touche de mystère, quant au devenir du meurtrier – je me permets de vous révéler qu’il sera effectivement découvert, à vous la charge, si la curiosité vous en dit, d’en découvrir son identité et son motif – l’auteur brode sur une incertitude qui laisse, ma foi, à cet épisode comme un dernier gout de mystère.

La sacrifiée du Vercors renvoie à une fin de guerre pas glorieuse pour la France, entre lynchages et racisme, même si elle a eu l’honneur de compter un bon nombre de résistants qui se sont sacrifiés au nom de la liberté nationale. Marie Valette a été sacrifiée comme tant d’autres femmes ont eu le crane rasée par un ultime mouvement de haine, de vengeance et de lâcheté, il s’entend, évidemment qu’en ce qui concerne les français, aucun d’entre eux n’a eu la mauvaise idée de frétiller avec une femme allemande, c’est évident. Quoi qu’il en soit, c’est un roman, historique et policier, très efficace, sans aucune longueur, que j’ai lu quasiment d’une traite, merci les Editions 10/18.

Ô pays nommé France

Quand Duroy ouvre la porte de l’immeuble, c’est déjà trop tard, un fusil est braqué sur son torse. Derrière le fusil, il y a le grand Robert. Robert dit:

-Avance tout doux, collabo.

Judith va décamper par la porte de derrière. Elle en a le temps et c’est la seule option de fuite. Mais elle sent un objet métallique piquer dans le bas de son dos. Le grand Robert n’est pas seul. La tête de Judith pivote. Il y a Jojo en embuscade. Joseph, celui qui a achevé le fox-terrier entre les deux yeux. Oui, Jojo les attendait, tapi au fond du couloir. Robert insiste:

-Lève les mains, putain de Rouge.

Duroy tend les phalanges au niveaux des oreilles. Robert le désarme. Il fourre le Luger sous sa ceinture. Il fait signe d’avancer. Duroy sort du bâtiment. La place est déserte, la nuit est noire et transparente. Il fait encore chaud, 25°C. Le croissant de lune diffuse une lueur poudrée, pâle. Judith suit, sous la pression de Jojo et de son fusil. Duroy se risque:

-Collabo ou communiste, il faudrait choisir.

Robert est en sueur, son duvet de moustache a noirci. Si son fusil était équipé d’une baïonnette, il trouerait Duroy. Il méprise les sarcastiques bien qu’il ne connaisse pas ce mot. Il dit :

-Ta gueule !

Duroy abaisse les bras. Il déglutit. Il fixe Robert deux secondes.

Pour aller plus loin

À la nuit tombée, un radeau entre dans Lyon porté par les eaux noires de la Saône. Sur l’embarcation, des torches enflammées, une croix de bois, un corps mutilé et orné d’un délicat dessin d’orchidée.
Le crucifié de la Sâone, macabre et fantasmatique mise en scène, devient le défi du commandant Alain Dubak et de son équipe de la police criminelle. Six enquêteurs face à l’affaire la plus spectaculaire qu’ait connu la ville, soumis à l’excitation des médias, acculés par leur hiérarchie à trouver des réponses. Vite. S’engage alors une course contre la montre pour stopper un tueur qui les contraindra à aller à l’encontre de toutes les règles et de leurs convictions les plus profondes.

1989, Michel Molina est responsable de groupe au SRPJ de Lyon. Sa mère Natacha vit dans le sud de la France, alors que lui est resté fidèle à son quartier populaire de la Saulaie. Son frère Pierre est passé des maisons de correction aux QHS, de Lyon à l’Espagne, de l’Espagne à la Colombie, des petits trafics aux cartels de la coke. En ce jour où le mur de Berlin s’effondre, Michel Molina apprend le meurtre de Paul Wallace à Yvoire. L’histoire semble se répéter : l’assassin s’appelle Jean Métral, récemment libéré de prison après avoir assassiné en 1969 …Ben Wallace, le frère de la victime.

Entre la Suisse et les rives du lac Léman, Michel Molina, flanqué de l’inspecteur Grubin, navigue dans ses souvenirs, les relations consanguines de la petite bourgeoisie provinciale, des seconds couteaux illuminés, des gens taiseux et une gigantesque masse d’eau prisonnière des montagnes. Cette enquête criminelle va le mener au cœur de sa propre histoire, de ses ambivalences, et sur les traces de celui qui se cache derrière les lignes d’un écrivain de légende…

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