Le journal de Claire Cassidy

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Claire Cassidy est professeure d’anglais au collège de Talgarth High. Elle a décidé d’écrire une biographie sur R.M. Holland, qui est devenu l’un de ses auteurs favoris après avoir dévoré sa nouvelle L’inconnu. Elle est également mère d’une fille unique, Georgia, dont elle est séparée du père. Elle confie sa vie de mère célibataire et de professeure, quotidiennement, à son journal intime. Un soir, le directeur du département d’anglais, Rick Lewis, l’appelle pour l’informer du meurtre d’une de leur collègue commune. Peu de temps après cela, elle découvre qu’un inconnu s’est mis à annoter son journal intime. La police, représentée par le lieutenant Harbinder Kaur, se met à enquêter sur Claire, sur Georgia, sur l’université, qui renferme, elle aussi, son propre lot de secrets et phénomènes mystérieux.

Elly Griffiths

474 p.

Editions J’ai Lu

The stranger diaries, 2018

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Je n’avais pas assez de mes trois romans noirs à lire pour Le Prix des Lecteurs Livre de Poche que j’en ai pioché un autre chez les Éditions J’ai Lu – merci à eux ! Mais il faut avouer que le mélange roman policier et littérature me tentait vraiment. C’est un récit très anglais, qui nous emmène dans l’œuvre d’un auteur tout aussi britannique, R.M. Holland, qui n’existe que dans l’imagination de sa créatrice, sur un campus tout aussi fictif. On peut se demander dans quelle mesure elle s’est inspirée d’une personnalité existante (peut-être Wilkie Collins et La dame en blanc dont est fervente le personnage principal Claire Cassidy ou Henry James qui a écrit La redevance du fantôme) et d’un lieu existant. Elle a obtenu le prix Edgar Allan Poe pour ce roman, avec lequel elle entame une troisième série de romans, et qui met en scène la détective Harbinder Kaur. Ledit prix est distribué chaque année par une association d’écrivains américains et depuis 1946 récompensent, entre autres, les auteurs des meilleures œuvres policières (on y trouve récompensés, Stephen King, Dennis Lehane, Mo Hayder…). Quant à Elly Griffiths, le pseudonyme de l’auteure italo-anglaise Domenica de Rosa, n’en est pas à son coup d’essai en matière de roman policier.

Ce roman est construit autour de trois femmes : le personnage principal, Claire Cassidy, professeur d’anglais à l’université, dont les autre collègues enseignant l’anglais vont tomber comme des mouches. La propriétaire des journaux intimes. Vient l’enquêtrice principale, le lieutenant Harbinder Kaur. Et enfin, Georgia, la fille adolescente de Claire. On obtient ainsi une perspective multifocale de l’histoire, les points de vue des trois figures féminines ne s’opposent pas, mais au contraire elles se complètent. Puisque nous sommes d’abord confrontés à l’intériorité de Claire, ensuite la vision du lieutenant Kaur, une femme totalement opposée à la professeure d’anglais, et enfin celle de sa fille Georgia. Cette alternance de focalisations donne du dynamisme à ce roman, qui ne se concentre pas uniquement du seul point de vue de la police ou de la « victime » collatérale, Claire, mais polarise les points de vue des trois femmes impliquées d’une manière ou d’une autre.

C’est une idée plutôt astucieuse d’être partie sur une nouvelle montée de toutes pièces d’un auteur qui l’est tout autant, R.M. Holland, et qui donne au roman une part de mystère, une légère aura d’horreur, de fantastique et de gothique à la Edgar Allan Poe, assez bienvenue. On navigue, encore ici, entre plusieurs genres : le polar, le roman diariste, le roman d’horreur, gothique le métaroman, Elly Griffiths a pris plaisir à casser les codes. Cette volonté de renouveler avec succès le genre littéraire du roman, d’en repousser les limites, et dans le même temps de garder une histoire assez conventionnelle, est très appréciable.

J’ai également bien aimé les pistes de réflexion qu’amène Elly Griffiths autour de ce thème de l’écriture qui est décliné de multiples façons. Chaque personnage a une manière bien à eux de la pratiquer, peut-être est-ce une manière d’en démontrer la démocratisation et l’universalité. L’écriture du diariste, l’échange épistolaire, la biographe, l’exercice journalistique, l’écriture comme les dissertations scolaires, les exercices, le métier d’auteur, ou même l’incapacité à écrire. Et pourtant, on observe paradoxalement une absence de communication, de franchise entre les personnages, qui écrivent chacun pour lui-même. C’est d’ailleurs ce que cette confrontation des trois points de vue révèle, chacune des femmes se situe en fait à mille lieues l’une de l’autre, ce qu’elles perçoivent de l’autre n’est qu’une infime réalité de ce qu’elles sont. Le fait d’avoir introduit l’intervention d’une main inconnue, menaçante, dans le journal intime de Claire contribue à entretenir à la fois cette atmosphère de mystère presque surnaturelle que l’auteure a induit depuis le début. Les trois femmes constituent à elles seules un bon échantillon du roman : littérature classique, littérature policière, littérature gothique et un excellent mélange de ce que proposent les plus grands noms de la littérature anglaise. L’auteure nous propose une vision de la façon dont l’écriture évoluent et se modernisent, par le biais de plateformes numériques, telle que la fictive MonJournalIntime.com, la littérature n’est heureusement pas figée et sait s’adapter à son temps, autant par le fond que la forme. C’est l’une des leçons que je retiens de ma lecture de Le journal de Claire Cassidy.

Ce roman se lit assez vite et assez facilement. L’alternance des points de vue casse cette tendance à quelques longueurs, qui alourdissent un peu le texte. Si Claire peut sembler être un personnage un peu pompeux et maniéré, presque agaçante dans certains passages, la présence de cette policière, au contraire directe et sans manière, contrebalance le caractère de la professeure d’anglais, un peu hautaine et pète-sec. J’ai eu une légère déception quant au dénouement de l’enquête, j’avoue avoir eu quelques soupçons sur l’identité du meurtrier déjà quelques chapitres avant. Mais la force du roman ne réside heureusement pas uniquement dans la résolution de l’enquête, pas uniquement du moins.

Ce récit a une vraie identité, une identité propre ou l’on sent les influences de l’auteur, son envie de raconter plusieurs histoires, de dépasser le genre dit policier, classique où même horreur dans une littérature nouvelle, plus moderne ou elle n’aurait pas ou plus de frontières. En tous les cas, plus difficilement définissable, qui n’entrerait plus dans les cases qu’on lui attribue traditionnellement.

Je me remets à trembler quand j’en arrive à la fin de ce passage. Je me souviens de la petite aventure d’Ella avec Rick. Bien entendu. Ca n’avait duré que ce week-end-là. Au bout de deux jours, Ella en avait déjà marre de lui. Je me rappelle l’interminable retour sous la pluie, Ella qui se moquait de Rick parce qu’il était toujours si sérieux, parce qu’il manquait d’humour et avait un penchant marqué pour la position du missionnaire. On aurait cru qu’il avait plu pendant tout le mois d’août, pourtant sur les photos de Cornouailles que Georgie avait postées sur sa page Facebook on voyait des jours d’été brûlants, des manèges et des kayaks, des barbecues sur la plage et Georgie dans son bikini avec son demi-frère Tiger dans une élégante sortie de bain en éponge.

Rick avait fini par en être obsédé. Apparemment, il l’appelait sans cesse, lui disait qu’il allait quitter sa femme et tout le baratin habituel. J’ai méprisé Rick pour ça, quand je me suis souvenue qu’à peine quelques mois auparavant il était devant chez moi, à m’attendre, à me supplier de coucher avec lui. Mais ce que j’avais oublié, c’est qu’à Hythe j’avais été furieuse, coincée, et aussi jalouse. Je m’étais dit que c’était idiot de la part d’Ella d’avoir une aventure avec le directeur de son département. Après tout, c’était bien ça qui avait tout gâché dans l’école ou elle avait travaillé précédemment. Et je n’accordais pas beaucoup de crédit aux déclarations d’amour passionnées de Rick. Mais après tout, ça la regardait. Pourquoi est-ce que je me disais que je ne lui pardonnerais jamais?

Je regarde à nouveau mon entrée dans le journal en souhaitant presque trouver autre chose, cette fois, et c’est là que je remarque une phrase en toutes petites lettres capitales au bas de la page.

BONJOUR, CLAIRE. TU NE ME CONNAIS PAS.

Pour aller plus loin

Entre la découverte d’ossements datant de l’âge de fer et la disparition il y a dix ans de la petite Lucy, a priori rien à voir. Mais une nouvelle fillette est enlevée et la police reçoit une lettre dans laquelle le ravisseur fait allusion à de mystérieux rites sacrificiels de la préhistoire.
Ruth Galloway, professeur d’archéologie brillante et solitaire, se mêle à l’enquête, quitte à s’approcher au plus près du danger…

La mort de Peggy Smith, âgée de quatre-vingt-dix ans, n’a rien, a priori, de suspect… C’est ce que tout le monde pense jusqu’au moment où Natalka, son aide de vie, découvre que la vieille dame se sentait suivie…
Au moment de ranger les affaires et les nombreux romans policiers de la défunte en vue de la vente de son appartement, Natalka découvre une curieuse carte de visite sur laquelle il est écrit : Peggy Smith, consultante en meurtres. Elle remarque aussi que de nombreux livres lui sont dédicacés :  » À PS : merci pour les meurtres « . La nonagénaire avait donc pour habitude d’aider les auteurs de romans policiers en panne d’inspiration…
Natalka, prête à tout pour découvrir ce qui est arrivé à Peggy Smith, embarque avec elle dans sa quête de la vérité les amis de Peggy Smith : Benedict (qui a renoncé à devenir prêtre pour finalement tenir un café) et Edwin (ancien journaliste de quatre-vingt ans). Lorsqu’elle se fait menacer par une personne masquée et armée venue récupérer un mystérieux ouvrage, elle prévient la lieutenant Harbinder Kaur afin qu’elle mène l’enquête.

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