Les aventures du tsar fou

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Pour être proche de ses nombreux sujets, le Tsar se promène dans les rues, habillé en moujik… Catastrophe ! Son altesse est enlevée par un groupe de conspirateurs qui décide d’exploiter son extraordinaire ressemblance avec le souverain ! Bien sûr, « le vrai Tsar » accepte leur idée folle : se faire passer pour… le Tsar ! Mais quel châtiment réservera ensuite le Tsar aux conspirateurs ?

Résumé © Tartamudo bd

Lionel Chouin (D)

Tarek (S)

144 p.

Tartamudo

Ma Note

Note : 5 sur 5.

Je me lance dans la lecture de roman graphique en toute naïveté, étant totalement novice en la matière si on omet les traditionnels albums d’Hergé et d’Uderzo. C’est un titre que j’ai eu la chance de gagner grâce à Babelio et sa Masse Critique du mois d’avril. C’est une autre façon de lire dont ma foi, j’ai apprécié l’expérience et que je compte renouveler. J’ai choisi de lire ce roman graphique, car il est prend pour contexte la Russie tsariste : une histoire de Tsar, forcément ça me parlait. Cet ouvrage assez épais, il regroupe en effet une trilogie scénarisée par Tarek, dessinée par Lionel Chouin dont le  » nouveau style de dessin nerveux et virtuose, proche de la nouvelle vague de la bande dessinée contemporaine française » selon la maison d’édition et mise en couleur par Christophe Bouchard. Me voici donc en possession des trois tomes suivants T1 L’habit ne fait pas le roi, T2 Un derviche peut en cacher un autre, T3 Vox populi, Vox dei.

Je vais d’abord dire quelques mois sur le scenario, Tartamudo décrit l’histoire comme celle d’une « parodie de la grande Russie tsariste », je ne me suis donc pas étonnée que nous n’ayons pas une histoire forcément très solennelle, qui colle parfaitement à la chronologie de l’histoire russe. Je ne sais pas si les auteurs se sont inspirés d’un tsar en particulier, il semblerait que cela se passe sous le règne de Nicolas II, la première Douma – dont il est fait allusion dans le 3e tome – ayant été convoquée en avril 1906 au palais Tauride à St Pétersbourg. C’est un tsar étonnement juste, ouvert et à l’écoute de son peuple, à première vue. Si tant est que l’on puisse associer le régime omnipotent du tsarisme à une quelconque sorte forme de démocratie : et c’est bien là le nœud du problème. Notre tsar sans nom est accompagné de la tsarine, pas davantage nommée et de quelques fidèles compagnons. Le prince Obolensky, son exécutif, et un conteur, dont il fait rencontre lors d’une soirée au théâtre. Dans ces trois tomes, le Tsar se bat pour conserver le pouvoir qui est le sien et dont beaucoup veulent leur part: son entourage et ses proches collaborateurs, les clans des différentes provinces du Caucase, le peuple.

Voilà un tsar bien roublard qui se sait entouré de personnages aussi avides de pouvoir qu’il se découvrira l’être lui-même, ce sera à qui sera le plus malin et le plus rusé. J’ai souris d’un bout à l’autre des aventures quelque peu ubuesques de ce Tsar futé et avisé. Si les ennemis du Tsar sont retors, lui-même ne l’est pas moins et c’est avec réel plaisir qu’on l’observe prendre ses ennemis à revers. D’autant que le conteur, qui devient son compagnon de route, allège le personnage de cette gravité que lui confère son rang, en soulignant le grotesque, ridicule de son comportement. Le rire fait réaliser à quel point la position du tsar est incongrue : ce tsar même omnipotent et complètement déconnecté du peuple ne tient pas à céder une once de pouvoir, bat la campagne pour effectuer sa tournée électorale, débitant sans cesse le même discours débilitant, populiste et électoraliste, que l’on apprête à bientôt entendre en France. Sans oublier de jouer sur les règles de la Douma pour en garder la majorité. C’est du grand Art !

Du point de vue de l’illustration, cet album est simplement splendide ! Le papier est épais et glacé donc brillant ce qui rend le touché très agréable et donne encore plus de relief à chaque vignette. Chaque tome débute par une vignette pleine page ce qui met le dessein particulièrement en valeur, ainsi que le coup de crayon de l’artiste. Par exemple, la première page du premier tome donne à voir toute la richesse du palais du Tsar à St Pétersbourg en arrière-plan, sous le clair de lune en croissant, tandis qu’un couple du peuple déambule l’air venimeux en premier plan. J’ai un faible pour chacune de ces planches que l’on retrouve de temps en temps et dont la dimension permet de donner un peu plus d’ampleur aux paysages pétersbourgeois, russes et sibériens. Quant au coup de crayon, et selon mon humble avis de novice encore une fois, les personnages ont tous des visages et des corps très anguleux, ce qui ma foi ne dépareille pas avec les caractères bien trempés et assez revêches des personnages. Le contraste des couleurs est également soigneusement étudié, des couleurs froides pour rendre la dureté de la météo des villes russes, très chaudes pour rendre les villes qui s’embrasent, embryon de cette révolution russe qui s’annonce, enfin plus bigarré pour illustrer la richesse des appartements impériaux et des divers paysages. Mention spéciale pour l’expression des visages, d’ailleurs parfaitement illustrée par la première de couverture entre un conteur perplexe, un tsar circonspect au beau milieu des territoires aussi vastes qu’inconnus sur lesquels il règne, et ce que je préfère, leur monture, qui s’apparente davantage à un poney et à un shetland, avec l’air totalement blasé devant la folie de leur maître réciproque. Le ton est donné.

Avant de recevoir ce titre, je me suis longtemps demandée si j’allais pouvoir l’apprécier à sa juste valeur, un peu effrayée par le fait que je n’avais lu de roman graphique depuis bien longtemps. Je me suis surprise finalement à sourire et même rire par ce drôle de couple d’aventuriers, entre sagesse et folie, avec un tsar qui n’en fait qu’à sa tête jusqu’au fin fond du Caucase ! La parodie politique est réussie, aussi bien le tsar, son entourage et que finalement chacun des candidats ne sont pas sans nous rappeler ce que l’on peut voir de pire dans l’actualité, ce cinéma électoraliste à la langue de bois massif. Ce sont enfin trois aventures drôles et passionnantes, que j’ai lues avec beaucoup d’enthousiasme.

Pour aller plus loin

de TAREK

Grigori Efimovitch dit  » Raspoutine  » dérobe dans un monastère orthodoxe, un manuscrit qui contient les clés pour comprendre la Bible et l’Apocalypse selon Saint Jean. L’arme absolue, selon lui, pour  » diriger  » les âmes et les êtres d’une Russie en proie au doute, et à la veille d’une révolution… Entre fiction et vérité historique, le destin d’un homme, d’une famille et de son Empire : Raspoutine, les Romanov et la Sainte Russie.

de Lionel CHOUIN

Plus de soixante-dix ans après la Seconde Guerre mondiale, la commune de Saint-Yves va se doter d’un Mémorial «moderne» sur ce haut lieu de la Résistance. Mais ce retour sur l’histoire ramène à la surface un passé moins glorieux qu’il n’y paraît. L’heure des règlements de compte a sonné. Un récit grinçant sur des heures sombres de notre histoire sur fond de conflits sociaux très actuels !

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