Bonne nuit Maman

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Seon-Gyeong, criminologue, est sollicitée par un serial-killer qui attend son jugement en prison. Cet homme qui a assassiné une douzaine de femmes veut lui parler, à elle et à personne d’autre. Intelligent, manipulateur, ses motivations restent floues mais tous s’accordent à dire que Seon-Gyeong devra faire preuve de la plus grande prudence face à ce criminel hors normes.
Dans le même temps, son mari se voit contraint de faire venir chez eux la fille qu’il a eu d’un précédent mariage. Une petite de onze ans qui serre contre elle son ours en peluche, une petite bouleversée par les décès de sa mère et de ses grands-parents maternels. Des décès pour le moins suspects d’ailleurs…

Résumé © Matin Calme Editions

Seo Mi-Ae

318 p.

Livre de Poche

2010, 잘 자요 엄마

Ma Note

Note : 4 sur 5.

Voilà un quatrième mois du Prix des Lecteurs version polar, très riche, le meilleur pour moi jusqu’à présent. Même si j’ai eu quelques doutes sur l’appartenance de Oyana de Eric Plamondon à la catégorie en question, les deux romans noirs Francesca et donc Bonne nuit maman le sont indiscutablement. J’ai beaucoup apprécié Francesca également, mon choix s’est fait au millimètre près, mais il ne doit en rester qu’un à la fin et pour moi, cette fois, ce sera Bonne nuit Maman de l’auteure coréenne Seo Mi-Ae, l’une des plus célèbres auteures de polar en Corée du Sud. Bonne nuit maman est le premier de ses romans qui aient été traduits en anglais et en français et il s’agirait de la première partie d’une trilogie consacrée à la jeune fille de onze ans au cœur de l’action Ha-yeong – on espère vraiment que Matin Calme Éditions, la maison d’édition spécialisée dans les polars coréens qui l’a publiée, ait prévu de traduire les deux autres tomes.

Les auteurs coréens ont apparemment l’habitude de se faire connaître par la publication de leurs poèmes dans la presse, et c’est bien l’un de ces poèmes qui joue le rôle d’épigraphe, qui donne le la à ce roman aux âmes torturées. Tout démarre par un incendie qui laisse une jeune fille du nom de Ha-young à la rue, ses grand-parents ayant été retrouvés morts dans l’appartement dévasté. On a l’impression que l’on va suivre les traces des deux enquêteurs envoyés sur le lieu du drame, mais non. On se retrouve avec Seon-gyeong, jeune criminologiste aux références un peu vieillissantes – Clarice Starling du Silence des agneaux – heureuse en ménage, qui va devoir à se confronter à un tueur en série emprisonné avec lequel personne auparavant n’a réussi à entamer un début de dialogue. Peu à peu la narration nous amène au cœur de la vie de cet individu qui s’est mis à massacrer les femmes, à la vie de Seon-gyeong qui va se retrouver à la maison avec une belle-fille qu’elle a du mal à apprivoiser. Il y a d’un côté Byeong-do le tueur, dont on va tenter de comprendre la raison pour laquelle il a choisi Seon-gyeong comme confidente, de l’autre Ha-yeong, son histoire, sa relation avec sa défunte mère. Ha-young a le dur labeur de démêler les zones d’ombres de ces personnalités, qui l’air de rien ne sont pas tellement différentes, avec lesquelles elle est obligée de cohabiter à titre occasionnel ou permanent.

Quel est le chemin qui mène à devenir un tueur en série ? C’est un peu, à mon sens, le fil rouge de ce roman impitoyable qui relie deux individus, dont l’enfance est frappée par les mêmes maux, les faiblesses, les manquements, les vices, les défaillances des adultes référents, de ceux qui en temps normal leur fournissent un cadre équilibré et sain de vie. Parce que Byeong-do a définitivement été jugé et reconnu coupable, pour ses crimes. Ce qui est au cœur de ce roman, c’est davantage l’aspect psychologique du criminel et du futur criminel potentiel. Au-delà des crimes de Byeong-do, qui au fond n’intéressent pas l’auteure, tout juste, apprend-on le nombre de victimes et le modus operandi choisi, Seon-gyeong en tant que profileuse met à jour certains traits peu glorieux d’une société dépassée par certains de ses individus. L’auteure alterne adroitement entre la situation de Byeong-do, fermé comme une huitre, qui met à jour les échecs de la société à gérer les abus et la maltraitance, et la situation de la jeune collégienne, qui s’est, elle aussi, construite avec une mère dysfonctionnelle, et qui a un comportement erratique. Jusqu’à quel point, telle est la question au centre de la vie quotidienne de Seon-gyeong aux côtés de cette belle-fille étrange, et surtout dans l’absence et le silence d’un père insouciant et finalement aussi défaillant que l’était la mère.

Seon-gyeong n’avait jamais réfléchi à ce que pouvait signifier cet ours en peluche pour Ha-yeong. Elle n’avait pas su se mettre à sa place. Seon-gyeong avait lavé les derniers souvenirs de sa maman, elle les avait effacés au milieu de la la lessive et des bulles. Pour la première fois, elle comprit l’étendue de son erreur. La fureur de Ha-yeong ne l’étonnait plus.

Avant qu’elle ne commette un nouveau faux pas, il fallait qu’elle en apprenne plus sur cette enfant. Elle avait beaucoup de questions à poser à son mari. Elle sortit en toute hâte de la maison.

La parentalité en prend décidément un coup dans ce roman qui maintient tout de même un suspense jusqu’à la fin. Les meilleurs parents, là-dedans, sont encore ceux qui ne le sont justement pas, c’est-à-dire les grands-parents défunts et la belle-mère qui se met en quatre pour soulager sa belle-fille de ses traumatismes. Dans le précédent titre coréen que j’ai lu, l’accent était justement mis sur l’importance du noyau familial en Corée du Sud, ce polar en prend le contre-pied pour démontrer que justement ces valeurs en ont pris indubitablement un sacré coup.

Oui, la fin du roman se laisse bien deviner, presque depuis les toutes premières pages d’ailleurs. Pourtant, avant le dénouement, on n’est jamais vraiment certain de bien cerner chacun des personnages. J’imagine que le deuxième tome de la trilogie nous apportera de plus amples informations quant au destin de chacun. Cette écriture simple et à la fois affutée sait instaurer une atmosphère franchement glaçante par moments, où les frissons m’ont peu à peu envahit lorsque l’auteure se permet, le temps de quelques instants, de lever un peu le voile sur la véritable nature des personnages.

Malgré le pessimisme ambiant, et le dénouement très abrupt, l’auteure ne nous prive pas totalement d’une lueur d’optimisme justement en la personne de Seon-gyeong qui rappelle à Byeong-do la mère de substitution, pleine d’amour, qu’il a eu pendant sept courtes années, symbolisée par ce jardin d’Éden, garni de pommiers aux fruits charnues et sucrés, qui jouxte sa demeure. Le symbolisme de cette pomme au gout oublié, gâché par le sang de ses victimes, est un élément important de leur relation de toute façon vouée à l’échec.

Je suis vraiment impatiente de lire ce que nous réserve la suite de cette trilogie qui s’est ouverte sur un premier tome incroyable pour moi, un vrai coup de cœur. Moi qui ne me serais peut-être pas aventurée si tôt dans la littérature coréenne sans cette participation au prix, je me découvre soudainement une irrépressible envie de continuer mon aventure du polar coréen, qui, paraît-il, est le nouveau pays du polar.

Son mari rentra plus tard que prévu, Il sentait l’alcool.

– Tu… as bu ?

– Comment va Ha-yeong ? demanda-t-il sans prendre la peine de saluer sa femme.

– Elle est dans la chambre, en haut.

Après leur petit accrochage plus tôt dans la journée, Seon-gyeong avait aménagé à la hâte la pièce de l’étage. Elle l’avait vidée, puis était allée acheter un lit ainsi qu’un bureau dans un magasin de meubles du quartier.

– Elle a dîné ?

Seon-gyeong fit non de la tête. Elle ne voulait pas lui parler de son autre échec. Elle avait préparé du curry, mais Ha-yeong avait déclaré détester ça et n’en avait pas avalé une seule bouchée. Elle était remontée dans sa chambre, laissant Seon-gyeong dîner toute seule.

Elle interpella son mari qui se dirigeait déjà vers la chambre de sa fille.

– Il faut qu’on parle.

– Attends, d’abord je veux la voir… répondit-il en montant les escaliers.

Elle l’entendit appeler Ha-yeong puis ouvrir la porte de sa chambre. Un sentiment étrange l’envahit.

Un bon moment passa avant qu’il ne revienne. Seon-gyeong, assise devant sa coiffeuse, se démaquillait. Elle se retourna vers lui.

– Qu’est-ce qu’elle fait ?

– Il t’est arrivé quoi ? demanda-t-il en désignant le bandage qu’elle avait à la main.

Elle ne pouvait pas se résoudre à lui raconter ce qui s’était passé. Elle répondit en se frottant le poignet :

– Oh, c’est rien. Juste un mauvais pas…

– Te disputer avec elle, dès le premier jour, tu crois pas que t’abuses ?

Seon-gyeong n’en croyait pas ses oreilles. Abasourdie, elle regardait son mari la bouche ouverte. Il était furieux. Elle ignorait ce que Ha-yeong lui avait raconté, mais il s’agissait évidemment d’un malentendu.

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