Omissions

#blog-littéraire #chronique-littéraire #emiliano-monge #editions-grasset #littérature-mexicaine #omissions

#Omissions #NetGalleyFrance

Peut-on échapper à son histoire familiale lorsqu’elle s’est construite au fil des mensonges et des trahisons  ? Le grand-père d’Emiliano Monge, lui-même petit-fils d’un Irlandais ayant fui l’Europe, sa femme et ses enfants pour s’installer en Amérique, a mis en scène sa propre mort. Carlos Monge McKey a placé un cadavre dans sa voiture, mis les mains de celui-ci sur le volant, desserré le frein et laissé le véhicule dévaler une carrière, puis exploser. Pendant plusieurs années, il a laissé croire à sa famille qu’il était décédé, jusqu’au jour de sa réapparition. Le père d’Emiliano, Carlos Monge Sánchez, traumatisé par la disparition puis par le retour de ce fantôme paternel, va pourtant lui aussi reproduire le schéma familial une fois devenu adulte. Jamais présent pour les siens, il est trop occupé par ses combats dans la guérilla aux côtés de Genaro Vázquez pour prévenir qu’il ne rentrera pas à la maison ou qu’il n’a pas embarqué dans l’avion du retour – alors que les siens l’attendent déjà à l’aéroport.

Emiliano Monge

464 p.

Editions Grasset

No contar todo, 2019

Mon avis

Note : 2.5 sur 5.

J’ai dès le début été très tentée par le synopsis de ce titre d’inspiration autobiographique sur la filiation, la transmission des travers familiaux comme unique héritage de l’auteur Mexicain Emiliano Monge. C’est un récit un peu particulier ou les voix de trois générations s’expriment et s’entremêlent, celles des hommes de la famille Monge. L’auteur Emiliano Monge est celui qui a commencé cette entreprise de mémoire, pour tenter de comprendre ce qui a poussé chacun des Monge à prendre la tangente de leur vie. Commençons par présenter chacun des protagonistes en jeu qui se composent essentiellement de la lignée paternelle des Monge, irlandais par l’aïeul boucher, : Carlos Monge McKey, Carlos Monge Sánchez et Emiliano.

Emiliano raconte à son fils l’histoire de cette famille marquée par les disparitions intempestives, inexpliquées de ses hommes et par leur retour au foyer tout aussi étonnant quelques années après. C’est l’histoire de la famille Monge qu’il narre à son fils, dont nous ne lirons jamais les réponses, c’est un dialogue un peu décousu ou nous n’entendons qu’Emiliano. L’histoire, sa narration sera tout sauf linéaire, il faut s’y faire. L’auteur ne cessera d’aller et venir dans le passé, de slalomer d’une génération à l’autre, sachant que cet l’interlocuteur muet d’Emiliano y-compris, il y en a réellement quatre qui comptent. Il va de soi que ramener à la vie les mystérieuses expériences de ses aïeux correspond pour le narrateur à une tentative de se comprendre lui-même à travers l’analyse des réactions des défunts.

Comment trouver une meilleure façon de comprendre à quelqu’un que de lire son journal intime d’autant plus quand le décès de la personne est acté depuis si longtemps que la confidentialité inhérente au journal est prescrite. Nous alternons le récit des vies des hommes Monge avec des passages du journal intime du grand-père. Commençons par ce qui a été plaisant dans ma lecture. Ca a été très instructif de découvrir ce Mexique, pas sous son jour le plus glorieux certes, quand bien même la famille que nous avons sous les yeux est légèrement dysfonctionnelle, et que les noms de villages et des régions m’évoquent autant de choses que L’Odyssée en grec ancien.

En revanche, et c’est pour cela que ma lecture de ce titre a duré un peu plus longtemps qu’il n’aurait fallu, l’auteur ne facilite vraiment pas la tâche de son lecteur ! Outre le fait que le grand-père et le père portent le même prénom et pratiquement le même nom de famille, ce qui ne facilite pas la compréhension des choses, le récit est extrêmement décousu et dur à suivre. J’explique : le fait de ne pas avoir les réponses du dialogue entre Emiliano et son fils ne serait en soi pas dérangeant si la lecture n’était pas rendue encore plus complexe par d’autres procédés narratifs sibyllins, comme l’imbrication dans un même discours d’un récit sur le passé de l’un ou l’autre des protagonistes et du dialogue avec l’interlocuteur présent, sans absolument aucune ponctuation pour aiguiller le lecteur.

I.

Il devait être environ sept heures du soir, ou huit heures, quand le téléphone a sonné.Tu as préparé du café ?Du café-café. Pas cette merde que tu bois.C’est ta tante Silvina qui a répondu, il y avait eu un accident, une explosion. Dans la carrière de Polo. Ton grand-père était mort. Oui, ça a le goût de café.Celui qui appelait c’était l’once Raul, ton grand-oncle je veux dire. Pas mon frère.Evidemment que tu ne l’as pas connu, c’était un imbécile. Pas même capable d’annoncer une nouvelle. Il a dit à Silvina : Tu te souviens de ton papa ? Non mais pardon, putain : Tu te souviens de ton papa ? La dynamite lui a explosé à la figure, il n’en reste rien, pas même un os, c’est ça qu’il lui a dit.Quand Silvina a raccroché, elle ne pouvait plus parler.

Et enfin que les trois hommes aient ressenti le même sentiment de déconnection et traversé la même remise en cause existentielle ne finit pas non plus d’arranger nos affaires, la confusion est là. Dernier regret également, la quinzaine de « fils de pute » (et j’exagère à peine) que l’on retrouve à chaque page finit par lasser, la grossièreté si elle ne me choque pas, prend à la longue toute la place et a finit par m’agacer car je trouve qu’elle gâche un peu le fond du récit loin d’être désintéressant. C’est d’ailleurs cette question-là qui a fait que je me suis accroché à ce roman : savoir ce qui peut pousser trois hommes de la même famille à deserter cette famille pendant quelques mois ou années. Comme si une malediction avait frappé tous les hommes de la famille, les condamnant à ne pas trouver le bonheur dans leur mariage et plus globalement dans la vie qu’ils se sont construit.

Décidément la littérature sud-américaine peut parfois être de façon surprenante assez obscure, je pense entre autres à Elmer Mendoza et son titre L’épreuve de l’acide ou les dialogues ne sont pas syntaxiquement démarqués comme il est d’usage. Ici, je confesse m’être découragée à plusieurs reprises, spécialement dans la première partie de l’ouvrage, ou j’ai perdu plusieurs fois le fil de la narration. Ces messieurs Monge sont décidément de drôles d’oiseaux, que l’on ne parvient à totalement blâmer pour leur disparition, pris eux-mêmes dans un mouvement qui les dépasse.

Pourquoi a-t-il feint sa propre mort ? Pourquoi nous a-t-il dupés de la sorte ? Pourquoi, bordel, nous a-t-il tant fait souffrir ? Et comme je n’étais pas capable, à ce moment-là, de répondre à toutes ces questions, arriva ce qui devait arriver. Les paroles tournoyaient en moi : qu’est-ce qu’on lui a fait ? Comment avons-nous pu le pousser à faire ça ?

J’avais treize ou quatorze ans, merde.

Tu sais ce qui se passe sous les crânes. Et pire encore, ce qu’il en est des sentiments de merde, des saloperies. Je les éprouvais tout à la fois, charriés par la même boue. Je me sentais enragé, je me sentais coupable, je me sentais bouleversé et craintif.

C’est pour ça que je n’ai pas dormi de la nuit. Et c’est aussi pour ça que le lendemain matin, au petit déjeuner, je l’ai de nouveau serré dans mes bras, même si en faisant ce geste je voulais aussi le blesser. J’étais exactement dans les mêmes dispositions qu’en allant me coucher la veille.

Un peu plus tranquille quand même, parce que pendant le petit déjeuner on nous a annoncé qu’on ne partirait pas, qu’on resterait là, au D.F.

Donc non, Emiliano. Je ne suis pas capable de te raconter ce que je pensais avoir été ses raisons à l’époque, tout simplement parce que je ne pouvais pas m’en faire une idée.

Bien sûr que j’ai continué à y penser encore longtemps. Putain, je n’ai même jamais cessé d’y penser.

Si, je lui ai posé directement la question.

Pour aller plus loin

Au fond de la jungle mexicaine, des projecteurs s’allument en pleine nuit: un groupe de migrants, trahis par leurs passeurs, est pris d’assaut par des trafiquants. Certains sont exécutés; les autres sont stockés dans des camions pour être livrés alentour.

Sous la direction des deux chefs de bande, Estela et Epitafio, les convois prennent la route des montagnes. Ces amants contrariés jouissent des souffrances qu’ils infligent. Obsédés l’un par l’autre, ils tentent vainement de communiquer pour se dire leurs espoirs d’une nouvelle vie.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :