Entre Hitler et Staline

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À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’émigration russe en Europe offrait une diversité politique importante avec cependant une seule constante : le rejet du bolchevisme. Le déclenchement du conflit allait constituer une très rude épreuve et la question essentielle concernera l’attitude à adopter dans la guerre. Qui soutenir? Qui combattre? Les options étaient variées : depuis l’engagement dans la Résistance, en passant par l’union de tous les Russes dans la défense de la patrie jusqu’à la lutte contre le bolchevisme auprès d’Hitler sous uniforme allemand.
Nicolas Ross analyse ce panorama dans toute sa complexité et ce qui en ressort est la difficile conclusion que pour tous les camps, l’histoire s’est terminée dans la désillusion et la tragédie.

Nicolas Ross

378 p.

Editions des Syrtes

Ma Note

Note : 3 sur 5.

La dernière Masse Critique de Babelio, celle du mois de juin, sous le signe de la non-fiction m’a permis de découvrir le dernier titre de Nicolas Ross, historien spécialiste de l’histoire russe, Entre Hitler et Staline publié ce 4 février 2021 aux Editions des Syrtes. Il dirige d’ailleurs au sein de la maison d’édition suisse la collection Mémoire de l’émigration blanche. Comme le titre ne le laisse pas forcément percevoir, l’auteur traite de cette diaspora russe qui a fui l’union soviétique avec pour moteur principal le rejet en masse du bolchévisme en cette première moitié de XXe siècle, parmi laquelle on comptait ces russes blancs, et unis par ces liens indéfectibles qu’étaient l’Eglise Orthodoxe et l’amour de la Patrie.

L’ouvrage est d’une exhaustivité redoutable, noms et patronymes, acronymes – explicités en fin d’ouvrage – s’y bousculent, les chapitres sont longs mais, à chaque fois, l’auteur les clot par une heureuse synthèse, qui retrace les grandes lignes de son propos. J’ai tenu à lire ce titre car j’étais intrigué par ce mouvement migratoire motivé globalement par cet aversion du bolchevisme. L’étude est pourvue de neuf chapitres très complets qui revisitent les causes et le déroulement de ces expatriations, le destin de ces Russes qui ont fini se disséminer en Europe pendant la Grande Guerre Patriote, ou ils trouvèrent particulièrement refuge en France, Allemagne, Pologne et Yougoslavie. Ces chapitres eux-mêmes sont riches en témoignages et, cerise sur le gateau, le livre est doté en son milieu d’un encart qui comporte des photos en noir et blanc des protagonistes.

Cet ouvrage très dense peut décourager par la multiplicité des pistes et des destins qu’il propose de suivre, de ces noms qui ont suscité les grandes lignes de l’histoire de cette diaspora. Mais c’est essentiel pour comprendre les mouvements en jeu qui l’ont traversée, les états d’esprits qui ont fait d’elle tantôt une communauté unie, tantôt prise entre la loyauté à sa nation d’origine et la déplaisance qu’a suscité en eux l’avènement de la révolution rouge et le despotisme du tyran géorgien Car si le rejet de l’autorité bolchevique puis stalinienne a été presque unanime chez ces citoyens exilés, la rupture du pacte germano-soviétique a suscité également des prises de position différentes, où certains étaient prêts à tout stratégiquement parlant, même à se rallier au nazisme hitlérien, pour chasser Staline de son trône. D’autres incapables de trahir le pays qui était encore le leur ont en définitive rejoint l’union soviétique. D’autres encore plus clairvoyant comprirent vite que les Allemands étaient dans l’incapacité d’envahir un territoire aussi grand et rude qu’était le leur. D’autres se sont trouvés des accointances particulières avec la politique du Führer et ne se sont pas fait prier pour rallier sa cause. Et d’autres, et c’est notamment un de mes chapitres préféré, ont rejoint la résistance française et ont combattu pour défendre leur pays d’accueil.

A partir du milieu des années 1930, beaucoup, dans l’émigration russe, s’interrogèrent sur l’attitude à adopter dans le cas où éclaterait un conflit armé entre l’Allemagne nazie et l’URSS. Les « défensistes » (oborontsy) étaient ceux qui préconisaient l’union de tous les Russes, rouges comme blancs, dans la défense de la patrie menacée, les « défaitistes » (porajentsy) pensaient que d’une défaite militaire des soviets pourrait naître une Russie nouvelle, libérée du pouvoir des bolcheviks.

Ce titre à visée purement historique permet d’avoir une vision d’ensemble diachronique sur les mouvements de l’immigration russe en Europe à la veille, durant et au lendemain de la seconde guerre mondiale, et l’appréhension d’une diaspora qui est tout sauf homogène, unie par une langue, une religion, et surtout un attachement quasiment filial au pays d’origine. Il permet également d’appréhender l’histoire de notre pays sous un jour nettement moins connu, notamment sur ces points névralgiques qui ont abrité les communautés (Le Creusot, par exemple), leur implication aux côtés des résistants français – un héroïsme que l’on prend soin de passer sous silence dans nos livres scolaires.

Ce livre compte près de quatre cents pages, comme je l’ai reçu dans le cadre de la Masse Critique mensuelle de Babelio, il a fallu le lire avec une relative célérité. De fait, je n’ai pas pu prendre mon temps comme je l’aurais voulu, et surtout comme il aurait fallu étant donné la somme de données que Nicolas Ross a réussi a assemblé au fil de ses recherches, qui doivent compter quelques années de travail acharné. Mais, je me le répète, les chapitres sont rédigés de manière telle à ce qu’ils peuvent se lire indépendamment les uns des autres, ce que je m’engage à faire à l’avenir d’autant que je suis passée un peu vite sur les noms des figures importantes. Dernier point qui pointe comme un regret, puisque Nicolas Ross fait souvent allusion à la richesse de la vie culturelle et religieuse de ces communautés russes à l’étranger, j’aurais aimé avoir quelques lignes en plus sur tous ces artistes soviétiques qui ont fui le stalinisme, car à part quelques lignes à en introduction, il n’y a guère d’autres références à ceux qui ont pourtant bâti une œuvre à l’âme profondément russe en exil volontaire ou forcé.

Subjectivement, un peu égoïstement peut-être parce que Paris fut à un moment de l’histoire la capitale de l’émigration russe, j’ai été touchée par les divers passages à la diaspora venue s’installer en France, qui avant les vagues d’immigrations des années 1950, 60, avait déjà été bien mal accueillie par les Français et par cet écart qui se creusa entre la génération immigrante et celle née sur le territoire français. Ce n’est pas chose aisée de rédiger quelques mots sur un livre d’histoire tel que celui-ci sans tomber dans la synthèse pure du travail de l’auteur, et au vu du volume des informations que Nicolas Ross partage, il faut bien faire un tri totalement subjectif, finalement. Merci aux Éditions des Syrtes pour cette instructive et enrichissante lecture même si exigeante, merci à Babelio pour m’avoir sélectionnée.

Les Russes de France s’opposèrent aux autorités allemandes pour des raisons très diverses, morales, religieuses, patriotiques ou politiques, qui se combinaient souvent. C’est essentiellement au nom de ses principes religieux que mère Marie Skobtsov (1891-1945) s’engagea dans la Résistance et mena une action héroïque qui la conduisit jusqu’à la chambre à gaz.

Elisabeth Iourievna Pilenko (le nom de mère Marie à sa naissance) était la fille d’un magistrat mort en 1906 à Saint-Pétersbourg. Dès son adolescence, elle fréquenta les cercles littéraires de la capitale. Elle fut l’amie du grand poète Alexandre Blok. En 1910, après avoir achevé ses études secondaires, elle épousa Dimitri Kouzmine-Karavaïev, juriste lui aussi très impliqué dans les milieux littéraires (et qui deviendra plus tard prêtre catholique). Elisabeth publia plusieurs recueils de poésies et se sépara de son mari en 1913. Active dans le domaine politique, elle milita alors au parti socialiste-révolutionnaire (SR). Installée en Crimée durant la guerre civile, elle y fut maire-adjoint de la ville d’Anapa et épousa Daniil Skobtsov, qui fut un temps ministre du gouvernement et président de la Rada (parlement) du Kouban. Elle quitta la Russie en 1919 et vécut d’abord en Serbie avec son deuxième mari et ses trois enfants. En 1923, elle s’installa à Paris.

En France, Elisabeth Skobtsov fut un membre actif de l’Action chrétienne des étudiants (ACER), participant à ses congrès, ses cercles de discussion et ses activités humanitaires. Elle devint moniale sous l’influence du père Serge Boulgakov, théologien et pasteur très connu : après avoir divorcé, elle prononça ses vœux en 1932, prit le nom de Marie (l’Égyptienne) mais fut autorisée par son évêque, le métropolite Euloge, à rester une « moniale dans le monde ». En ces années de difficultés économiques la pauvreté et le chômage frappaient durement la communauté russe de Paris et mère Marie se consacra avec ardeur aux activités de bienfaisance. En 1935, elle fonda un foyer au 77, rue de Lourmel (15e arr.), ou pauvres et clochards trouvaient le gîte et le couvert, mais ou on pouvait également venir écouter les conférenciers les plus réputés de l’émigration russe.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 mourraient le tsar Nicolas II et sa famille à Ekaterinbourg, dans la maison de l’ingénieur Ipatiev, où ils étaient détenus depuis le 30 avril. Contrairement à ce qu’on a pu croire, les exécutants et les complices de cet assassinat ont beaucoup parlé et beaucoup écrit, mais sous le sceau d’un secret rigoureusement gardé jusqu’aux dernières années de l’existence de l’URSS.

Avant de donner la parole aux acteurs de ces événements, Nicolas Ross revient sur le massacre de la famille impériale, la disparition puis la réapparition de ses restes. Ce court récit facilite la lecture des seize témoignages qui suivent.

Ce livre de Nicolas Ross, écrit d’une plume légère et qui fait suite à son Koutiepov publié par les éditions des Syrtes en 2016, décrit les dernières péripéties du combat des Russes blancs en ces années d’avant-guerre. Alors qu’ils n’avaient pas encore perdu l’espoir de combattre en Russie l’ennemi bolchevique et de revenir un jour, vainqueurs, dans leur patrie bien-aimée.

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