Sous l’étoile de la liberté

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En 2003, Sylvain Tesson a parcouru à pied, à cheval et à bicyclette le chemin de ceux qui, pendant un demi-siècle, ont fui le goulag ou l’oppression soviétique.
Ce rude voyage de huit mois, à la rencontre des survivants du système concentrationnaire, est une célébration de l’esprit d’évasion et un hommage à ceux qui choisissaient la liberté au prix du froid, de la faim, de la solitude.

Sylvain Tesson

156 p.

Editions J’ai Lu

Ma Note

Note : 4 sur 5.

Je connaissais les éditions J’ai Lu pour leurs titres de fiction, je ne connaissais pas encore leur collection Les grandes latitudes qui présentent des récits de voyage. J’ai eu la chance de recevoir les deux titres de Sylvain Tesson : L’or noir des steppes et Sous l’étoile de la liberté, l’objet du présent post. De Sylvain Tesson, je n’avais jamais rien lu auparavant bien que j’ai au moins un de ses titres en réserve. J’en ai entendu du bien, ainsi que pas mal de critiques négatives. J’ai décidé de passer au-dessus de ces dernières aussi bien que des premières et de constater par moi-même ce qu’il en était. Parce qu’il est vrai que la lecture du résumé de son périple m’a tout de suite convaincu de suivre les traces de l’écrivain-voyageur. Il faut dire que l’homme avant d’être auteur est géographe de formation et un voyageur passionné depuis sa première expédition qui l’a amené à traverser les déserts d’Islande en 1991.

Pour cette épopée effectuée en 2005, qui compte près de six mille kilomètres et sept mois d’absence, Sylvain Tesson trace le chemin depuis d’anciens goulags des vastes étendues sibériennes, celui qu’ont suivi ceux qui ont eu l’audace de s’y échapper, jusqu’à l’Himalaya. La particularité de cette série de récits de voyage est le fait qu’ils sont de papiers glacés, certainement pour mieux mettre en valeur les superbes clichés du photographeThomas Goisque, qui a été le compagnon de voyage de Sylvain Tesson sur certaines étapes. Les photographies des lieux qu’il traverse, des autochtones dont il fait la rencontre, valorisent le texte de Sylvain Tesson car en donnant cet aperçu des paysages qu’il traverse, et leur évolution au fur et à mesure du voyage, la lectrice que je fus a quelque part voyagé en sa compagnie. L’œil du photographe professionnel sert indéniablement le récit de Sylvain Tesson, pourtant fort en émotions. S’y reflète la dureté, l’âpreté, la beauté, parfois l’austérité, la brutalité des milieux asiatiques, depuis la taïga sibérienne, en passant par l’implacable désert du Gobi jusqu’aux froides montagnes tibétaines. Elles montrent également le visage durement éprouvé de l’homme qui traverse plaines et montagnes, à pied, à vélo ou à cheval.

Sylvain Tesson a effectué 6000 kilomètres en près de sept mois. C’est un homme, on s’en doute, déjà bien rompu aux longues traversées en solitaire. Marcher et pédaler, c’est une chose suffisamment ardue, Sylvain Tesson rajoute un peu de piment en tenant un journal, sur lequel il s’est appuyé pour ensuite rédiger son récit, et dans lequel il a recueilli les témoignages de ses différents interlocuteurs. Dès le début, et c’est le mantra qui guide son voyage, le voyageur part sur les traces de ceux qui ont essayé de fuir l’enfer des camps. Le livre est divisé en cinq chapitres, en excluant l’avant-propos et la conclusion, qui découpent géographiquement le voyage de Sylvain Tesson: La taïga, la steppe, le désert de Gobi, le Tibet. Naturellement, lorsqu’un ouvrage évoque la Russie, sous n’importe quelle approche, je suis immédiatement intéressée. Et autant vous dire que de suivre les traces un peu oubliées de ces zeks qui ont dû choisir entre deux enfers – soyons honnête, la traversée d’une partie de la Sibérie puis du désert de Gobi, ce n’est pas donné à tout le monde, encore moins lorsque vous êtes affaibli et affamé par un régime carcéral digne des plus grandes instances dictatoriales de l’histoire – m’a passionné d’un bout à l’autre du livre. L’écriture de Sylvain Tesson est claire et descriptive, extrêmement pointilleuse, à l’image de la préparation qu’il lui a fallu pour concevoir les cartes qui l’ont guidé à travers son périple.

Il est certes probable qu’un évadé faisait peu de cas de la beauté qui l’entourait, mais il n’en reste pas moins que le parcours des fugitifs est un cheminement de splendeur. Ces sept milieux naturels qui sont au voyageur une source d’émerveillement sans cesse renouvelée constituent, pour l’évadé, une succession d’embûches cauchemardesques, car taïga signifie marécage, Gobi est synonyme de soif, et Himalaya veut dire froid extrême.

Ce récit de voyage est bien évidemment ponctué de points historiques sur la fuite de ces prisonniers ce qu’il nomme l’axe de la liberté mais aussi de points géographiques sur les milieux naturels qui constituent le vaste espace sibérien, marécages, forêts denses, mais aussi culturel. J’y ai vécu, par procuration les six mille kilomètres en moins dans les jambes, cette aventure qui nous fait pénétrer des endroits très difficiles d’accès avec plaisir. A chaque page, on y apprend quelque chose de nouveau, on y découvre un endroit différent en même temps qu’une page d’histoire inconnue : je pense ici aux Vieux-croyants, ou aux Rampants tibétains, aux nomades mongols. Un point que je regrette cependant, c’est l’absence de témoignages complets. Certes, il nous gratifie avec générosité de prénoms, de lieux, de nationalités mais les témoignages sont très succincts, à peine a-t-on le temps de savoir que Victor est un vieux-croyant qui vit en ermite dans son isba au fin fond de la Taïga sibérienne. C’est dommage de ne pas s’attarder plus sur certains personnages, la recherche de diversité des profils qu’il rencontre nuit un peu à l’épaisseur du récit.

L’amour du détail de Sylvain Tesson va jusqu’à lui faire préférer les carnets en papier de riz népalais ou il a retranscrit les témoignages des personnes rencontrées. L’expérience narrée dans ce livre, quoique l’on pense de l’auteur, force l’admiration et le respect, si on omet l’infinité des obstacles que Sylvain Tesson a dû rencontrer, la rudesse des territoires qu’il a traversés, la solitude qui l’accompagné durant ce périple doit être à certains moments particulièrement pesantes, même s’il semble l’avoir appréciée. Sous l’étoile de la liberté m’a apporté un vrai souffle d’air frais entre deux romans, je reviens très vite vous parler de L’or noir des steppes.

🎔 Je vous laisse profiter des photos de Thomas Goisque sur son site internet thomasgoisque-photo.com

Mais il est une autre frontière entre les deux pays qui s’inscrit dans la nature et qui survivra à l’histoire des hommes. C’est le passage brutal entre la grande forêt de Sibérie (qui, en pays bouriate, ne ressemble déjà plus à la taïga serrée et humide de Yakoutie) et la steppe mongole. Derrière la façade des arbres, le rouleau compresseur de la steppe écrase l’horizon à perte de regard. La limite administrative tracée sur la carte longe les sinuosités de l’orée. Passez la clairière, sortez du bois : vous êtes en Mongolie ! C’est d’ailleurs ce que firent les peuples sibériens, chasseurs de cerfs, forestiers séculaires, lorsqu’ils prirent connaissance de la steppe. Ils quittèrent les forêts au IIIe siècle, s’approprièrent les immenses prairies mongoles et prospérèrent jusqu’aux franges du Gobi grâce aux qualités de rapidité, de légèreté et de mobilité qu’ils avaient acquises dans la profondeur des taillis. Dans un campement de nomades situé au bord d’un chenal de la rivière Selenga, à moins de 20 kilomètres de la frontière russe, je fais pour ma part l’acquisition d’un étalon mongol et d’une selle russe, baptise le cheval Slavomir, sangle la selle sur son dos et continue à faire ce qui est ma raison d’être : descendre vers le sud.

Pour en savoir plus

Après la chute de l’URSS, d’importantes réserves de gaz et de pétrole ont été découvertes dans le Nord caspien et dans le fond asséché de la mer d’Aral. Alors que la consommation mondiale ne cesse d’augmenter, que les ressources décroissent et que le Moyen-Orient paraît de plus en plus instable, la Caspienne, jusque-là délaissée, revêt le visage d’un nouvel Eldorado et se trouve au cœur des enjeux énergétiques.
Du sud de l’Aral à la Turquie orientale, Sylvain Tesson a suivi, à pied et à vélo, ce nouveau réseau de pipelines : le road-movie de l’or noir des steppes.

Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

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