Mort sur le Transsibérien

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Bienvenue à Roslazny, un petit village assoupi de Sibérie, enseveli sous la neige, engourdi par le froid.

Olga Pushkin est la garde-barrière du village. C’est elle, notamment, qui veille au bon déroulement du passage du majestueux Transsibérien, depuis la petite maison où elle vit seule avec son hérisson et son amour de la littérature. Car la littérature, c’est la grande affaire de la vie d’Olga ; et son rêve, c’est de rejoindre l’université de Tomsk – l’Oxford sibérien – et de quitter Roslazny où jamais rien ne se passe…

Mais la chape de silence et de froid qui semble congeler le village va bientôt se fissurer : lettres anonymes et petits larcins vont réveiller la rumeur de l’existence d’une Baba Yaga, ces sorcières féroces qui se cacheraient dans les immensités gelées de la taïga russe.

Et lorsqu’un touriste américain tombe du Transsibérien après avoir été égorgé, la bouche pleine de pièces de 10 roubles, l’angoisse s’empare de Roslazny. Un deuxième mort, et c’est la panique dans le village ; d’autant plus que l’inspecteur en charge de l’enquête, l’énigmatique et boudeur Vassily Marushkin, se retrouve emprisonné par son machiavélique supérieur, l’inspecteur-chef Babikov.

Alors Olga va devoir mener elle-même l’enquête, d’abord pour disculper Vassily, puis pour comprendre qui sème ainsi le trouble à Roslazny. Mais le temps presse, et les pistes semblent se perdre dans la brume qui encercle le village…

 C.J. Farrington

217 p.

Hugo Publishing

Death On The Trans-Siberian Express, 2021

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Parmi les prochaines sorties que je n’ai pas encore évoquées, j’ai eu le plaisir de lire ce roman policier d’esprit totalement russe, mais qui est le fruit de l’esprit d’un auteur très anglais, C.J. Farrington. Un polar russe, qui prend pour décor l’une des plus célèbres des lignes de chemin de fer au monde ? Quand bien même l’auteur n’a rien du pays des tsars, j’ai vite été intriguée puis tentée par ce titre qui met en vedette une jeune cheminote au nom décidément bien poétique puisqu’il s’agit d’Olga Pouchkine. Mort sur le Transsibérien est le premier titre de l’auteur qui semble amorcer une série dont Olga Pouchkine est l’héroïne. L’auteur a décidé de ne pas en faire une policière, mais ni plus ni moins qu’une simple citoyenne de Rozlany, petit bourg de l’oblast de Kemerovo de Sibérie occidentale, où rien d’autre de bien palpitant ne se passe que les couches de neige et de glace qui s’accumulent, des trains qui passent aussi furtivement que les vies un peu embrumées par le travail, le froid ou l’alcool des habitants.

C.J. Farrington n’a choisi ni Moscou, Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg ou tout autre grande ville qui ponctue l’immense pays russe. Cela permet d’instaurer un entre-soi glaçant, un peu maussade, ou l’on a vite fait de prendre ses repères puisqu’une description soigneuse est accordée à chacun des citoyens qui entourent Olga, de près ou de loin. Il faut d’ailleurs souligner les différents chapitres liminaires qui servent d’introduction en plantant un décor très précisément détaillé des lieux ainsi que de courtes biographies aux personnalités qui hantent Rozlany et bien sûr à Olga et la famille Pouchkine, qui n’a rien de remarquable, Mikhaïl, son père désormais veuf et alcoolique, Pasha son frère à l’armée, Zia une tante légèrement acariâtre. Il n’y a pas que les Pouchkine et Rozlany qui donnent de la rudesse à cette narration, il y a tous ces destins perclus dans ce coin de Sibérie, entre Anna, l’amie délaissée, maltraitée, avec ses enfants, Nikolaï Popov, le boucher de service, mais aussi loueur de voiture à l’occasion, Igor Odrosov, propriétaire de l’unique café du village, sa fille Svetlana, fournisseur officiel de vodka.

C’est un quotidien bien sombre et très lourd que celui d’Olga, qui doit s’occuper de son père, sa tante, son amie, c’est d’ailleurs le lot de toutes les femmes qui incarnent l’histoire, l’ombre des auteurs russes qui pèsent sur ce village oublié de tous, au quotidien presque cocasse s’il n’était pas triste, presque glauque. Même si l’écriture reste celle d’un polar, toutes les béances de la Russie sont passées au crible, l’alcoolisme, l’oisiveté, la misogynie ambiante, la pauvreté, la corruption, le crime organisé. Si Olga s’en sort mieux, car c’est celle dont les perspectives sont encore préservées, celle qui porte en elle le syndrome de la littérature – avec un nom aussi noble, on en attendait pas moins – avec elle l’envie de l’étudier à Tomsk, l’urgence d’écrire qui bouscule ses certitudes.

Le crime s’abat ainsi sur Olga, comme son père tomberait sur une bouteille de vodka frelatée, littéralement, depuis le train hurlant à travers le pays. On se réjouit presque pour elle, qui dépérit lentement dans ce bled sibérien, puisque sa vie va prendre une autre dimension, entrainée malgré elle à enquêter auprès de celui qu’elle découvre être son ancien camarade de classe et qui porte lui-même ses propres fêlures. C’est une enquête menée tambour battant, au sein de cette petite communauté traversée par cette ligne mythique et qui pour une fois dans son histoire est au centre de l’attention russe. Le meurtre dont Olga est le témoin involontaire et bien impromptue recèle je le disais plus haut bien d’autres vicissitudes de la Russie actuelle ou l’assassinat est loin d’être la seule méthode utilisée pour éliminer l’indésirable. Des corps, une enquête menée officiellement, plus officieusement, sur fond de corruption, d’intérêts personnels, de luxure, Farrington n’a pas lésiné sur les pistes choisies, les thématiques et problématiques de la société russe qui s’entrecroisent ici, Vladimir Poutine n’y faisant pas exception.

C’est un récit moderne mené efficacement par une intrigue bien bâtie, aidée par des personnages retors à souhait. Un soupçon de poésie allège ce monde intrinsèquement sombre, relevée par la personnalité volontaire d’une cheminote russe. Sans oublier, naturellement, cette pointe de férocité et de sauvagerie qui donne de petits airs de thriller à ce titre, qui sonne comme un double russe de l’Orient-Express, si l’on s’en tient au titre. Reste à savoir – le saurais-je un jour seulement – ce qu’un Russe authentique penserait de la crédibilité du texte, car c’est une gageure toujours délicate et risquée d’écrire sur un pays et une culture qui n’est pas la sienne.

L’une des questions qui m’a taraudée, c’est de savoir s’il y avait une raison spécifique pour laquelle C.J. Farrington a choisi la Russie comme décor de son roman : il s’avère qu’il a effectué un voyage avec le Transsibérien en 2015 ainsi qu’un trajet le long la route de la Soie en 2017. La fin très ouverte du roman laisse présager d’autres titres à venir, que j’aurais envie de lire si d’aventure ils étaient traduit en français.

Qu’est-ce qui avait bien pu pousser les premiers habitants de cette région à s’installer ici, au milieu de la forêt glacée, alors qu’ils ne pouvaient ignorer qu’il existait, plus au sud, des terres ou il faisait moins froid ? se demanda-t-elle. Pourquoi vouloir endurer l’hostilité d’un éternel hiver et renoncer aux caresses du soleil, aux vergers de citronniers et d’oliviers qu’ils auraient pu atteindre en quelques mois de marche ?

De telles pensées étaient certes distrayantes, mais aussi dangereuses, parce qu’elles pouvaient engendrer de l’insatisfaction dans le cœur d’une technicienne de maintenance ferroviaire. Elles pouvaient l’amener à se demander pourquoi elle, Olga Pouchkine, ne fuyait pas cette contrée inhospitalière pour entamer une vie nouvelle dans quelque lieu de plaisir européen. Parfois, lorsqu’elle avait du mal à trouver le sommeil, elle lisait des romans à l’eau de rose dans lesquels des femmes menaient une vie insouciante sur des îles ensoleillées de la Méditerranée, ou se lançaient dans une nouvelle et brillante carrière, puis rencontraient l’homme de leurs rêves, tout ça dans la même semaine ; des histoires d’existence mornes qui basculaient en quelques jours dans le bonheur parfait. Et parfois, elle posait son roman sur son ventre et s’imaginait dans la peau d’une des héroïnes : voilà que dans la pénombre de sa chambre elle était Lara Bellagio, serveuse devenue actrice et coqueluche de Monte-Carlo, ou alors Odette de la Tour, héritière richissime et créatrice de chaussures de luxe installée dans un lointain pays appelé Maurice.

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