Nord Bonheur

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Rentrée Littéraire 2021 #2

Né au Bénin d’un père franco-vietnamien et de la fille d’un ancien fonctionnaire devenu puissant sorcier vaudou, Aimé Billon est un étranger : aux autres et à lui-même. Aide-soignant et bénévole pour une mission religieuse norvégienne, il compose avec les multiples origines qui façonnent sa personnalité grâce à sa compréhension concrète et onirique du monde qui l’entoure.
Après la mort de ses parents, Aimé part pour l’Europe, son « nord bonheur ». C’est l’arrivée en Norvège, où il va enfin prendre racine et comprendre tout ce que la vie recèle de mystère, de beauté et de résilience.

Árpád Kun

470 p.

Viviane Hamy Editions

Boldog észak. Aimé Billion mesél, 2013

Ma note

Note : 4 sur 5.

Aujourd’hui commence la salve des sorties littéraires, dont les deux titres des Éditions Vivane Hamy. Celui par lequel j’ai entamé mes découvertes s’intitule Nord Bonheur et met en avant l’auteur hongrois Árpád Kun. Si l’auteur est bien d’origine magyare, le récit s’en éloigne totalement, il oscille entre Bénin et Norvège à travers son personnage Aimé Billon, franco-béninois. L’auteur le précise dans la postface, texte idéalement placé, puisqu’il nous dévoile ses intentions d’auteur en toute fin de livre, nous laissant le loisir de le découvrir par nous-même : s’il s’est inspiré d’une de ses connaissances proches, en Norvège là où il s’est installé en 2006 avec sa famille, pour construire la vie et la personnalité de ce gentil géant, il en a cependant romancé sa vie. Car Aimé est un homme exceptionnel, qui a le goût et le don des langues et des cultures étrangères, lui issu d’une union métissée entre une Béninoise et un Franco-vietnamien.

C’est un récit riche, très richement diversifié au point de vue culturel, qui s’étale sur près de cinq cents pages, qui pose ses premiers jalons à travers de ceux d’Aimé au Bénin, anciennement république du Dahomey, état d’Afrique de l’Ouest qui a subi les colonisations française et portugaise. Outre le mélange culturel dont est issu Aimé, et qui marque l’entité de ce récit, le roman s’assimile pour l’homme à un long voyage vers l’âge adulte, le Nord, en même temps que vers le bonheur. On perçoit dès les premières pages la curiosité insatiable de l’homme qui se mue en une attirance presque inextinguible vers cet ailleurs polymorphe qui prend l’image de la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre ou de l’Espagne. L’auteur cultive la singularité d’Aimé dès le départ, avec la branche maternelle le plonge dans le monde dans l’occultisme béninois, peut-être difficilement réel, pratiquement déconnecté, pour les lecteurs très pragmatiques qui peuvent lire cette version originelle de la religion vaudoue, qui est d’abord apparue au Dahomey, avant de s’imposer en Haïti. C’est l’une de ces dimensions surprenantes qui m’a plu, découvrir les mythologies de peuples, dont j’ignorais tout, qui entretiennent avec le cosmos une relation très proche – ainsi qu’avec les animaux. En cela, c’est une vision nouvelle, plus spirituelle, plus sensible, qui s’ouvre à nous avec le récit de l’enfance d’Aimé dans sa patrie originelle.

Mais Aimé ne recèle pas qu’en lui les secrets du Bénin, son envie d’ailleurs le portera vers le nord, via une courte étape française. Si cette terre n’a rien d’un asile, c’est la Norvège qui porte en elle le futur d’Aimé, ce pays glacé qui est l’exact opposé du Bénin, tant au niveau géographique que culturel. J’ai ressenti toute l’admiration de Árpád Kun lui-aussi exilé en Norvège pour cet homme, d’une grandeur admirable par bien des côtés. Aimé Billon possède la faculté de s’intéresser profondément, et surtout de s’adapter, à tout ce qui n’est pas lui. Il est une sorte de caméléon qui porte encore en lui le langage de ses ancêtres béninois, des dieux qui hantent son histoire ainsi que celui de sa vie actuelle, il est le fruit improbable, unique, incroyable de la culture et l’intelligence, l’adaptation et l’assimilation, une gentillesse, une ouverture, hors-du-commun, sans borne. Cette admiration, Árpád Kun l’avoue d’ailleurs dans sa postface, indiquant si besoin était, la trace que laisse le franco-béninois-norvégien derrière lui, indélébile et discrète, bienfaisante et bienveillante. Aimé Billon est, à mon sens, l’un de ses esprits vaudous, entre Legba, messager des Dieux, Dieu de la réflexion et Damballa, esprit de la connaissance. Aimé n’exerce pas non plus n’importe quelle profession, il a choisi d’être aide-soignant, de s’occuper de son semblable.

Ce roman narre la vie de ce bonhomme, au sens littéral du terme, mi-esprit mi- humain, en tout cas qui s’instaure une dimension au-dessus de ses contemporains, ni tout à fait africain ni européen, mi-béninois mi-français mi-norvégien, et il est aussi surprenant que le sujet qu’il traite. Traduit du hongrois par Chantal Philippe, il porte également en lui la pensée d’un homme qui a quitté son pays d’origine ainsi que la rencontre de deux exilés en un lieu qui font d’eux, à la fois, deux parfaits étrangers, et deux proches parents qui se comprennent peut-être mieux que quiconque ne saurait le faire. Sa réaction face aux attitudes qui frôlent le racisme à son égard est aussi surprenante, comme s’il comprenait et acceptait que son apparence d’homme noir à la stature imposante ne pouvait que susciter effroi parmi les autochtones norvégiens.

En temps normal, rien ne distinguait le versant de la cascade d’autres endroits environnants, mais à présent, derrière le voile trompeur de glace bleutée, c’était un autre monde. Je soupçonnai que s’il y avait des sorciers en Norvège, ils ne passeraient pas dans le monde des esprits en écartant le rideau de l’horizon, comme mon grand-père le faisait jadis, mais à travers des cascades gelées comme celle-ci. C’est probablement ce que font les chamans chez les Lapons dans le nord du pays. Sauf, bien entendu, les soirs ou ils grimpent à l’arbre du monde, qui ressemble à s’y méprendre au baobab de Dassa-Zoumè et mène au même endroit.

C’est le premier ouvrage de l’auteur hongrois traduit en français, et rien que pour cela, cette rentrée littéraire réserve de bonnes surprises. Je remercie les Éditions Viviane Hamy qui m’ont offert la possibilité de découvrir le parcours hors du commun d’Aimé Billion et l’écriture de Árpád Kun, dont la connaissance de la France qui transparait du récit n’est alors plus surprenante dès lors qu’on sait qu’il est diplômé en lettres françaises après des études à la Sorbonne. Déjà auteur de poèmes et de nouvelles, il s’est lancé dans la fiction avec Nord Bonheur, j’espère que son second roman figure au programme des publications à venir d’auteurs hongrois.

Comme je l’ai dit, l’Afrique commençait pour moi au-delà du mur ajouré de l’école. J’y pénétrai après le bac, à titre temporaire, puisque j’avais l’intention de partir le plus tôt possible pour la France. Mais les années passèrent et mon séjour en Afrique se prolongea indéfiniment ; pourtant l’idée qu’il était provisoire ne changea nullement au fil des années. À l’école je me sentais encore français, au-dehors, en Afrique, j’étais européen, un Européen, en transit au Bénin.

J’avais toujours aimé feuilleter des guides touristiques d’Europe à la bibliothèque de l’école. L’année qui suivit le baccalauréat, à côté de mon travail d’aide-soignant, c’est eux que j’ai étudiés au lieu des livres de médecine, cette fois en prenant méthodiquement des notes afin de me préparer à mon voyage en France. Mais en fin de compte, je ne partis pas. Je ne suis pas devenu médecin, ni à Bordeaux ni à Cotonou, pas même aide-soignant diplômé, en revanche, j’ai continué ma formation de voyageur imaginaire. J’ai soigneusement pris des notes dans la demi-douzaine de guides sur la France, et dans les ouvrages sur l’Allemagne, l’Espagne, l’Angleterre que possédait la bibliothèque de l’école. Je savais quand et pour quelle raison tous les monuments de Paris avaient été édifiés, mais je connaissais également l’histoire et l’état de la construction de la Sagrada Familia de Barcelone, et, grâce aux plans, je savais m’orienter dans les rues de Barcelone, Paris ou Munich. Au cours des années suivantes, j’ai voyagé à travers toute l’Europe sans même y avoir mis les pieds, et je suis même allé au Groenland, d’obédience danoise, en tombant sur un livre en allemand illustré de photos en couleurs. J’ai passé quelques mois dans chacun des pays d’Europe, mais il m’est parfois arrivé d’y rester un an ou deux.

La rentrée des Editions Viviane Hamy, c’est aussi

Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance

de Céline Lapertot

Sortie le 19 août

À 10 ans, Roger Leroy vit comme une trahison l’arrivée dans sa vie de son demi-frère, Nicolas Lempereur. C’est le début d’une haine que rien ni personne ne saura apaiser.

Bien des années plus tard, Roger, garde des Sceaux d’un gouvernement populiste, œuvre à la réhabilitation de la peine de mort. Nicolas, lui, est une véritable rock star, pacifiste et contre toute forme de discrimination. Un fait divers impliquant un pédophile récidiviste rallie bientôt l’opinion publique à la cause du garde des Sceaux, et la peine de mort est rétablie. Mais quand Nicolas est accusé du meurtre d’une jeune femme et clame son innocence, la querelle fraternelle qui l’oppose à Roger devient alors un enjeu sociétal et moral. Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance est la chronique annoncée d’une tragédie contemporaine ; un roman coup de poing, criant de vérité.

Chronique à venir

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