La chaîne

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VICTIMES.  SURVIVANTS. RAVISSEURS. CRIMINELS. VOUS SEREZ TOUT CELA À LA FOIS.
Le téléphone sonne. Un inconnu a  kidnappé votre enfant. Pour qu’il soit libéré, vous devez enlever l’enfant de quelqu’un d’autre. Votre enfant sera relâché quand les parents de votre victime auront à leur tour enlevé un enfant. Si un chaînon manque : votre enfant sera tué. VOUS FAITES DÉSORMAIS PARTIE DE LA CHAINE. VOUS N’ÊTES PAS LES PREMIERS. VOUS NE SEREZ CERTAINEMENT PAS LES DERNIERS. 

Adrian McKinty

474 p.

Le livre de poche

The chain, 2019

Ma Note

Note : 3 sur 5.

J’ai entamé ce mois de juillet – déjà si loin derrière nous maintenant – avec la lecture les trois romans du Prix des lecteurs, directement avec mon coup de cœur, que je vous présente maintenant. Adrian McKinty est un auteur irlandais, qui a implanté le décor de ses romans aux États-Unis puisque c’est là-bas qu’il vit désormais. Il est l’auteur de quelques trilogies telles que celle de Michael Forsythe mais La chaîne est un roman indépendant. Peut-être vous rappelez vous ces chaines de lettre ou l’on vous demande de faire suivre un courrier à un certain nombre de personnes dans l’espoir un peu naïf de recevoir quelque chose en retour pour éviter une malédiction qui s’annonce ? Voilà tout le principe de ce récit sauf que dans le roman d’Adrian McKinty, on passe au niveau au-dessus, qui ne joue plus sur un espoir crédule un peu fou mais sur la menace. Il ne s’agit plus des chaînes sans conséquences qui, au pire, vous délestaient de quelques timbres postes ou de quelques minutes de votre temps, il est question ici d’enlever un enfant pour permettre la libération du vôtre.

J’ai dès le départ été intrigué par ce titre car une phrase d’accroche sur la première de couverture nous capte d’emblée le regard « Le seul moyen de récupérer votre enfant, c’est d’en kidnapper un autre ». L’enlèvement d’une personne a fortiori celui d’un enfant, ce n’est jamais sans raison : si on exclut l’enlèvement parental, c’est presque toujours motivé par des intentions d’abus physique, psychologique ou sexuel ou par motif pécuniaire. Les sens bien éveillés, ma curiosité bien piquée, je me suis donc plongée avec envie dans ce polar, qui n’a pas perdu de temps pour répondre à mes attentes, les choses démarrent sur les chapeaux de roue dès la première dizaine de lignes.

Adrian McKinty instaure une pression terrible dès la toute première page, qui ne s’allègera que vers la toute fin du roman. Autant vous dire que vous vivez ces 470 pages sur les charbons ardents aux côtés de Rachel, la protagoniste principale, qui expérimente l’horreur d’être séparée de sa fille mais aussi bien malgré elle, endosse le rôle de bourreau en toute connaissance de cause. En tant que mère, toutes les émotions de Rachel m’ont assaillies, peur, angoisse, soulagement, désespoir, panique, colère, mais aussi culpabilité et la solitude que lui confère le poids de sa responsabilité. Adrian McKinty ne nous offre aucun répit. L’auteur irlandais nous fait passer par tous les stades de l’angoisse, qui se révèle être sans fin puisque selon ce pervers chantage pyramidal, il y a toujours des parents en souffrance.

Le point central du livre, c’est évidemment Rachel, une jeune divorcée, qui se relève à peine d’une dépression et qui va devoir faire appel au peu de forces qui lui restent pour d’abord essayer de délivrer sa fille puis pour s’improviser kidnappeur. C’est elle qui va donner à ce roman une autre dimension puisqu’elle va s’improviser enquêtrice et nous mener aux origines de cette sombre histoire. Outre le fait de prendre cette place de bourreau, qui va obliger chacun des parents à se faire violence, c’est l’interrogation sur les causes de cette pyramide de Ponzi du crime qui m’a guidée tout au long du livre. Bien évidemment, l’auteur garde savamment pour lui tant qu’il le peut toute bribe d’information susceptible de nous apporter quelques réponses.

La violence larvée est bien plus psychologique que physique – même si cette dernière est bien là, cachée au creux des vécus – elle est celle des réseaux sociaux, manipulés à souhait, qui ouvre ici une faille au sein de la vie de ces familles, dont on ne saurait rien sans eux. Finalement La chaine est un titre plutôt astucieux car il démontre toutes ces formes de violence qui se perpétuent de génération en génération, sans que personne n’y échappe. On observe parfaitement comme la violence subie chez les uns se répercutent sur les autres. C’est d’autant plus effrayant que nous sommes dans une société, et Adrian McKinty a su illustrer cet aspect des choses, ou il est fort difficile d’être déconnecté : rien que le fait d’avoir un smartphone ou un ordinateur, forcément connecté à Internet, nous rend vulnérable et ce n’est certainement pas facebook, instagram ou tik tok qui vont arranger cela.

C’est une narration assez habile puisqu’elle se déroule en deux temps en combinant deux nœuds narratifs. Tout d’abord les rôles concomitants de victime puis de bourreau au sein de La Chaine, c’est effectivement assez audacieux, puis la recherche de la tête pensante de cette association criminelle qui a trouvé le meilleur moyen pour fonctionner efficacement : assurer une emprise sur ses victimes au moyen d’un chantage particulièrement odieux et efficace.

« Je n’arrive pas à croire que je fais ce truc » , se dit-elle à voix haute. En même temps, bien sûr, rien ne l’oblige à faire quoi que ce soit. Elle pourrait appeler la police ou le FBI.

Elle prend un moment pour y réfléchir. Pour envisager sérieusement cette option. Les agents du FBI sont des pros, mais la femme qui séquestre sa fille n’a pas peur du système judiciaire ; elle a peur de La Chaîne. Une autre personne, au-dessus d’elle dans La Chaîne, détient son fils. Et si Rachel devait donner l’impression de se rebeller contre le système, cette femme recevrait l’ordre d’assassiner Kylie et de sélectionner une nouvelle cible. Cette femme qui lui donne l’impression d’être de plus en plus sur les nerfs. Rachel ne doute pas qu’elle soit prête à tout pour récupérer son fils…

Non, pas de FBI. Qui plus est, lorsqu’elle passera le coup de fil qu’elle a elle-même reçu de la kidnappeuse de Kylie, elle devra donner l’impression d’être aussi déterminée et dangereuse que cette femme.

Elle revoit les notes qu’elles a prises sur ses diverses cibles. Son tout premier choix paraît vraiment très bien. Denny Patterson. Douze ans. Vit avec sa maman, Wendy, à Rowley. Mère célibataire, père sorti du tableau, mais elle n’est pas fauchée. Elle a même l’air assez friquée.

Rachel s’interroge sur cette composante financière. Les opérateurs de La Chaîne, que veulent-ils ? L’essentiel est que La Chaîne perdure. Certaines des personnes qu’elle vise sont plus riches que d’autres, mais, plus important que leur aisance financière, ces personnes doivent être à la fois assez futées et assez discrètes pour ajouter chacune un nouveau maillon à La Chaîne et perpétuer tout le système. Dans cette optique, tous les maillons de La Chaîne ont la même valeur. Les cibles doivent avoir un minimum d’argent, mais elles doivent aussi et surtout être compétentes, dociles et effrayées. Comme elle l’est elle-même à l’instant. Un maillon fort qui n’a que quelques centaines de dollars à la banque est préférable à un maillon faible millionaire.

Pour aller plus loin

1981, Carrickfergus, Irlande du Nord. Le gréviste de la faim Bobby Sands vient de mourir et la région est sous haute tension. C’est dans ce contexte oppressant que le sergent Sean Duffy est appelé d’urgence pour résoudre une étrange enquête : un homme a été retrouvé dans un terrain vague, une main coupée. La victime est un homosexuel notoire. Un mobile suffisant ?

Puis une deuxième victime est découverte, présentant les mêmes sévices. Aurait-on affaire au premier serial killer de l’histoire du pays ? Duffy sait toutefois que les apparences sont souvent trompeuses, lui qui incarne un paradoxe en Ulster : il est flic et catholique.

Sean Duffy sait que le crime parfait n’existe pas. Toutefois, un torse à l’abandon dans une valise n’est pas loin de l’évoquer. Il suffit souvent d’un indice infime pour faire basculer une enquête… Un tatouage.
Sean Duffy, remis de l’attentat qu’il a essuyé dans sa dernière affaire, n’a plus qu’à suivre le fil rouge, la trace de sang – si ténue soit-elle – qui lie toujours un corps à son meurtrier.
Des rues sous haute tension de Belfast à la lande irlandaise, Duffy ne laisse aucune piste au hasard et ne se départit jamais de son sens de l’humour, même dans les moments de plus grand doute…

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