La nuit tombée sur nos âmes

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Les chefs d’État des huit pays les plus riches de la planète se retrouvent lors du G8. Face à eux, en marge du sommet, 500 000 personnes se sont rassemblées pour refuser l’ordre mondial qui doit se dessiner à l’abri des grilles de la zone rouge. Parmi les contestataires, Wag et Nathalie sont venus de France grossir les rangs du mouvement altermondialiste. Militants d’extrême-gauche, ils ont l’habitude des manifs houleuses et se croient prêts à affronter les forces de l’ordre. Mais la répression policière qui va se déchaîner pendant trois jours dans les rues de la Superbe est d’une brutalité inédite, attisée en coulisses par les manipulations du pouvoir italien. Et de certains responsables français qui jouent aux apprentis-sorciers.
Entre les journalistes encombrants, les manœuvres de deux agents de la DST, et leurs propres tiraillements, Wag et Nathalie vont se perdre dans un maelstrom de violence. Il y aura des affrontements, des tabassages, des actes de torture, des trahisons et tant de vies brisées qui ne marqueront jamais l’Histoire. Qui se souvient de l’école Diaz ? Qui se souvient de la caserne de Bolzaneto ? Qui se souvient encore de Carlo Giuliani ?

Fréderic Paulin

272 p.

Agullo Editions

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Frédéric Paulin, je l’ai entraperçu brièvement en juin dernier à Paris. Un grand homme, d’une élégance impeccable et manifestement soigneusement travaillée, un peu désuète, au regard perçant et à vrai dire, un peu dire un peu intimidant. Assez en tout cas pour m’avoir laissée sans mots. Mais il m’a bien gracieusement dédicacé le roman. Si l’apparence de l’écrivain était très méticuleusement entretenue, et pensée pour cette soirée auprès de libraires et journalistes de tous bords, son écriture l’est manifestement autant. Le sujet du roman n’est pas l’un vers lequel je me serais tournée au prime abord, black bloc, magouilles politicardes, affrontements sanglants entre deux colères à vrai dire légitimes. Et pourtant, au-delà même du sujet, c’est cette écriture qui m’a avant tout frappé l’esprit, tellement claire, tellement diserte et éloquente, que même les paragraphes sur Jacques Chirac, qu’à vrai dire m’est totalement indifférente, presque ennuyant, ont été lus avec insatiabilité, retenue comme je l’ai été au fil du texte par ce style terriblement évocateur.

Remontons à 2001, quelques semaines avant le 11 septembre, lors du G8 organisé à Gênes, qui outre la réunion des sept plus grandes puissances mondiales, a mobilisé altermondialistes et forces de l’ordre nationales en des affrontements qui ont viré au carnage purement et simplement. L’auteur procède par un compte à rebours inversé, mettant un point final à sa fiction le lendemain du G8 et entretenant avec succès cette tension palpable qui ne s’arrête pas de monter en flèche dans les artères de la ville. À côté des principales préoccupations des huit grands acteurs de la scène mondiale, et les gros titres des médias, on y pense peut-être moins, mais il y a toute une frange de la population qui vient pour manifester, exprimer son désaccord pacifiquement ou violemment. Ces contestataires viennent de partout dans le monde pour s’unir en une même foule fulminante et inquiétante, à fleur d’indignation et de colère. Frédéric Paulin nous immerge en plein dans les entrailles de ces deux mondes, ceux qui se préparent à manifester, ceux qui se préparent à essuyer les insultes et les coups.

Entendons-nous bien, il n’y a aucun jugement, parti pris pour l’un ou l’une des groupes en question, le but est davantage d’explorer les mécanismes, les forces en jeu ayant ont mené à un affrontement qui a pris des proportions exceptionnelles. Ces forces, elles sont du côté des manifestants, il y a les casseurs habituels, ceux que l’on nomme black bloc et que l’on retrouve de par toutes les manifestations, ceux qu’on voit le plus souvent aux JT aux abords des vitrines caillassées. Mais il y a bien d’autres groupuscules, acronymisés, LCR – COBAS – ATTAC, ou non – Tute Bianche, Désobéissants, dont l’auteur nous dresse la liste en toute fin d’ouvrage. Des groupes aux sensibilités différentes, avec des idéaux dont la noblesse n’est pas forcément à la hauteur de ce qu’ils prétendent, les autres carrément sans aucune forme d’ambition, les anars. Forcément la coexistence est difficile, voire impossible s’il n’y avait pas en face d’eux un ennemi commun : les forces publiques incarnées par les policiers et autres carabiniers, dirigés en sous-mains par les petits fonctionnaires zélés aux appétits démesurés.

On n’est pas un parti ou une orga, nous. On fonctionne avec des affinités solides. Oui, c’est ça : on évolue en groupes d’affinité. Dans les manifs, moi, je suis entourée de proches, des gens que je fréquente dans la vie de tous les jours. Et puis il y a tous ceux que je ne connais pas, mais qui pensent comme moi. Les groupes d’affinité s’agrègent spontanément et ça donne ce que les journaleux appellent le black bloc. Un petit facho qui se glisserait parmi nous se ferait tout de suite démasquer.

Génovéfa n’y croit pas. Ce qu’elle croit, c’est que pour Nathalie et ses amis qu’importe la couleur du flacon tant qu’ils ont l’adrénaline.

Frédéric Paulin le démontre bien : il y a d’autres enjeux que ceux d’idéalistes naïfs et aveuglés et de légions d’hommes appelés à les repousser dans la fonction des exercices. On en prend toute la mesure tout au long du livre jusqu’à la fin ultime qui nous livre d’ultimes précisions sur la CEDH qui a finalement reconnu la violence et la torture employées. Si j’ai bien aimé cette plongée dans le monde politique, ses sphères, ses sbires, à travers laquelle l’auteur démonte consciencieusement, et visiblement avec jubilation, tous ses personnages, spécialement Berlusconi et Chirac, qui n’en ressortent guère grandis, elle est tout aussi effarante pour le quidam que je suis, si éloignée et inconsciente de la noirceur de ses dessous. L’Italie prend bien plus cher que la France, qui n’est pas non plus épargnée par les flèches incisives de Frédéric Paulin, et ce n’est, en toute objectivé de française d’origine italienne, pas démérité. Si Chirac était un aigrefin, Berlusconi a atteint, lui, le niveau ultime de la duplicité et de la vénalité. J’avoue avoir très apprécié le portrait au vitriol que l’auteur a fin chacun d’entre eux, ce qui permet de démythifier le charme d’un Chirac qui fait encore son effet, quelque temps après sa mort.

Il y a une chose que je regrette, il s’agit de cette fin tellement abrupte : certes le G8 est fini, Gênes est libérée, et tout ce petit monde reprend le cours normal des choses. En attendant, il semble que l’auteur a oublié avoir monté une fiction au milieu de tous ces événements véridiques. Alors, certes, tous ces personnages sont des fantômes totalement inventés qui hantent de tragiques évènements, il n’empêche qu’en jouant sur les deux tableaux de la réalité et de la fiction, on s’attend à ce que la fiction ait un dénouement véritable.

On ressent un grand malaise à la lecture de ce roman, par la révélation de l’ignominie de ces faits, qui font preuve d’un sentiment de délire commun, d’une perte du sens des réalités, autant de ces petits politicards vils et machiavéliques -une véritable mascarade à l’italienne – que des forces de l’ordre submergées par un sentiment commun de haine aveugle, et d’une bonne part des manifestants pris dans un mouvement et un sentiment de destruction nihiliste qui les dépasse.

Son rôle n’est pas déterminant. Il y a cru, pourtant, il s’est même vu sous-secrétaire à quelque chose, après le sommet. Mais au milieu de ces uniformes et des députés de son parti, de ses amis, de ses camarades, il se sent inutile. Il s’écarte lentement puis quitte la salle. Dans le couloir, il téléphone au Français. Il fait son boulot machinalement. Son boulot doit encore avoir un sens.

Monsieur Lamar, vous avez des nouvelles de vos amis de la DST et de leurs neri ?

Si lui, il est invisible, le Français doit se sentir une sous-merde obligée d’obtempérer au moindre de ses désirs.

Renseignez-vous, Monsieur Lamar, renseignez-vous. Nous voudrions savoir si les anarchistes ont prévu des actions aujourd’hui. Monsieur le ministre Scajola peut compter sur ses amis français, n’est-ce-pas ?

Le petit conseiller en communication s’est fait coincer comme un débutant. Carli est désormais certain qu’il a pris contact avec la DST et a demandé qu’elle lui rende des comptes sur le contre-sommet sans en avertir sa hiérarchie. Cela n’est pas dans les attributions d’un conseiller en communication. Pourquoi l’a-t-il fait, cela reste un mystère. L’Elysée n’est pas au courant, c’est évident. Comment et pourquoi des flics de la DST ont accepté, Carli ne se l’explique pas non plus. Serait-il possible que la DST joue un jeu personnel dans cette histoire ? Quoiqu’il en soit, Lamar est piégé et Carli en fera ce qu’il en voudra.

Il regagne la salle des opérations.

Gianni de Gennaro est en train d’expliquer que, demain, les contestataires essaieront de donner l’assaut sur la zone rouge. C’est donc demain que les manifestants – et le monde entier – vont voir comment l’Italie et les Italiens se défendent lorsqu’on les attaque. Demain sera un jour de colère. Tous les décideurs présents doivent penser ça, comme Carli en ce moment.

Gianfranco Fini ne masque pas un sourire de satisfaction, derrière ses fines lunettes ses yeux pétillent.

Pour aller plus loin

Janvier 2011 : le peuple tunisien se soulève et « dégage » Ben Ali. C’est le début des printemps arabes. Vanessa Benlazar grand reporter, pressent que ces révolutions risquent d’être noyautées par les islamistes. Bientôt, la chute de Khadafi, la guerre en Syrie et le chaos qui s’installe lui donnent raison : un groupe venu d’Irak émerge des décombres, un groupe dont la barbarie est sans limite, aux méthodes de recrutement insidieuses, et qui prône la haine de l’Occident. A Toulouse, de son côté, Laureline Fell de la DCRI s’intéresse à un certain Merah, soupçonné de liens avec des entreprises terroristes. Mais les réformes du renseignement français ne lui facilitent pas la tâche : la France n’est pas armée pour affronter ce nouvel ennemi qui retourne ses propres enfants contre leur pays, Autant de bombes à retardement que Laureline, avec l’aide de Vanessa, va tenter de désamorcer.

Après l’annulation des élections remportées par
le Front islamique du salut, une poignée de généraux, les  » janviéristes « , ont pris le pouvoir. L’état d’urgence est déclaré,
les islamistes pourchassés ont pris les armes. Le pays sombre dans une violence sans précédent…
Tedj Benlazar, agent de la DGSE, suit de près les agissements
du tout-puissant Département du renseignement militaire, le sinistre DRS qui tire toutes sortes de ficelles dans l’ombre. Alors qu’il assiste à l’interrogatoire musclé d’un terroriste, Tedj apprend l’existence de camps de concentration où les islamistes seraient parqués dans des conditions inhumaines. En fouinant plus avant, il met au jour des liens contre-nature entre le DRS et les combattants du GIA. Quel jeu jouent donc les services secrets avec les terroristes ? Les massacres quotidiens sont-ils l’oeuvre des uns ou des autres ? Ou d’une instrumentalisation diabolique des seconds par les premiers ?
Benlazar acquiert la certitude que les généraux sont prêts à tout pour se maintenir au pouvoir. Et la dernière phase de leur plan va commencer : exporter le chaos par-delà la Méditerranée, pour forcer la France à soutenir leur croisade anti-terroriste. Tedj parviendra-t-il à réunir assez de preuves pour convaincre sa hiérarchie avant que l’horreur ne s’invite à Paris ?

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