Moi, Dita Kraus

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Dita Kraus est née juive à Prague en 1929. Elle voit, avec les yeux d’une enfant, la montée du nazisme, puis est déportée à Auschwitz avec ses parents. Là-bas, elle est en charge de la bibliothèque. À la Libération, à 16 ans, elle retourne seule chez elle en Tchécoslovaquie. Ne trouvant plus sa place, elle choisit de partir en Israël où elle pourra enfin essayer de construire une vie.
C’est une partie de l’histoire des Juifs ashkénazes que l’on découvre à travers ce récit. Celle d’une population qui, après avoir survécu à la guerre, s’est retrouvée face à la montée du communisme dans les pays de l’Est. Qui s’est vu à nouveau confisquer tous ses biens et s’est retrouvée contrainte d’émigrer dans un pays qui lui était étranger.
Sans jamais céder au désespoir, Dita Kraus est restée une passeuse de savoir. Elle s’est battue pour l’éducation des esprits en devenant professeure, puis en allant témoigner aux quatre coins du monde afin d’honorer la mémoire des victimes de la Shoah et d’éviter que de telles atrocités se reproduisent.

Dita Kraus

476 p.

Editions J’ai lu

A delayed life, 2020

Ma Note

Note : 5 sur 5.

Ou La bibliothécaire d’Auschwitz du roman d’Antonio Iturbe, toujours aux Éditions J’ai Lu. Dans cette autobiographie, il en est à peine question de son rôle de gardienne de livres à Auschwitz. Juste quelques lignes au détour du récit, parmi une cascade de souvenirs terribles et douloureux. Moi, Dita Kraus, est une autobiographie, celle d’Edita Polachova épouse Kraus sur Dita Kraus, une des dernières rescapées d’Auschwitz et du camp de Terezin. Si elle est a été connue pour incarner le personnage principal de la fiction, elle a eu une vie bien remplie, témoin unique d’époques révolues de l’Histoire, en plusieurs de ses épisodes. Fait incroyable, elle a rédigé son récit, il y a à peine 3 ans à l’aube de ses quatre-vingt-dix printemps, comme un ultime testament à son fils et petits-enfants, ses belles-filles, et à l’ensemble, de l’humanité qui a visiblement besoin de réguliers rappels des ravages de l’Histoire.

Trois périodes se détachent dans la vie de Dita Kraus, très différentes les unes des autres : la première qui narre le temps du bonheur, de l’innocence – son âge d’or – entre ses deux parents, ses grands-parents dans cette Prague encore rayonnante et non asservie. Puis vient le temps de la guerre, et étoile jaune oblige, celui des camps, l’horreur en son acmé. Enfin, le temps de la survie, puis de la vie, dans cet Israël lointain et fraîchement né. Trois époques, trois lieux, trois tranches d’histoire totalement différentes, liées entre elle par ce judaïsme, fil rouge de l’histoire de Dita, toujours en première ligne malgré une certaine forme d’athéisme. Cette autobiographie est importante à bien des niveaux : au niveau historique évidemment – l’exil du couple en Israël est riche et instructive, notamment la vie dans le kibboutz. Et puis, à travers son témoignage on assiste à l’évolution d’un monde qui s’éteint sous la folie du nazisme et qui tente de renaître sous l’absolutisme du communisme, des mœurs, et celle de la condition féminine – Dita elle-même finit par s’affranchir peu à peu du système patriarcal -, de la question identitaire qui se pose à elle alors même que la Tchécoslovaquie n’existe plus, que le communisme d’antan a dépouillé le couple Kraus de l’entreprise familiale et l’a contraint à fuir le pays afin de survivre – qui est-elle vraiment, Edita Polachova, fruit du judaïsme, d’une Tchécoslovaquie morte et enterrée, d’Israël et de bien d’autres influences ?

Moi, Dita Kraus c’est aussi une lecture croisée pour la lectrice que je suis, bien involontairement cela dit, avec Le saut d’Aaron de Magdaléna Platzová chez Agullo Editions : enfermée à Terezin, Dita fut en effet élève de l’artiste aux multiples talents Friedl Brandeis et l’une des rares survivantes du groupe d’enfants qui suivirent ses cours, par ailleurs. Si dans Le saut d’Aaron j’ai été le témoin des cours de Friedl Brandeis depuis sa vision des choses, ici sous les yeux de Dita, on assiste à l’envers du décor, côté enfants, de ces cours de dessins. Dita Kraus ne manque pas de souligner l’importance qu’ont eu ces petits intermèdes dans l’enfer des camps et d’expliquer le sens même de ces dessins, qui ont survécu à leurs artistes en herbe. C’est, à mon sens, l’un des passages les plus émouvants du récit.

Un discours de bienvenue fut prononcé, puis on me posa de nombreuses questions, évidemment. Comme tant de fois auparavant – et depuis -, je me rendis compte que les gens se font de fausses idées sur le ghetto, et que la plupart ignorent ce qui se passa ensuite. Je m’efforçai d’expliquer le plus clairement possible que les enfants, auteurs des pièces exposées, ignoraient ce que l’avenir leur réservait. Leurs dessins ne sont pas des actes d’héroïsme. Ce n’étaient que des enfants se comportant comme tels. Dans le même temps, je pris soin de ne pas minimiser l’horreur de la situation. Mon public fut très attentif.

Je suis admirative de la mémoire qui est celle de Dita Kraus, généreuse en détails malgré son âge. Son récit sur la guerre est encore gravé en elle comme si quatre-vingt années ne s’étaient pas passées depuis la libération. Si d’autres ont eu du mal à mettre des mots sur ce passé difficilement dicible, pour Dita Kraus les mots viennent naturellement au fur et à mesure que ses souvenirs se ravivent. Aucun louvoiement dans la tragédie ou l’auto apitoiement de sa part, malgré la vie terrible que Dita Kraus a vécue, et qui ne s’est pas arrêter aux frontières d’Auschwitz. Sa vie personnelle en Israël est aussi mouvementée et haute en couleur mais cette grande dame a encore une fois toute mon admiration par sa résilience et cette capacité à garder une envie de vivre et un optimisme très dignes remarquables. Si la faim, la soif et la maladie sont omniprésentes dans la vie de Dita Kraus à partir du moment où elle a rejoint Terezin, ce sont des descriptions dénuées d’affect, une mise à distance nécessaire, dont elle s’octroie à peine le droit d’être la porte-parole. Il y a à travers le récit de sa vie une volonté inaliénable de retenir et se concentrer sur le meilleur, probablement dû au fait qu’elle ait survécu aux camps, à la perte des êtres chers. J’ai ressenti dans cette vie d’après en Israël une capacité qui est la sienne à savoir profiter du moindre moment de calme et sérénité de sa vie, de la moindre étincelle de vie, de liberté, de beauté, comme ceux des paysages israéliens.

Je ne sais pas ce que vaut le roman tiré de sa vie à Terezin, sa vie entière est d’une valeur inestimable pour l’histoire, et la force morale, bien plus que physique, dont elle a fait preuve sa vie entière est incroyablement digne d’intérêt. Le contenu de sa vie associé à son écriture très intimiste, façon journal intime, en prenant son lecteur comme ultime confident, rend cette lecture passionnante d’un bout à l’autre du récit. Dita Kraus a une plume agréable, on peut regretter qu’il soit le seul ouvrage qu’elle nous laisse, car j’ai eu beaucoup de plaisir à la lire.

Peu après cet incident, je fus enfin transférée dans le dortoir 25, ou je retrouvai Raja. Dès lors, j’appréciai la compagnie de mes voisines, qui lisaient beaucoup, principalement de la poésie. Elles adoraient en particulier Halas, Wolker et Seifert, dont elles récitaient souvent des oeuvres. Elles lisaient également de célèbres romans tels que ceux de Romain Rolland ou Thomas Mann, et ensuite en discutaient entre elles. Chacune de nous ayant apporté un ou deux de ses livres préférés dans ses bagages, nous nous les prêtions. Sonja Sulcova nous amusait avec son sketch « Souffle la bougie, grand-mère », qu’elle prononçait en tordant la bouche dans tous les sens. Nous étudiions en secret avec Magda Weiss en guise de professeur et prenions des cours de dessin avec la célèbre artiste peintre Friedl Brandeis.

Ces leçons se déroulaient après la journée de travail et abordaient la plupart des matières enseignées à l’école. Nous n’étions pas obligées d’y assister, mais la plupart des filles étaient désireuses d’apprendre. Le programme n’était pas établi à l’avance ; des spécialistes de divers sujets, de la musique à la biologie, en passant par l’astronomie, donnaient des cours au bâtiment Heim. Seules quelques filles possédaient un cahier dans lequel prendre des notes. Notre dortoir comprenait une table et un blanc pouvant accueillir quatre personnes. Les autres élèves restaient assises sur leur couchette. Il n’y avait évidemment pas d’appel ; l’enseignement étant strictement interdit, il devait être dispensé clandestinement.

Friedl Brandeis, artiste peintre et créatrice, donnait des cours de peinture et de dessin, auxquels assistait qui le souhaitait. En une occasion, elle invita dans sa chambre exiguë quelques filles ayant manifesté un certain intérêt pour l’art. Cette chambre n’était en vérité que le bout du couloir, dont elle était séparée par une porte de fortune. Friedl possédait un grand livre regroupant de célèbres tableaux, parmi lesquels Les Tournesols, de Van Gogh. Elle nous fit remarquer l’audace des coups de pinceau, qui suggéraient le côté sauvage de ces fleurs.

La rentrée des Editions J’ai Lu, c’est aussi

À quatorze ans, Dita est l’une des nombreuses victimes du régime nazi. Avec ses parents, elle est arrachée au ghetto de Terezín, à Prague, pour être enfermée dans le camp d’Auschwitz.
Là, malgré l’horreur, elle tente de trouver un semblant de normalité. Quand Fredy Hirsch, un éducateur juif, lui propose de conserver les huit précieux volumes que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens du camp, elle accepte. Au péril de sa vie, Dita cache et protège un trésor. Elle devient la bibliothécaire d’Auschwitz.
À partir du témoignage de Dita Kraus, la véritable bibliothécaire d’Auschwitz, Antonio G. Iturbe a construit un roman fascinant qui a bouleversé des milliers de lecteurs à travers le monde.

Quand Kapka Kassabova retourne en Bulgarie, son pays natal, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, c’est à la frontière avec la Turquie et la Grèce qu’elle se rend. Une zone inaccessible dans son enfance lorsque la guerre froide battait son plein, un carrefour qui grouillait de militaires et d’espions.
Au gré de son voyage, elle découvre les lieux qui furent dominés par des forces successives, de l’Empire ottoman au régime soviétique, et baignés de mythes et de légendes.
Peuplé de magnifiques portraits d’individus hauts en couleur, arrivés là volontairement ou non, Lisière est à la fois le récit d’une immersion dans les coulisses de l’histoire, un regard neuf sur la crise migratoire en Europe et une plongée au coeur de géographies intimes.

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