L’or noir des steppes

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Après la chute de l’URSS, d’importantes réserves de gaz et de pétrole ont été découvertes dans le Nord caspien et dans le fond asséché de la mer d’Aral. Alors que la consommation mondiale ne cesse d’augmenter, que les ressources décroissent et que le Moyen-Orient paraît de plus en plus instable, la Caspienne, jusque-là délaissée, revêt le visage d’un nouvel Eldorado et se trouve au cœur des enjeux énergétiques.
Du sud de l’Aral à la Turquie orientale, Sylvain Tesson a suivi, à pied et à vélo, ce nouveau réseau de pipelines : le road-movie de l’or noir des steppes.

Sylvain Tesson

158 p.

Editions J’ai Lu

Les grandes lattitudes

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Je reviens avec un autre périple de Sylvain Tesson et Thomas Goisque, toujours chez les Éditions J’ai Lu, cette fois aux pays de l’or noir. Même édition, même présentation, même photos, même s’il faut l’avouer les images de stations gazières et pétrolières recèlent un charme plus confidentiel que celui de la route de la Soie et de ses paysages âprement authentiques de l’Asie centrale. Cette fois-ci, ses projets leur font traverser les steppes asiatiques du sud au nord, de gazoduc en oléoduc afin de comprendre les enjeux écologiques mais surtout humains qui entourent l’exploitation du pétrole et son exploitation irraisonnée par l’occident, les États-Unis, l’Europe sans oublier les pays émergeants, et densément peuplés, qui réclament leur part. Rappelons d’abord que Sylvain Tesson et Thomas ont effectué le périple il y a maintenant quinze ans, entre juin et septembre 2006, les chiffres sont donc dépassés, mais les réalités écologiques sont les mêmes, sinon pires.

Sylvain Tesson et Thomas Goisque

L‘intervention de Thomas Goisque est ici particulièrement essentielle et bienvenue, le photographe restitue toutes les installations, qui n’ont pourtant rien de bien glamour, avec une beauté insoupçonnée que lui confère l’œil de l’artiste : telle la photo des compresseurs de gaz sur une exploitation Ouzbèke, qui prend des reflets étrangement rosés à la lumière du soleil couchant ou celle de la traite d’une chamelle. Sans oublier les images de ces travailleurs, qui suent de chaleur et de fatigue sous le soleil tapant. Si les bagnes ont disparu, cest installations ne sont pas loin d’en être un parfait ersatz pour ces ouvriers surexploités. C’est une poésie visuelle qui adoucie la rudesse de ces installations métallifères, en particulier les rangées de derricks, qui plombent tristement les paysages asiatiques tout comme les foreuses vident leur sous-sol.

Le ton de Sylvain Tesson est bien différent de celui qu’il emploie Sous l’étoile de la liberté, c’est en quelque sorte une mise en accusation du comportement irresponsable de l’Homme vis-à-vis de la Terre son hôte, puisque la découverte de visu des (sur-)exploitations pétrolifères entraînent chez l’auteur un sentiment de gâchis, pour rester modérée. Passant outre le fait que ces installations de fer dénaturent des paysages et habitats, Sylvain Tesson insiste à de multiples reprises le fait que ces foreuses pompent le sang de la Terre jusqu’à épuisement. Sylvain Tesson pointe du doigt l’importance géostratégique des énergies pour la Russie même qui tient sous son joug toutes les anciennes républiques soviétiques, exerçant sa domination comme un vrai despote comme au bon vieux temps de l’union soviétique. Il ne se prive jamais d’une bonne pique assassine à l’égard de ces nouveaux riches, nouveaux russes ou nouveaux Kazakhs, qui profitent de l’explosion de leur richesse pour se faire grassement plaisir.

Quiquonque s’interesse aux enjeux energetiques de la planète ne peut faire l’économie d’une visite sur les rivages de la mer d’Aral. L’endroit manifeste l’avidité des hommes, cette propension à tenir la nature pour un garde-manger.

Beaucoup de détails géopolitiques émaillent ce récit, sur les stratégies énergétiques des pays d’Asie centrale, qui ne m’ont pas forcément passionnée il est vrai, dans cet ouvrage-là j’ai trouvé les photos beaucoup plus percutantes que le texte : celui-ci énumère beaucoup de détails techniques, des poncifs sur la situation écologique de la Terre, que l’on entend plusieurs fois par jour maintenant que les présidentielles sont proches. Le véritable coup de poing de ce livre ce sont les photos qui montrent des installations vieillissantes, fuyantes, rouillées, sordides qui hantent la mer Caspienne et tout autre territoire riche en gaz et pétrole. C’est l’occasion d’évoquer ces pays qui sont en train d’émerger, dont l’Azerbaïdjan, avec ces villes, Bakou, où se côtoient une population hétéroclite, qui se partage entre conservatisme religieux et modernité ostentatoire, et ce groupe de favorisés qui s’épanouissent à la faveur des réserves de l’or noir exploitées et dont les fruits sont jalousement gardés par le cercle du feu président Aliev.

Malgré des explications qui parfois peinent à attirer mon attention, c’est un livre qui a son utilité : Sylvain Tesson rend compte du décalage entre cette Asie centrale, bien plus exploitée par un occident avide et insatiable alors qu’elle même, dans sa globalité, ne profite que peu du retour de cette richesse. Les images de ces paysans qui cultivent leurs champs de courges à grande peine, tandis que les oléoducs traversèrent leurs champs, enfouis à 1,50 m du sol, sont saisissantes. Le texte commence à dater, il faut en tenir compte lorsqu’on le lit, il a en effet publié en première édition en 2007, cela se ressent puisque l’auteur évoque avec sarcasme le refus de Bush Junior de transiger sur la consommation énergétique des Américains. Il me semble que le texte aurait pris une dimension autrement plus mordante s’il l’avait écris sous l’ère Trump, ou même actuellement.

Un des plus beaux moments du livre pour moi reste celui qui évoque le monastère d’Oliangi, et ses religieux, qui appartiennent à l’Eglise autocéphale géorgienne, dont le mode de vie autosuffisant contraste de plein fouet avec la surconsommation énergétique du reste de la société, usant et abusant du transport, de l’extraction, du raffinage du pétrole. Le mot de la fin, pas vraiment d’un optimisme forcené – on me pardonnera – je le laisserai à Sylvain Tesson et sur le constat quelque peu amer ressenti à la fermeture de ce titre :

En un peu plus d’un siècle, l’humanité a consommé l’équivalent de mille milliards de barils de pétrole. Il en resterait en réserve à peu près l’équivalent. C’est-à-dire quarante ans de consommation au rythme actuel. En 2004, on utilisait six barils, pour un seul que l’on découvrait !

Devant l’or noir, nous sommes ignorants, ingrats et blasés.

Je suis parti aux sources de l’énergie pour me corriger.

Mon idée était aussi simple que le tracé d’un oléoduc : cheminer doucement aux côtés du brut. Retracer le trajet parcouru d’une goutte d’huile de roche de son lieu d’extraction jusqu’aux ventres des supertankers. Décrire la saga de l’or noir. Camper ses décors, ses acteurs, ses enjeux, sa grandeur et ses servitudes.

Restait à choisir un lieu.

La région caspienne est le théâtre de nouveaux appétits pétroliers, depuis que les gisements de cette mer fermée ont été reconsidérés à la hausse après l’effondrement de l’Union soviétique. La mer fermée s’est ouverte aux appétits mondiaux à partir de 1991. La fièvre d’un nouveau Grand Jeu énergétique (à l’image du Great Game politique de la fin du XIXe siècle) s’est emparée des pourtours caspiens. Russes, Chinois, Américains, Azéris et Kazakhs mènent autour de la mer la danse de la convoitise. Là-bas, dans les steppes de l’Asie centrale, des compagnies internationales construisent des plates-formes pour puiser l’or noir. Des oléoducs strient la peau des déserts pour conduire le pétrole vers l’Etat le plus habile dans les négociations de partage.

Ces pipelines m’invitaient à de mythiques trajets, à travers des géographies tourmentées et des pays explosifs : steppes peuplées de nomades, littoraux caspiens oubliés du monde, montagnes caucasiennes, plateaux anatoliens, rivages de la Méditerranée orientale.

Pour aller plus loin dans la collection Les grandes latitudes

Alexandra David-Néel fut la plus grande exploratrice du XXᵉ siècle et l’une des plus grandes voyageuses de l’histoire.
Née en 1868 en la région parisienne, elle s’illustra comme cantatrice, journaliste, franc-maçonne, féministe, conférencière, orientaliste et bouddhiste.
Passionnée par l’Orient et les voyages, elle sillonna d’abord l’Europe et l’Afrique du Nord avant de partir pour l’Asie. Après de longs séjours au Sikkim, en Inde, au Japon et en Chine, elle accomplit un véritable exploit au Tibet : en 1924, après une randonnée périlleuse, elle fut la première Occidentale à entrer dans Lhassa, la capitale alors interdite aux étrangers.

S’éloigner de toute civilisation pour éprouver la beauté fascinante des terres sauvages du Grand Nord ; connaître le bonheur de glisser sur les glaces en traîneau à chiens…
Cette aventure, Nicolas Vanier en rêvait depuis longtemps. Avec Diane, sa femme, il a un jour décidé de la tenter. Et de faire cet extraordinaire voyage avec leur fillette, Montaine, qui devient aventurière de l’extrême à l’âge de deux ans. Une initiation à la vie, grandiose et unique.

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