Villebasse

#blog-littéraire #chronique-littéraire #anna-de-sandre #villebasse #la-manufacture-des-livres #littérature-française

Au cœur d’une vallée s’élève Villebasse, entrelacs de rues centenaires où s’entassent bicoques et immeubles, comme partout ailleurs. Depuis quelques années, sans que personne s’en inquiète, une étrange lune bleue vient éclairer le ciel. Ceux qui arrivent ici en repartent rarement, restreignant leurs existences à l’enceinte de la ville. Villebasse est leur horizon et leur malédiction. C’est au commencement de l’hiver que Le Chien arrive en ville. Il rôde de parcs en ruelles, partageant tour à tour la vie des uns et des autres, tantôt protecteur, tantôt justicier.

Anna de Sandre

217 p.

La manufacture des livres

Ma Note

Note : 2 sur 5.

Il s’agit de mon deuxième roman de cette exploration de la rentrée littéraire : Villebasse est le premier roman d’Anna de Sandre publié par La manufacture de livres. Anna de Sandre est libraire, elle est déjà l’auteure de fiction jeunesse sous le nom de plume Anne Pym. La couverture est presque unicolore et correspond parfaitement au contenu de ce roman assez déconcertant, qui va fouiller les recoins les plus sombres du comportement humain. C’est l’un des romans les plus insolites qui m’ait été donné de lire, non pas par sa qualité littéraire, mais parce que je l’ai fini en étant loin d’être sure d’avoir compris ou l’auteure avait voulu en venir.

Tout se passe à Villebasse, une mystérieuse ville du sud-ouest de la France, qui exerce un pouvoir presque magnétique sur ceux qui l’habitent, car personne ne quitte Villebasse, personne n’y pense, personne n’ose. Je me suis attachée à essayer de comprendre ce qu’était cette ville, entachée d’une lune bleue à la nuit tombée et d’un chien qui tient lieu d’oracle qui vagabonde d’habitant en habitant. Tour à tour, on prend connaissance avec les individus qui composent Villebasse, qui n’ont rien d’autre de remarquable que d’être des individus tristement banals, dans leur médiocrité comme dans leur quotidien. Il y a même deux troquets, qui, comme ailleurs, réunissent tout-à-chacun.

Bien que le récit soit une narration pure, il contient certains éléments dramatiques qui évoquent Villebasse comme le théâtre d’une ville mythologique revu à l’ère du XXIe siècle : le chien annonciateur de malheurs, les chapitres dont les titres renvoient à des fonctions précises, la ville qui semble porter en elle une fatalité, certains prénom très poétiques – Rose, Coline – certain shakespearien – Iago. Si certains possèdent des noms, beaucoup ne sont désignés que par leur fonction – clerc, avocat, podologue – instaurant en Villebasse une cité ou chacun et chacune a son utilité propre. Ce sont des choses qu’avec une seconde et rapide lecture m’ont amené à considérer sous un autre jour.

Il y a autre chose que la simple volonté des hommes en action dans ce roman, qui est bien difficilement saisissable, une sorte d’action de dieu incarnée par ce Chien, dont la présence inexpliquée signe là l’aura de mystère dans laquelle baigne Villebasse, baignée par la lumière de cette lune mystérieuse. Oracle ? Main vengeresse ? Protecteur de la ville ? Peut-être un peu tout à la fois. Anna de Sandre possède une langue richement et soigneusement travaillée, qui ne laisse rien passée et qui lui permet de s’adonner à des petits jeux, comme cette assonance dans Samuel-Os-de-Seiche, des images plein le texte, qui quelquefois s’adonnent au vulgaire.

Ce qu’il y a de déroutant dans ce roman, j’en parlais au début, c’est qu’il n’y a pas vraiment de liens entre les chapitres, il n’y a pas de narration classiquement menée, rien qui ne relie les personnages entre eux si ce n’est le fait d’être des citoyens de Villebasse. Les codes du roman classique sont clairement mis à mal, c’est une question d’habitude, on s’y fait après quelques chapitres. C’est davantage une succession d’épisodes, et après du recul et de la réflexion, j’y verrais une nouvelle forme d’Epopée moderne, Villebasse m’apparaissant comme une autre forme d’Ithaque – avec son mentalist Patrick Jane et ses jeux modernisées Games of Thrones. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, dès ma première lecture par ailleurs, ce sont ces titres si caractéristiques de l’Epopée qui résument ainsi chaque épisode tels que « Jourdan sauve une bête peu ordinaire » ou bien encore ce titre versifié « Fauchée comme les blés/Colline fait les courses ».

Rose Mandel file au Ventre de l’ogresse

Mandel était le matronyme que Rose portait comme un fardeau, auquel était venue s’ajouter la maladie de Greg. Elle était née une nuit de pleine lune à la fin d’un hiver doux – si elle en croyait les photos des coupures de journaux des coupures de journaux dans les affaires que sa mère avait laissées en partant -, ce qui fut une bonne chose, car un technicien avait mis le compteur de l’appartement hors service l’avant-veille. Elle décida plus tard que cette lune lui portait chance et lui voua une passion injustifiée au regard des coups du sort que le destin lui envoya très tôt.

J’ignore si ma vision de ce bien énigmatique roman, qui possède sans aucun doute plusieurs niveaux de lecture, est juste ou erronée, mais l’image de ce chien vengeur sous la lumière irréelle de la lune me paraît plausible. C’est en tout cas une Épopée d’un nouveau genre, totalement démythifiée, désacralisée, une épopée profane, ou le vulgaire – dont l’argent – a tué le sacré et dans le sens ou il y a bien une église, mais totalement dépourvue de ses attraits de piété et de respect, la prière y est blasphémée, la foi est consumée, l’animal est la seule espèce encore digne de sens. Je suis incapable de dire que j’ai aimé ou que j’ai détesté ce roman, il m’a poussé dans une forme de réflexion plus que du ressenti, ce en quoi il se démarque parmi les autres titres publiés chaque année. Le choix de la couverture parle pour lui, c’est un récit somme toutes assez sombre, et qui même conserve indéniablement une certaine forme de poésie, même dans la vulgarité, c’est dire, ne laisse pas porte ouverte à des lendemains plus enchanteurs à Villebasse, ainsi qu’ailleurs. Puisque finalement Villebasse, ça peut être toutes les villes de France.

Coline s’éloigne de Mutter

Il y avait, sur le chemin de Douceborde, Le Chien que Coline croisait parfois et qui, pour peu que l’on montrât un peu d’interêt pour les bêtes – ce qui n’était pas son cas -, vous suivait du regard en souriant de toute sa gueule, assis sur l’herbe ou un tapis de feuilles, alors que son pelage crasseux, ses côtes apparentes et ses griffes cassées indiquaient qu’il était en souffrance, ou au moins négligé par son maître.

Coline savait qu’il souriait à ceux des passants qui aimaient les animaux, car des clients de Castagnon lui en avaient parlé en bien dans une discussion sur le temps qu’il fait.

A elle, il ne souriait pas, mais tendait son cou sans la perdre du regard tout le temps qu’elle mettait à le dépasser sur le chemin, et sans essayer pour autant de la suivre. Les soins de Jourdan l’avaient adouci au point que le gardien des enfers avait mué en gardien des Sept dormants d’Ephèse.

Il se postait toujours au même endroit, ou en tout cas s’y tenait les fois ou elle empruntait la voie bourbeuse qui traversait les champs de tournesols qui bordaient l’extérieur sud de Villebasse.

Coline vivait toujours chez sa mère. Elle n’avait pas de goût pour les décisions et souffrait d’une nonchalance qui l’empêchait d’agir autrement que dans l’urgence.

La rentrée littéraire de La manufacture des livres, c’est aussi

Alors que la guerre vient de s’achever, dans les décombres de Berlin, Käthe et Gerd s’engagent dans la construction du monde nouveau pour lequel ils se sont battus. Ils imaginent un programme où les enfants des élites intellectuelles, retirés à leurs familles, élevés loin de toute sensiblerie, formeraient une génération d’individus supérieurs assurant l’avenir de l’Allemagne de l’Est. Mais, à l’ouest du mur qui s’élève, une femme a d’autres idéaux et des rêves de renouveau. Liz, architecte américaine, entend bien tout faire pour défendre les valeurs du monde occidental. Quand Gerd rencontre Liz, la force de ses convictions commence à vaciller…

Le premier est un journaliste sans passion qui travaille pour un média de seconde zone. Vie de couple pourrie. Une fille née d’un plan d’un soir. Perspective zéro. Un bon joint au petit-déj pour oublier que les journées n’annoncent rien de neuf. Le second sort de taule. Des combines et suffisamment de relations pour faire son trou dans la cité. De la coke pour égayer le quotidien, juste ce qu’il faut. Les voici partis pour quelques jours entre potes à Malaga, histoire de décompresser. Le cadre n’est pas au top, mais au moins, ils pourront parler entre hommes. Et justement à Malaga, il y a quelques années, Farid a monté un sacré coup. De ceux qui réussissent et qu’on ne raconte pas trop. De ceux que les journalistes ne traitent pas et qui pourtant en disent long.

Dans ce premier roman, Matthieu Luzak nous propose d’accompagner dans leur virée des types qui racontent une société sans avenir et résolument contemporaine. À la manière des lyrics d’un rap cru, il nous livre les rêves et les drames des désillusionnés du XXIème siècle.

Un commentaire sur “Villebasse

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :