Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison

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Lala vit chichement dans un cabanon de plage de la Barbade avec Adan, un mari abusif. Quand un de ses cambriolages dans une villa luxueuse dérape, deux vies de femmes s’effondrent. Celle de la veuve du propriétaire blanc qu’il tue, une insulaire partie de rien. Et celle de Lala, victime collatérale de la violence croissante d’Adan qui craint de finir en prison. Comment ces deux femmes que tout oppose, mais que le drame relie, vont-elles pouvoir se reconstruire ?

Derrière des paysages caribéens idylliques, un intense et poignant portrait de femmes blessées depuis des générations. Renversant de grâce et d’émotions à vif, Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison est un premier roman déchirant qui prouve que l’héritage des traumatismes est tenace, mais pas toujours  irrémédiable.

Cherie Jones

362 p.

Calmann-Levy

How the one-armed sister sweeps her house, 2021

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

Me voilà partie pour le fameux Grand Prix des lectrices 2002 organisé chaque année par l’hebdomadaire ELLE, parrainé par les journalistes qu’on ne présente plus Olivia de Lamberterie et Clémentine Goldszal. Je fais partie du jury du mois de janvier, en attendant de recevoir les sept ouvrages que j’aurais à lire, commenter et noter, je m’occupe d’abord de lire les trois titres sélectionnés par mes collègues des mois antérieurs. Le premier de ces titres est ce dépaysant premier roman caribéen dont l’auteure, Cherie Jones, nous vient de La Barbade. Le prix commence de manière fort intéressante, les jurées de septembre ont eu le bon goût de sélectionner ce roman qui nous amène hors des sentiers battus de mes habitudes de lecture.

Les grandes lignes de la narration sont assez élémentaires, ce ne sont pas tant elles qui constituent l’intérêt du roman : il faut s’attarder sur les détails, les personnages, qui sont si peu existants sur cette île où le tourisme, principale source de revenus, les rend indésirables et transparents. Lala, Adan, perdus au milieu du couple dysfonctionnel qui est le leur, et qui n’a à vrai dire jamais fonctionné, tous ceux qui gravitent autour de leur présent, de leur passé. Et Mira Whalen, l’autre, qui a eu la chance de croiser les pas d’un homme qui lui a rendu la vie plus facile. Des survivants, de la rue, de la pauvreté, des abus, de l’abandon volontaire ou involontaire. Comment les drames auraient-ils donc pu être évités, dans ces vies si brinquebalantes, ceux qui ont totalement achevé l’équilibre si précaire qui maintenaient encore si délicatement le fil de leur vie. Ces tragédies tranchent à vif, froidement, le mince fil de chaire de ces femmes qui les reliait encore à une vie, même dure et pénible, qui avait un sens. Rien n’a été facile dans la ville de Lala, cette jeune barbadienne, de même que la lecture de ce roman n’a pas été légère, comme plombée par une boule dans le ventre, un nœud dans l’estomac, qui résiste à toute tentative de dénouement. Le titre, fable, est à mon sens une allégorie de la vie de Lala et a priori de nombreuses femmes de l’île qui doivent constamment sinuer entre argent facile, sexisme, abus, et se relever de leurs blessures.

La lecture est presque douloureuse, certes, cela est peut-être le signe que Cherie Jones a touché un point sensible, elle a visé juste, celui d’une vie, qui au-delà des paysages préfabriqués et photoshoppés d’océans d’une clarté bleutée surréaliste, de plages d’une uniformité étincelante, au sable soudé d’un seul bloc, expurgé de la moindre trace d’algue ou de vase verdâtre, certainement moins plaisante à découvrir, mais qui a pour elle la qualité d’être vraie et sans fards. Cherie Jones utilise cette langue barbadienne, à laquelle il faut s’habituer, mais qui ancre encore plus profondément les tragiques existences de Lala et celle de Mira dans le sol boueux de l’île caribéenne, qui étouffe ses habitants, son insularité offrant un paradis aussi fugace qu’irréel aux vacanciers, saisonniers, privant ses habitants d’une porte de sortie accessible. C’est une écriture abrupte, sans fioriture, plutôt saccadée qui se veut être le reflet de cette vie insulaire, des Lalas, toutes aussi dénuées d’agréments : le minimum vital se traduit par une prose minimaliste, désornementée.

La débrouillardise est la clef autant pour ces hommes que ces femmes : l’argent facile n’est qu’une question de survie et les rares tentatives pour gagner chichement sa vie sont bien souvent étouffées dans l’œuf par une sorte d’auto-sabotage. Le contraste entre La Barbade touristique et celle des insulaires est saisissant, et si la première n’est qu’un absurde et grotesque façade à une société ou il manque de tout : les cocotiers perdent tout leur charme et ne deviennent qu’un élément en carton-pâte des drames qui se jouent, à voix basse, en catimini, sur l’île, au delà de ceux qui ne font que passer.

On ne peut rester insensible à Lala, qui dans sa tête de toute jeune femme, n’a connu que de l’amour volé à sa chaire, des abus auréolés d’effluves de tendresse, qui se prend en pleine face cette ‘impasse qui est sa vie à la Barbade, et celle de toutes les autres femmes barbadiennes, natives et cloîtrées sur l’île. Cette mise en parallèle de la vie de Lala et de Mira est plutôt habile, si l’une a réussi à atteindre un meilleur niveau de vie, il n’empêche que la douleur de leur drame respectif est la même. Et que sa résilience ne se vit pas sur la Barbade, terre de tourisme, terre de passage, terre stérile.

Ses souvenirs la paralysent à tel point qu’elle ne pourrait pas bouger même si elle le voulait, si bien que lorsqu’un coup cinglant atterit en travers de son dos et qu’elle ouvre brusquement les yeux et la bouche, surprise par cette douleur qui arrive de nulle part, Lala se dit que la véritable source de douleur n’est pas l’acte de cruauté qu’on est en train de lui infliger mais le fait qu’elle ne pourrait rien faire pour l’éviter, même si elle le voulait.

Cherie Jones a su donner une autre vision de son île que celles de ces photos lissées, redessinées, recolorées, cartonnées, plastifiées de ces agences de voyage qui se haussent dans le classement de Google, un envers du décor peu reluisant, effrayant, saupoudré de misère et de drogue, rythmé par les coups de cocos, la violence du tourisme sexuel, des abus des époux, pères, grands-pères sur ces filles qui doivent s’inventer des issues de secours. Merci à Cherie Jones d’avoir braqué le projecteur sur elles, le temps d’un roman.

Si nous devions chercher Lala, et si nous devions la trouver au bord de Baxter’s Beach, les doigts enfouis dans les cheveux d’une inconnue, si nous devions nous approcher d’elle et lui demander si elle connaît le marginal crasseux qui traîne sur la plage, celui à qui nos femmes insulaires adressent des claquements de langue méprisants, celui au souvenir duquel s’accélère la respiration de certaines touristes, nous remarquerions d’abord la façon dont elle garde les yeux rivés sur la tête de sa cliente quand elle demande : « Qui ça ? » comme si elle cherchait délibérément à éviter notre regard. Ses doigts ne ralentiraient pas, non, ils continueraient à tresser les cheveux à une vitesse qui semble impossible à mesurer : dessusdessousdessusdessousdessusdessousdessusdessousdessus…

Nous pourrions, en premier lieu, décrire Robert Parris (alis « Tone ») en termes physiques, car son physique – locks couleur rouille mi-longues, taille moyenne, silhouette fine, dessinée et puissante – est ce qui saute d’abord aux yeux de ceux qui le regardent.

Nous expliquerions que nous parlons de celui dont les ongles de pied blanchis ont la couleur des vagues, dont la peau est saupoudrée de la fine poussière d’une vie gagnée sur la plage. Nous expliquerions que les cheveux sur sa tête et les poils sur ses mains ont pris la teinte dorée du soleil, si bien que, comme le soleil, nous ne le verrions pas si nous le regardions directement.

Quand Lala continuerait à feindre de ne pas le connaître, nous pourrions évoquer ses particularités – le collier à dent de requin qu’il porte autour du cou et qu’il embrasse avant de s’aventurer dans l’eau, la façon dont il frappe la surface de la mer de son Jet-Ski, faisant sursauter les baigneurs plus âgés et cracher des obscénités aux plus jeunes, l’habitude qu’il a de se pencher en avant et de presser les locks indisciplinées au sommet de son crâne pour les débarrasser de l’eau salée.

La rentrée littéraire des Editions Calmann-Levy, c’est aussi

La pluie de novembre fait déborder la Seine. Rien qui empêche Mikelangelo, admirable faussaire et grand peintre ignoré, d’achever le ciel de sa fresque: sa grande oeuvre accomplie trente mètres sous la colline de Passy et du Trocadéro.

Mais hasard et destin mettent sur son chemin un gamin, Hakim, et cinq girls, Maalu, Nadira, Sila, Antoinette, Lovette, égarées dans le ventre de Paris. En route pour la mythique Youké, elles cherchent une tanière pour se protéger de la pluie, du froid et des faiseurs-de-putes.
Voilà qui rappelle bien des choses à Mikelangelo. Voilà que soudain, dans son royaume labyrinthique du Dessous, il a une autre grande oeuvre à accomplir : offrir à ces errants une pincée de jours légers. Et, qui sait, peut-être même leur donner la force d’atteindre cette Youké de leurs rêves….

Traductrice, Emma habite un petit appartement avec Quentin, son fils de quatorze ans.
Lasse de traduire des bluettes sans intérêt, elle rêve d’écrire un grand roman. Au lieu de quoi, elle est contrainte d’accepter une mission de conseil chez Kiwi, un géant du web qui veut développer un logiciel de traduction infaillible. Mais  participer à cette entreprise, n’est-ce pas contribuer à rendre son métier inutile ?
Tandis qu’Emma se débat dans ses contradictions, Quentin, lui, vit des aventures extraordinaires dans les jeux vidéo et s’imagine en gameur de génie. Jusqu’au jour où il est contacté par une mystérieuse organisation qui veut s’attaquer à Kiwi.
Plongés chacun dans leur réalité, au risque de s’éloigner, mère et fils vont se retrouver réunis dans la «vraie vie» par des enjeux qui les dépassent…

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