De pierres et de sang

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Alexandre Jobin coulait des jours paisibles à Montréal avant qu’un fantôme du passé ne déboule dans sa boutique d’antiquités. Blessée et poursuivie par des hommes de main russes, Julie Dorval tape à sa porte, en souvenir de leurs années de service dans l’armée canadienne. Elle lui raconte le vol d’un lot de pierres précieuses qu’elle a planifié dans la mine qui l’employait et son besoin impérieux de rejoindre La Mecque des diamantaires : Anvers. Traquée par la police, ses patrons véreux et les services secrets français, elle s’envole pour l’Europe, laissant sur sa faim un Jobin prêt à reprendre du service. Heureusement, la DGSE pense qu’il est le seul à pouvoir la retrouver et l’envoie à sa recherche. S’engage alors une course effrénée, parsemée d’affrontements sanglants et de cadavres.

André Jacques

437 p.

Le mot et le reste

Druide, 2012

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Le grand prix des lectrices 2022 ELLE me donne décidément l’occasion de découvrir de nouvelles contrées littéraires : à ma grande honte, je n’ai jamais pris la peine de me pencher sur la littérature québécoise, qui pourtant a l’avantage de ne pas nécessiter une traduction même si le vocabulaire de ce français québécois y est sensiblement différent. De pierres et de sang nous introduit dans la principale ville du Québec, Montréal, ou l’influence américaine est forcément palpable. Aux premiers chapitres de ce livre, j’ai eu la sensation d’être parachutée au plein milieu d’un film d’action typiquement américain avec cascades et fusillades à gogo. Avec en plus des truands russes en guise d’homme à tout faire ou de garde du corps, le sujet est très vite à vif.

J’avais impatience de me confronter à ce français canadien, à ses tournures de phrase, son argot fleuri, je n’ai pas été déçue, cela apporte sans doute un attrait supplémentaire à ce roman. Les noms sont aussi très surprenants et chatoyants dès lors que l’on ne s’est jamais penché sur la question auparavant: Maurice Monfette, Lucien Latendresse, Florimond, Saint-Amant. Le récit est truffé d’anglicismes, j’imagine que c’est typique des romans québécois, ce qui pourrait défriser un lecteur français conservateur attaché à sa langue mais qui n’est finalement que révélateur de l’identité québécoise. Car, finalement, les différences ne sont pas tellement grandes entre nos deux français : ces anglicismes nous rappellent que nous nous trouvons dans un pays ou deux langues se côtoient et coexistent.

C’est un roman canadien dans le mesure où le grand nord du pays est partie prenante de l’intrigue : on se concentre souvent sur les canadiens-français en oubliant bien injustement les peuples autochtones, autrement appelés Amérindiens, et plus particulièrement les Inuits dont il est précisément question ici. Mais André Jacques en a également fait un roman d’envergure internationale : on fuit, on poursuit, on se cogne, on espionne, on trahit, on tue, jusqu’à Anvers évidemment, le cœur de l’industrie diamantaire, et jusqu’à notre capitale française. Au milieu de cette course effrénée aux pierres précieuses entre Amérique du Nord et Europe, l’auteur entrouvre une petite porte sur le côté grand nord du Canada, Yellowknife, capitale des territoires du Nord-Ouest située à environ cinq cents kilomètres du cercle arctique, apporte un vent de fraîcheur à ce roman qui penche tout de même du côté superproduction américaine survoltée. André Jacques a su représenter la mixité des identités qui constituent la province du Québec, et plus globalement le Canada.

Les forces de l’ordre québécoises ne chôment pas : dès lors qu’on s’est habitué aux divers acronymes (Je me suis allègrement emmêlée les pinceaux entre le SPVM montréalais et le GRC national, gendarmerie royale du pays) qui distinguent les différents organes du corps judiciaire, les rebondissements incessants et menés tambour battant nous emporte dans un enchaînement de péripéties, d’où l’on a peine à reprendre son souffle. Ce roman est donc mené à un rythme haletant, plus soutenu en tout cas que les polars que je lis habituellement, pour moi il se situe d’ailleurs entre le polar et le roman d’espionnage, d’action.

Ce n’est clairement pas un roman désagréable à lire, d’autant que l’auteur utilise toutes les ficelles pour tenir en haleine l’intérêt du lecteur : des personnages solides, avec un fort caractère, une intrigue qui se joue en local comme à l’internationale, coups de théâtre, trahisons. Alexandre Jobin tient parfaitement son rôle de retraité des forces armées canadiennes reconverti en tranquille petit antiquaire – même jusque dans le choix des professions, André Jacques a su rajouter le petit plus de charme qui donne du relief au roman -, secondé par une ex-collègue prise dans les filets d’une fuite et d’un vol insensés et voués à néant dès le début. Évidemment, l’univers du diamant est attrayant, fascinant, car auréolé du mystère dans lequel il baigne forcément. On y apprend en outre quelques informations non négligeables sur l’univers des pierres précieuses, et notamment son extraction, au cœur des conflits armés de moult pays africain : je pense ici au processus de Kimberly et à la géopolitique africaine. Mais s’il n’y avait pas eu cette touche de pittoresque qu’apporte la langue québécoise, je ne suis pas certaine que j’aurais autant accroché au récit. Sans doute pas.

Vous savez, sergent, l’industrie diamantaire est un monde à part, un milieu fermé et relativement restreint. Les gens s’y côtoient et s’y connaissent comme dans un vieux club anglais. Tout s’y sait et tout repose sur la confiance. Vous serez sans doute surpris d’apprendre que certaines transactions, qui représentent des sommes importantes pour un simple mortel, se règlent sur une poignée de main accompagnée du mot « Mazal! ». Ce qui signifie tout simplement « Bonne chance ». Et la transaction est conclue. Etonnant, n’est-ce pas ?

Néanmoins j’ai été totalement réceptive au charme de ce roman québécois, littérature que je découvre avec plaisir, et je comprends complètement la gageure qui a été celle de mes collègues de septembre, de départager ce titre-là et celui de Nathaniel Rich : ce sont des fictions aux antipodes l’une de l’autre qui à mon sens ne peuvent absolument être comparées mais qui possèdent, l’une comme l’autre, de belles qualités.

Ce dernier finit par se laisser tomber dans l’un des des deux fauteuils. Gisèle Châteauneuf resta debout. Latendresse sortit un carnet des sa poche, l’ouvrit et le posa sur le bureau.

Et maintenant, Jobin, tu vas nous dire tout ce que tu sais sur Julie Dorval. Tout. Nous, on t’a raconté une partie de ce qu’on sait. Je dis bien : une partie. Alors, à ta première menterie ou à ta première entourloupette, on te coince pour obstruction à la justice. Clair ? Et joue pas à l’anguille. A l’escouade, on en a par-dessus les bottes de tes collaborations… mitigées.

Mitigées ?

Niaise pas ! Je parle de ton habitude de retenir de l’information. D’en dire juste assez pour pas qu’on t’embarque et puis de garder le reste pour plus tard. C’est pas la première fois que tu joues dans nos pattes, Jobin. Alors, aujourd’hui, tu vides ton sac.

Le lieutenant Latendresse s’adossa à sa chaise, enleva son chapeau. La sueur perlait sur son front. Il sortit un mouchoir et s’épongea.

Donc, tu as vu Julie Dorval…

Oui. Vendredi soir. Elle est venue juste après la fermeture.

Quelqu’un d’autre l’a vue?

Non. Mes deux employés, Isabelle Bédard et René Thibault, venaient de partir et Chrysanthy n’était pas encore rentrée. Je faisais la caisse. Elle a frappé. J’ai ouvert.

C’est commode. Et elle te voulait quoi ?

Me vendre des sculptures inuites.

Le teint de Latendresse vira au pourpre..

-Ris pas de moi, Jobin. C’est pas le moment. Puis essaye pas de m’emmener à la pêche avec des histoires d’Esquimaux.

Inuits, Lucien. On dit « inuit », aujourd’hui. Et je te le jure, c’est vrai : elle voulait me vendre des sculptures inuites.

Plutôt heureux de l’air perplexe qu’affichaient Latendresse et Gisèle Châteauneuf, Alexandre poursuivit:

Pour aller plus loin

Au cours d’une descente au repaire de Grigor Chukaliev, un caïd de la mafia russe, le SPVM saisit deux tableaux d’un maitre de l’art contemporain qui, au moment de l’expertise, se révèlent des faux. Et l’un d’eux a été vendu par l’antiquaire Alexandre Jobin. Quelques jours plus tard, un cocktail Molotov éclate dans la vitrine de sa boutique, tandis que le galeriste qui a vendu la seconde toile est retrouvé assassiné. Pour éviter d’autres représailles et pour sauver sa peau, Alexandre décide de remplacer le faux tableau par un vrai. Il part alors à la recherche du peintre des oeuvres originales, Jordi Carvalho, un artiste catalan qui semble avoir disparu de la circulation depuis plus de dix ans. De Montréal à Barcelone, puis à Paris, cette quête ne sera pas de tout repos pour Alexandre. Heureusement, entre les séquelles du passé et les cauchemars qui le hantent, un ange sombre veille sur lui…

Une opération visant à démanteler un réseau de trafic d’armes et d’œuvres d’art tourne mal… Un officier du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) trouve la mort lors de ce dérapage. Le SCRS place alors ses espoirs en Alexandre Jobin, antiquaire et retraité des services secrets de l’armée canadienne. On souhaiterait qu’il reprenne les rênes de la mission. Alexandre, d’abord réticent, se retrouve vite plongé dans une enquête qui dépasse les frontières canadiennes, alors que tout indique que le chef de cette organisation criminelle n’est nul autre qu’un ancien ennemi auquel il a eu affaire à l’occasion d’une mission militaire menée quelques années plus tôt dans les Balkans. De Montréal à l’Italie, puis à la Croatie, accompagné de partenaires de confiance, notamment de la sulfureuse Pavie, il s’engage dans une quête effrénée qui le mène tout droit aux gouffres du Karst et l’oblige à affronter les démons de son passé.

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