Oiseau

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2048. Heidrun s’adresse à sa fille : en tant que première enfant née sur Home, elle incarne l’avenir des hommes sur cette planète. C’est là que se sont installés les passagers de l’expédition UR après avoir quitté la Terre, à bout de ressources. Mais la vie n’a rien à voir avec celle qu’ils ont connue : le climat est rude, la temporalité différente et aucun son ne parvient à percer le lourd silence qui règne là. Heidrun confie à sa petite le rôle de l’oiseau, celle qui saura les guider tous vers la lumière.
2147. Un siècle plus tard, la poignée d’hommes qui survivent difficilement sur Home rendent tous les jours hommage à leurs ancêtres, les pionniers. Mais un jour, leur quotidien est bouleversé par l’arrivée d’un vaisseau à bord duquel se trouve une équipe venue de la Terre. Tout le monde ne voit pas d’un bon œil cette intrusion : ces étrangers apportent-ils un nouvel espoir ou leur venue signera-t-elle la fin de la petite communauté ?
Quel genre d’avenir nous attend si nous quittons la Terre ? Quels seront nos plus grands défis ? Les conditions de survie difficiles ou la nature humaine ? Telles sont quelques-unes des questions à la base de ce roman contemplatif qui saura donner goût à la science-fiction aux plus réfractaires.

Sigbjørn Skåden

135 p.

Agullo Editions

Fugl, 2019

Ma Note

Note : 3 sur 5.

S’il y a bien un titre qui m’a prise au dépourvu ces derniers temps, c’est cet étrange et troublant Oiseau de l’auteur norvégien Sigbjørn Skåden : je ne lis pas souvent de science-fiction, ce n’est clairement pas mon genre de prédilection,en revanche c’est un genre qui pose beaucoup de questions, pertinentes. Elle a l’avantage de contenir peu ou pas de frontières narratives pour imposer des limites à son récit, qui dispose donc de toutes les libertés in-imaginables et prendre toutes les directions possibles. Sigbjørn Skåden est un auteur norvégien de langue same (de Laponie), dont il est le fervent défenseur et promoteur. Et à lire le Wikipedia norvégien, il a l’air de posséder une imagination débordante et très créative, puisqu’il est l’également l’auteur d’un roman qui prend pour forme un blog nommé Ihpil, totalement fictif, d’une jeune femme sami retrouvée morte au fin fond d’une piscine.

L’auteur pousse le champ de ses expérimentations littéraires encore plus loin avec Oiseau tout en se démarquant de ce qu’il a pu écrire précédemment, notamment de ses poèmes épiques. Cette couverture d’un dégradé de couleurs totalement hypnotisant presque surnaturel, et illustrée en fond de la trace d’un véhicule spatial s’éloignant de la terre, donne le ton à ce court roman extra-ordinaire. Celui-ci nous donne rendez-vous en terre ou plus exactement en planète inconnue, quelques décennies plus tard, en 2048 et en 2148, alternativement. Si 2048 marque l’année ou le premier bébé voit le jour sur Home cette planète étrange, 2148 voit l’apparition de ceux qui ont désormais colonisé ce nouveau lieu de vie d’êtres humains débarquant droit de la Terre. La première chose qui m’a interpellée de ce récit, c’est le fait de ne jamais vraiment savoir ce qui est arrivé à notre planète qui a pu pousser les hommes à la quitter, néanmoins le panel des éventualités est assez large compte tenu de sa situation actuelle. L’auteur nous propose une vision de cet avenir, forcément sinistre, puisque la galaxie ne propose aucun autre endroit plus favorable à l’homme. La narration par elle-même n’est pas davantage porteuse d’espoirs, même si une petite lueur d’espérance pointe à travers ces avancées technologiques qui lui permettent de survivre tant bien que mal sur la planète. Cela provoque un fort sentiment de malaise, une angoisse presque suffocante et délétère d’observer ces êtres humain évoluer sur un terrain sans avoir jamais vu leur planète d’origine alors même que Home est plus un abri, une sorte de bunker gigantesque, un endroit de survie qu’une terre d’accueil. Rien que ce nom Home est totalement désincarné et factice. Cette forme de survie, cette vie qui n’a d’autre but que de prolonger la factualité de son existence comme de sa fatuité, au détriment de sa qualité. Est-ce que l’effort en vaut la peine si tout ce qui caractérise l’humain, dont ses facultés cognitives, s’éteint peu à peu, écrasé par la rigueur de ces conditions de survie, et pour en être réduit à ne remplir que ses fonctions basiques, se nourrir, se reproduire, une simple fonction d’animal, mu par ce profond instinct de survie.

Il y a un peu de ces romans d’anticipations dystopiques, qui émane d’une situation présente réelle, ancrée dans une situation climatique préoccupante face à une implosion démographique exponentielle et des conflits aux armes de destruction massive ou non qui se multiplient. C’est un texte dépouillé de la moindre trace de sensation et sentiment, il emprunte une ligne directive froide et dénuée d’affect « l’homme », « la vieille femme », « les gens », « la mère », « un groupe » enfin presque. Il reste encore quelques traces d’un attachement proprement terrien à travers les liens filiaux qu’entretiennent encore certains. Les hommes deviennent des robots, c’est glaçant. L’auteur tâte du doigt l’inanité de vies sans savoir, but ni plaisir, sans distinction, c’est assez incommodant d’autant que l’écriture sèche et presque brute restreint davantage notre bulle d’oxygène.

Si la science-fiction propose pour l’instant des issues tout à fait fictives et improbables à l’avenir de l’homme, l’auteur met le doigt en plein là où ça fait mal en brandissant la menace d’une extinction de l’homme, qui passe par l’annihilation de toutes ses capacités intellectuelles, émotionnelles et cognitives. Au même titre que les espèces animales n’ont guère de places dans cette machine bien huilée qu’est en réalité cette colonie : l’oiseau est un animal très symbolique, qui pourrait représenter le nouvel élan de l’homme sur la planète. Si, seulement, l’Homme n’était pas l’Homme.

Pourquoi vous avez choisi cette planète, et pas une autre ? demande la fille. Vos pionniers, je veux dire.

Parce qu’ici, il y a de l’eau, répond l’homme. D’après leur témoignages, cette planète isolée dans le système solaire apparaissait comme la meilleure chance de survie.

Pour nous aussi, dit-elle. Et on vous a trouvés. La preuve que la vie est possible par ici.

Ce récit me laisse face à une drôle de sensation, un brin oppressante, issue de cette confrontation face à un monde totalement préfabriqué et artificiel, à moitié gouverné par des automates bêtes et méchants, dépourvu de tout affect, de tout plaisir. Ces artifices permettent à l’homme de survivre dans cette bulle aussi fragile qu’éphémère et qui pourrait éclater à tout instant étant donné la rigueur du climat en général, et des vents en particulier. Quel genre de vie est-ce donc de passer ses journées à cultiver une terre pratiquement stérile et de ne s’accoupler que par instinct de reproduction. Réduits à l’état de prisonniers par ces conditions naturelles et cette absence d’atmosphère et d’oxygène, Oiseau offre une belle réflexion sur la (im)possibilité de s’affranchir de la terre, quand on sait à quel point l’homme et elle sont si intimement liés.

Après le repas, les trente-trois sont conduits dans une salle avec un groupe d’étrangers. Ils prennent place dans un petit amphithéâtre, face à un grand écran. L’un de leurs hôtes leur sert à boire, une sombre boisson chaude. Un ingénieur de Canorus va à l’avant, et une présentation apparaît à l’écran, une série d’images d’endroits inconnus, de couleurs inconnues, personne ne dit rien, les nuances de la Terre vacillent sur les visages des trente-trois.

Nous savions tout d’UR jusqu’à ce que la flotte disparaisse dans les ténèbres de la communication. Pour nous préparer, nous avons étudié la phase préliminaire du projet UR, notamment les aspects techniques, mais surtout psychologiques, les programmes d’annihilation de la nostalgie et d’éradication de la mélancolie nous ont servi de base. Mais naturellement, nous ne savions rien de ce qui était arrivé à Montifringilla et autres escadres de la flotte UR, une fois que le contacte avec la Terre avait été rompu. Les théories affirment, pour la plupart, que l’expédition est allée droit vers la mort, que les ténèbres représentent les confins d’une possible existence humaine.

L’ingénieur respire un instant et laisse les images de la Terre défiler librement, avant de poursuivre :

Nous sommes de ceux qui croyaient autre chose.Comme Tancred l’a dit, le projet UR avait de quoi attirer, avec toute son aura. Non pas la perspective d’établir des colonies interplanétaires, c’était déjà fait depuis longtemps, et même déjà en cours sur les planètes les plus proches quand vos ancêtres sont partis, mais l’idée de recommencer à zéro, par nous-mêmes, sans influence terrestre, sans aucune communication possible. Une page blanche, une société libérée de l’attraction de la Terre, si je puis me permettre une petite métaphore.

Pour aller plus loin

Ma Chronique

Dans l’Europe des années vingt et trente, déchirée par la guerre et la révolution, la jeune Berta Altmann cherche sa voie en tant qu’artiste et femme indépendante. Sa quête de liberté la conduira de Vienne à l’école du Bauhaus, de Weimar à Berlin et jusqu’à Prague. La rencontre et la confrontation intellectuelle avec les artistes célèbres de son temps la poussent à s’engager dans des combats esthétiques et idéologiques à une époque où ceux-ci représentent des choix à la vie à la mort.
C’est à travers l’objectif d’une équipe de tournage israélienne du XXIe siècle que nous découvrons le destin extraordinaire de cette femme, inspiré de l’histoire réelle de Friedl Dicker-Brandeis, qui enseigna l’art aux enfants dans le camp de transit de Terezín et fut assassinée à Auschwitz. Sans le savoir, les documentaristes, aidés par la petite-fille d’une de ces enfants, libéreront la force obsédante de secrets longtemps enfouis.

Ma Chronique

Un grand roman noir sur les coulisses du sommet altermondialiste de Gênes en marge du G8, et comment les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se sont soldés par la mort de Carlo Giuliani, abattu d’une balle en pleine tête par un carabinier.
Gênes, juillet 2001.
Les chefs d’État des huit pays les plus riches de la planète se retrouvent lors du G8. Face à eux, en marge du sommet, 500 000 personnes se sont rassemblées pour refuser l’ordre mondial qui doit se dessiner à l’abri des grilles de la zone rouge. Parmi les contestataires, Wag et Nathalie sont venus de France grossir les rangs du mouvement altermondialiste. Militants d’extrême-gauche, ils ont l’habitude des manifs houleuses et se croient prêts à affronter les forces de l’ordre. Mais la répression policière qui va se déchaîner pendant trois jours dans les rues de la Superbe est d’une brutalité inédite, attisée en coulisses par les manipulations du pouvoir italien. Et de certains responsables français qui jouent aux apprentis-sorciers.
Entre les journalistes encombrants, les manœuvres de deux agents de la DST, et leurs propres tiraillements, Wag et Nathalie vont se perdre dans un maelstrom de violence. Il y aura des affrontements, des tabassages, des actes de torture, des trahisons et tant de vies brisées qui ne marqueront jamais l’Histoire. Qui se souvient de l’école Diaz ? Qui se souvient de la caserne de Bolzaneto ? Qui se souvient encore de Carlo Giuliani ?

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