Le serment

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Ils sont trois : un cadavre lardé de coups de couteaux, un suspect errant les mains ensanglantées à l’orée d’un bois et l’inspecteur chargé de l’enquête. Trois hommes qui se connaissaient ; trois hommes qui ne s’étaient pas revus depuis vingt-sept ans.

Dans les prairies sauvages de Finlande ressurgissent les souvenirs d’une enfance féroce, les traumatismes du passé. Entre les courses à vélo et les vengeances à la sortie de l’école, un pacte de sang a été scellé. Un serment qui se rappellera à eux trois décennies plus tard.

À la façon d’un Ron Rash ou d’un Dennis Lehane plongés dans une Finlande rugueuse, Arttu Tuominen offre un roman noir puissant, hanté par les conflits entre morale et poids du secret.

Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Arttu Tuominen

400 p.

Éditions de La Martinière 

Verivelka, 2019

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Arttu Tuominen est un auteur de roman policier finlandaisLe serment, premier titre d’un cycle de romans nommé Delta, est également son tout premier titre publié en France aux Editions de la Martinière. Si, effectivement, il semble bien entamer chez nous sa carrière d’auteur par cette publication, il est déjà l’auteur d’une autre série, Labyrinth, dont la traduction sera peut-être un jour disponible. Dans ce roman liminaire de cette nouvelle série, le détective est un homme issu de la police de Pori, dixième plus grande ville de la Finlande, au sud-ouest du pays, le commissaire (intérimaire) de l’unité d’investigation judiciaire Jari Paloviita, malentendant, équipé d’un appareil auditif, époux fidèle, père de trois enfants. Arttu Tuominen a reçu le Grand Prix finlandais du meilleur polar 2020, est finaliste du très prestigieux « Prix Clé de verre 2021 » dont sont lauréats Stieg Larsson, Henning Mankell, Jo Nesbø ou Arnaldur Indridason.

Au centre de tout cela, Jari Paloviita donc : un homme amputé d’une partie de sa capacité auditive et de bien d’autres choses, que le récit exhumera au fur et à mesure. Si l’intrigue policière est le fil conducteur de cette histoire, bien sombre et trop réaliste, elle finit par impliquer de manière différente chacun des protagonistes empêtrés d’une façon et d’une autre dans cette vaste narration aux racines bien enchevêtrées : l’inspecteur principal Henrik Oksman et Linda Toivonen. Si la partie émergente de l’enquête semble s’appuyer sur une vague dispute d’ivrognes, la partie soigneusement enfouie quant à elle va chercher dans les profondeurs décennales du passé des individus concernés ainsi que celles du propre passé de notre commissaire, qui porte encore ses blessures d’antan. Voilà donc le premier opus d’un cycle, c’est important de le garder en tête puisqu’il a pour fonction essentielle d’amener, présenter et peut-être un peu fouiller les personnages. En particulier, ceux que l’on retrouvera dans les tomes suivants, dont, j’imagine les deux équipiers de la police de Pori, évoqués ci-dessus.

C’est un premier tome qui démarre sur les chapeaux de roues puisque l’auteur a décidé d’y impliquer le prétendant commissaire lui-même, manœuvre qui permet d’effectuer une exploration minutieuse de son passé fiévreux, tumultueux et douloureux, qu’il a laissé loin derrière lui en franchissant les marches de sa carrière au sein de la police républicaine. Ce qui permet, en outre, d’effacer très efficacement les frontières entre la loi et l’illégalité, qui est d’autant plus dangereux lorsqu’on est soi-même un représentant officiel des autorités. Ce récit émet un léger parfum de transgression, prenant ce chemin tortueux hors des clous, notre policier est muselé par son passé, ses drames prennent un tour qui ne rentrera pas dans l’ordre dans ce tome, autant que vous le sachiez. Il n’y a donc pas tous ces artifices propres aux romans policiers, qui confèrent suspens, appréhension, interrogations dans l’attente du rebondissement final ; ou du moins, ce n’est pas celui auquel vous pouvez vous attendre.

C’est un roman qui endosse rapidement toutes les caractéristiques du polar mais qui finit par les surpasser. Ce récit emprunte le côté enquête policière davantage pour donner une structure au texte, lui permettant une étude sociologique des protagonistes. Si rebondissements il y a, ce ne sont pas ceux auxquels on s’attendrait dans un texte pur polar. Bridez donc vos attentes si vous avez dans le visu un énième polar nordique. Car l’enquête ne pose pas de problème, elle est vite résolue, il s’agit davantage à mon sens d’excaver et analyser le sédiment de cette société finlandaise, qui connait les mêmes maux que ses partenaires européens ou internationaux : harcèlement, maltraitance, alcoolisme, violence, individualisme qui façonnent des individus, victimes, bourreaux, quelquefois les deux en même temps, finalement inaptes à une cohabitation pleine et sereine. Les destins de trois adolescents qui se retrouvent à l’âge adulte au milieu de cette histoire de meurtre mais dans des positions totalement différentes est le reflet de cette inégalité, qui relève presque de ce déterminisme social un mélange de d’opportunités et de capacités à aller de l’avant, et surmonter ses blessures, maux ou faiblesses. Malgré tout, on remarque que ce sont toujours les mêmes schémas qui se mettent en place où les mieux lotis s’en sortent, les derniers de cordée échouent sur les bas cotés. S’il y a bien une chose qui persiste à briller au milieu de cette noirceur, c’est le lien d’amitié qui persiste entre deux hommes séparés par la barrière du statut social.

Cette association de cynisme et de fatalisme, reflet d’une perte de repères qui mène à un chaos sans nom, donne à ce roman noir une profondeur que j’aimerais beaucoup continuer à explorer : personne n’en sort vraiment indemne, ni même le concept de justice dès lors que celui-ci est biaisé par des actes jamais jugés par ces individus qui les commettent, qui réussissent à passer à travers les mailles du filet. Pas même les pseudo-justiciers qui font offices d’officiers de police. Les apparences se réduisent comme peau de chagrin à une simple photo de famille protégée par son cadre de verre froid et impersonnel, aux sourires un peu trop forcés.

J’ai hâte de voir la direction que vont prendre les vies des personnages introduits par l’auteur, dont les existences sont aussi cabossées que vulnérables, et dont ce lustre apparent est aussi vain que la plupart des relations qui lient les individus. Je crois que Arttu Tuominen  a encore de nombreuses choses à nous dévoiler, les coéquipiers Henrik Oksman et Linda Toivonen, dont les personnalités ont à peine été esquissées, cependant suffisamment pour ouvrir la voie à quelques spéculations. Dans l’attente de la traduction et de la parution du second tome.

-Beau travail, tous les deux. J’allais terminer pour aujourd’hui. On a l’identité du suspect ? Il se rappelle quand même son nom ?

-Antti Johannes Mielonen, né le 14 janvier 1978 à Pori. Il a un casier qui commence tôt et continue jusqu’à aujourd’hui. Enfant, il a été retiré à sa famille et placé dans un foyer. A l’adolescence, vols de voiture, menus larcins et bagarres. Premier séjour en prison pour mineurs à dix-sept ans, cinq fois mis à l’ombre à l’âge adulte. En tout, quatre ans et huit mois. Trois fois à Kakola dans les années quatre-vingt-dix, une à Sörnaïnen et la dernière à Köyliö pour une série de cambriolages. Il faisait partie d’une bande qui pillait des conteneurs dans un peu tous les ports de la côte. Mielonen a été le seul à se faire pincer, mais il a tenu sa langue et n’a dénoncé personne, ce qui lui a valu une double peine. Il est sorti en juillet. »

Jari Paloviita regarda Oksman. « Quel nom as-tu dit ?

– Antti Mielonen. Tu le connais ?

-Non », répondit Paloviita, le visage et le cuir chevelu parcourus de picotements. « Et la victime ?

-Rami Sakari Nieminen. Ca te dit quelque chose ? »

Paloviita secoua la tête et s’appuya à son dossier. Il transparaît soudain de tous ses pores, son visage le brûlait et un filet de sueur solitaire coulait le long de sa colonne vertébrale.

La rentrée littéraire 2021 des Editions La Martinière, c’est aussi

Fabrice est un lâche.
Plongé dans l’obscurité d’une salle de cinéma avec sa compagne, Juliette, il n’ose lui avouer ce qu’il a sur le cœur : il ne l’aime plus, depuis longtemps. Après le film, se dit-il. Après le film…
Pendant la projection, une bande son surprenante se superpose à celle de la romance choisie par Juliette. Des détonations, comme des chapelets de pétard les jours de fête. Des spectateurs se lèvent et retombent au sol. Le corps troué par les balles. C’est une attaque terroriste. Cela dure quelques minutes. Cela dure une éternité.
Quand tout est fini, Fabrice est l’un des rares à se relever. Juliette gît à ses pieds.

Commence l’errance de celui qui survit quand tant d’autres sont morts.
Celui qui trouve dans la policière qui l’interroge une lumière à laquelle se raccrocher. Une histoire d’amour comme une pulsion de vie.
Mais le sort s’acharne et la policière disparaît. Il est le principal suspect.
La cavale s’impose, même si Fabrice ne sait rien : ni comment on fuit, ni comment on se cache. Surtout pas comment on recompose une vie explosée.

Au sein de la famille Dugast, la vie est régie par les habitudes et… les suicides. Depuis plusieurs années les Dugast se donnent la mort les uns après les autres. Coïncidence ? Peu probable. Tradition farfelue ? Peut-être. Art de mourir ? Certainement.
Il y a d’abord le grand-père retrouvé pendu dans la grange, puis la grand-mère qui a foncé dans un arbre en voiture, et ainsi de suite. Tous passent à l’acte, du plus vieux au plus jeune, avec en bout de file : Christophe, le fils de dix-huit ans. Contrairement à sa famille, lui a choisi de vivre. Il rêve d’échapper à ce déterminisme. Mais où aller lorsque l’on ne connaît que le giron familial ? Faut-il vraiment fuir son milieu pour réussir à exister ?

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