Désobéissantes

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Libres, indociles et indépendantes : les Désobéissantes font voler en éclats les préjugés ! Ces histoires féministes d’Europe de l’Est, inspirées de faits et personnages réels, dressent des portraits de femmes qui ont brillé. Comme Vera Atkins, l’espionne qui a participé au débarquement en Normandie en 1944 et a reçu la Légion d’honneur ; ou bien Simona Halep, grande joueuse de tennis, classée numéro 1 mondiale en 2018 ; mais aussi Lizica Codreanu, à l’avant-garde de la danse contemporaine, qui a ouvert l’un des premiers centres de yoga à Paris en 1938 ; et encore Diana Dragomir, astronome-physicienne qui a découvert une planète, merci du peu ! Parmi tant d’autres… À travers des récits pleins de poésie et superbement illustrés par une dizaine d’artistes roumaines, nous est contée une nouvelle vision, plus intime et plus à l’est, de l’histoire de la femme, qu’elle soit artiste, entrepreneuse, exploratrice, qu’elle décide d’écrire ou encore d’escalader l’Everest, toujours en réinventant son destin et sans se soucier de ce que peuvent en penser les hommes, les femmes, la société.

Adina Rosetti – Victoria Patrascu – Iulia Iordan – Laura Grünberg – Cristina Andone

172 p.

Belleville Editions

Nesupusele, 2018

Ma Note

Note : 5 sur 5.

En cette fin d’année, les sorties se comptent sur les doigts d’une seule main, si ce n’est des éditions spéciales, limitées. Il y a, cependant, Belleville Éditions qui ont sorti ce bel et atypique ouvrage : ce n’est pas un roman ni un recueil de nouvelles, le format de ces désobéissantes différent des titres habituels des Éditions nous met la puce à l’oreille, mais une véritable plongée dans la culture roumaine ET féminine, dans les destinées de ces femmes qui ont contribué à l’essor et au rayonnement de leur pays, et d’elle-même, tant au point culturel, intellectuel ou sportif.

Lorsque j’ai reçu ce livre, je me suis immédiatement mis à le feuilleter : chaque portrait de femme s’étale sur deux pages, l’une pour un texte – une narration d’une vingtaine de lignes sur un épisode de la vie de la femme en question et suivie d’une biographie succincte-, l’autre pour une illustration. Et je dois dire que, visuellement, cette première et rapide lecture du titre fait son petit effet, la première de couverture nous donne en effet un bon avant-goût de la richesse de ces dessins résolument engagés. Désobéissantes est avant tout un projet mené de front par les cinq auteures roumaines « dans le but de transmettre à la jeune génération l’idée qu’il est possible de rêver, de croire et d’aimer, sans avoir à en demander la permission. » Ces auteures font partie de l’association De basm, qui a porté les Désobéissantes.

Je parle d’engagement parce qu’on a affaire à des femmes, toutes pionnières et innovatrices dans leur domaine, qui ont apporté un souffle inégalée dans cette Roumanie sclérosée par des régimes dictatoriaux successifs entre 1938 et 1989. Comme il faut bien commencer quelque part, je parlerai en premier de celles qui portent un nom qui parlera au plus grand nombre, celui de Herta Müller, la lauréate du prix Nobel de littérature en 2009, celui de Nadia Comăneci, la célèbre gymnaste, pour laquelle j’ai une affection particulière à cause des souvenirs que j’ai d’elle depuis un film et de documentaires se basant sur sa vie, celle qui a amené la gymnastique roumaine à un niveau d’excellence inédit.

Ce grand et beau projet compte :

✮ 4 auteures

➥ Adina Rosetti

➥ Victoria Patrascu

➥ Iulia Iordan

➥ Laura Grünberg

➥ Cristina Andone

✮ 18 illustratrices

➥Bilyana Velikova ➥ Anca Smarandache ➥ Cristiana Radu ➥ Mihaela Paraschivu ➥ Xenia Pamfil ➥ Annabella Orosz ➥ Vero Neacsu ➥ Oana Maries ➥ Agnes Keszeg ➥ Zenko Karda ➥ Oana Ispir ➥ Irina Maria Iliescu ➥ Iulia Ignat ➥ Diana Grigore ➥ Anna Florea ➥ Cristina Cazacu ➥ Ana Calistru ➥ Adelina Butnaru

✮ 2 traductrices

➥ Sidonie Mézaize-Milon

➥ Oana Calen

Pour la France, Belleville Editions

➥ Dorothy Aubert 

Ni totalement biographique, ni totalement romancé, les auteures se sont inspirées et appuyées sur un épisode de la vie de chacune de ces femmes qu’elles ont décidé de mettre en lumière : mettant en exergue par la même occasion une page du patrimoine roumain.

Quelles femmes ?

Des artistes, mais aussi des présidentes d’association amatrices d’art, des musiciennes, actrices, des auteures, sportives, chirurgiennes, danseuse, sculptrice, directrice de musée, journaliste, professeure de philosophie, chercheuse, reporter, pianiste, architecte, prédicatrice, astronome, peintre, parachutiste, espionne, médecin, archéologue, officier, astrophysicienne, ingénieure, avocate, militantes, activistes et même des reines et princesses.

Prenons l’exemple d’une personnalité, celle de Miriam Răducanu, danseuse et chorégraphe roumaine, née en 1924. Elle a pendant longtemps enseigné la danse, notamment aux grands danseurs roumains et a fondé un projet théâtral hors du commun Les Nocturnes « , série de spectacles uniques et innovants qui associent musique, poésie et danse ». Le texte précède sa biographie s’étalant sur à peine cinq lignes et s’intitule Le salon magique : ce texte se découpe en trois parties dont chacune d’entre elle narre trois moments de la vie de Miriam Răducanu, trois moments importants ou à chaque fois elle se trouve dans un salon de danse, enfant, adolescente et adulte : élève puis professeure.

Le troisième salon est le sien. Elle a beau enseigner la chorégraphie et être sollicitée pour des récitals, personne ne lui offre de salles de répétition. Pourtant Miriam rêve de spectacles avec de la musique, de la danse et de la poésie pouvant émouvoir le public, le bouleverser, lui ouvrir l’esprit. Elle pousse la table contre le mur, déplace les chaises et gagne ainsi quelques mètres carrés ou elle peut créer, danser, répéter. Dans son salon défilent des acteurs, des musiciens, des danseurs, des jeunes talents qui cherchent leur voie. L’un de ses élèves s’appelle Gigi, c’est un gamin de quatorze quinze ans, pas plus, qui vit avec sa famille dans une cave. Un jour, Miriam frappe à sa porte et lui propose de travailler avec lui chaque soir, après l’école. Elle voit en lui le talent et l’imagination que d’autres ont vu en elle auparavant. Et son salon est ouvert à ceux qui savent qu’ils ne peuvent pas survivre sans art.

Je parlerai également du chapitre consacré à Gina Badescu, alpiniste roumaine, la première à avoir grimpé un sommet de plus de 8 000 mètres, le sommet Lhotse, quatrième plus grand sommet du monde. La partie narrative s’intitule Grimpe ton Everest ! Et recrée l’un des moments de son ascendance vers le sommet : l’effort, le dépassement de soi, l’épuisement, la solitude, la satisfaction.

Les narrations comptent quelques dizaines de lignes, le temps de s’attarder, d’expliquer l’accomplissement de ces femmes, cette force intérieure qui les a amené à s’inscrire dans l’histoire de leur pays, de la science, politique, sport ou des arts et de la femme. Je laisse le dernier mot à un extrait du préambule qui s’ouvre sur les portraits :

« Bien sûr, ces femmes-ci ne représentent qu’une partie de celles qui ont fait l’Histoire. La liste est ouverte à nos lecteurs et lectrices. Observez les passé, mais aussi autour de vous ! Surtout… osez ! Vivez pour faire partie d’une histoire, pas d’une parenthèse. Trouvez le miracle qui est en vous. Soyez… un conte de fées ! »

Vol dans la nuit

Le 18 juillet 1976, le monde s’est presque arrêté. Non, ce n’est pas une guerre qui a commencé, ce n’est pas non plus un volcan qui a explosé, pas plus que des extraterrestres ont atterri sur Terre. Quoi alors ? Qu’est-ce qui a abasourdi ainsi les gens ? Quel événement galactique les a scotchés devant leur téléviseur, à tel point qu’aux Etats-Unis, par exemple, il égala le record d’audience du premier pas sur la Lune ?

Celle qui a réussi cette performance, c’est Nadia Comăneci une gymnaste frêle, avec une frange et une queue-de-cheval, née à Onești, une ville quasi inconnue du nord de la Roumanie. Et le lieu ou se produisit le miracle, c’est les Jeux Olympiques de Montréal.

La salle du Forum de Montréal est archi pleine. Les yeux sombres de Nadia transpercent les barres parallèles, comme un toréador cherchant à amadouer le taureau. Brève montée sur la pointe des pieds, élan, trampoline. Barre du bas, élan, saut sur la grande barre. De la magie pure. Durant vingt secondes, pour tous ceux qui regardent, Nadia ressemble à une poupée attachée à l’appareil par un mécanisme invisible. Torsions, sauts, pivots, pirouettes aériennes, et pour finir saut dans le vide, bras écartés, comme un oiseau en quête de liberté. Atterrissage. Nadia reste immobile. Seuls ses bras levés rappellent le vol dont elle revient tout juste. Silence. Puis, comme l’ont dit les journalistes présents, les « chutes du Niagara se sont abattues sur la salle ». Applaudissements et cris de joie.

La rentrée littéraire 2021 de Belleville Editions, c’est aussi

Lorsque la famille Stuart emménage dans le quartier, les locaux l’observent : des oiseaux de mauvais augure… Arturo Stuart, le patriarche, prêtre charismatique et visionnaire, se sait investi d’une mission conférée par Dieu lui-même : bâtir un temple qui surpassera tous les édifices que Cuba a jamais comptés et faire de Cienfuegos une nouvelle Jérusalem.

Au pied de la cathédrale en chantier évolue tout un monde qui s’est construit dans la violence et le chacun pour soi. Les voix ardentes s’entremêlent et commentent la vertigineuse construction : gangsters, tueur en série, fantômes…

La Cathédrale des noirs est un conte moderne, à la fois sombre et grinçant d’humour, sans concessions, qui courtise le réalisme magique. Il dresse le bilan amer de ce qui subsiste lorsque les rêves et l’utopie sont réduits en poussière.

Evelina, Magdalena. Emma. Béatrice. Quatre femmes – actrices ; quatre époques – de l’ère soviétique à nos jours ; et un théâtre. Une réalité étrangement analogue, en dépit de la diversité des personnalités et des régimes politiques. Comme si le temps n’était finalement qu’une unité de
mesure sans réelle valeur… Dans ce roman à l’écriture surréaliste, graphique, surprenante, Jean-Chat Tekgyozyan s’attaque à la difficulté des femmes à mener leur propre existence face à une société qui les considère encore comme incomplètes sans hommes, et qui punit le courage plutôt
que de l’inspirer. Prenant le contre-pied de la littérature arménienne classique où les personnages féminins sont habituellement cantonnés aux seconds rôles, il offre le plaidoyer d’une réalité où les femmes puissantes sont toujours considérées comme un troisième sexe.

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