Lettres à Tolstoï et à sa famille

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Cela commence, en octobre 1880, comme une scène de roman : la visite du grand homme à l’atelier du jeune peintre, qui dès lors nouera avec son aîné les liens d’une amitié qui durera près de trente ans. C’est ainsi qu’Ilia Répine, destiné à devenir l’artiste russe le plus célèbre du XIXe siècle, fit la connaissance de Léon Tolstoï, qu’il fut admis dans le cercle de sa famille et fit de fréquents séjours dans le fameux domaine d’Iasnaïa Poliana : il y puisera, au fil de ses souvenirs, la matière de merveilleux croquis de la vie russe où Tolstoï se révèle dans toute son énergie et sa sensibilité – travail aux champs, cavalcades en forêt, courses en traîneau dans un paysage de neige…
C’est ainsi, également, qu’il fit la connaissance de la jeune Tatiana et qu’il entretint avec elle une correspondance où l’on peut suivre
tous les méandres d’une inclination amoureuse qui ne dit pas son nom, un marivaudage nourri de confidences où défile la bonne société de l’époque, mécènes, artistes, politiques : Répine s’y livre totalement, dans son caractère mouvant, enthousiaste, séducteur, à l’image de l’œuvre prolifique qu’il nous a laissé, relevant aussi bien de la peinture d’histoire que des scènes de genre, des portraits officiels que des représentations intimistes, excellant toujours dans une variété de styles stupéfiante, à laquelle ces lettres constituent une excellente introduction.

Ilia Répine

212 p.

Editions Vendémiaire

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Heureuse et bonne année 2022 !

J’ai eu envie de commencer cette année 2022 en beauté et de parler de littérature russe en évoquant deux grands artistes, jouissant d’une immense renommée, à l’aune de leur talent, dans leur domaine : le comte Léon Tolstoï, on ne le présente plus, et le peintre Ilia Répine, membre de ce que l’on appelle les Ambulants (groupe de peintres réalistes) et académicien de l’Académie impériale des Beaux-Arts. Il est l’une des figures du réalisme russe et selon Vladimir Stassov, l’œuvre de Répine est ainsi une « encyclopédie de la Russie d’après l’abolition du servage ». C’est encore Stassov qui est à l’origine de la rencontre entre les deux grands hommes après une première entrevue fortuite en 1880. 

Autoportrait, 1887

Si la relation des deux hommes peut-être objectivement et justement cernée puisque cet ouvrage, ne contient uniquement des lettres écrites par le peintre lui-même en grande partie à sa fille Tatiana Tolstoï, sa femme, la comtesse Sophie et une paire d’autres à l’écrivain lui-même, il n’en demeure pas moins qu’il en ressort un immense respect et une profonde admiration du peintre envers son l’auteur, son aîné de seize années. Les deux hommes se sont trouvés à un moment différent de leur vie, là où Tolstoï s’était retiré de la vie sociale et créative, se consacrant aux travaux manuels et à aider ses concitoyens plus malchanceux, Répine lui se trouvait en plein épanouissement artistique, il lui est d’ailleurs arrivé d’aller jusqu’à Tolstoï et sa famille pour les mettre en portrait. Ce qui les réunissait était sans doute ce goût de la nature et du réel et de l’Art. Ces lettres mettent en exergue une entente relativement harmonieuse entre deux hommes qui vivaient selon deux conceptions de la vie différentes : Tolstoï, devenu prédicateur, venait de traverser une crise existentielle et de s’isoler dans une certaine austérité alors même que pour Répine, la richesse de la vie sociale ne pouvait se désolidariser de la vie individuelle, sinon celle de la vie d’artiste.

Léon Tolstoï au travail, 1893

Bien naturellement, la première de couverture est la reproduction d’un tableau du maître, intitulé Promenade à travers champs. Choisie à bon escient puisque à cette époque-là Léon Tolstoï s’est retiré du monde littéraire, ne se consacrant qu’à une vie proche de la nature et des paysans, très loin de toute agitation sociale. Nous retrouverons d’autres reproductions, dont des membres de la famille Tolstoï au centre. Avant cela, nous disposons d’une introduction rédigée par la traductrice Laure Troubetzkoy, puis viennent les lettres en elle-même et enfin deux textes de Répine : le premier Mes impressions et souvenirs personnels, le second Souvenirs de mes échanges avec Léon Tolstoï. L’introduction nous agrémente d’un fond historique très bienvenu, notamment sur cette société des expositions ambulantes, qui a pour but de faire connaître le nouvel art russe. Puisque les lettres dénuées de tout contexte auraient pu paraître un peu sibyllines. C’est aussi l’occasion de présenter, également, les quelques noms qui apparaissent de façon récurrente dans ces échanges postaux unilatéraux. Je pense ici à celui de Vladimir Stassov, critique d’art, « ardent défenseur de l’art national en peinture comme en musique ».

Même si nous n’avons pas les réponses de Tolstoï et sa famille, ces lettres démontrent d’une relation tout à fait privilégiée entre l’auteur et sa famille et le peintre : Ilia Répine, malgré sa renommée et son succès déjà bien installés à l’époque, se pose en fervent admirateur de son aîné, le plus souvent à travers les échanges épistolaires avec sa fille Tatiana Tolstoï. Répine entretient une dévotion particulière pour cet aîné, bien plus que de la simple admiration d’ailleurs, auprès de Tolstoï, lequel se comporte davantage comme un maître auprès de son élève, lui conférant conseils et avis sur son œuvre. Répine quant à lui confie ses doutes sur son travail en cours, cette insatisfaction qui est la sienne face aux impasses et difficultés auxquelles il est confronté. Le contraire est aussi vrai, le peintre n’hésite pas à exprimer son avis sur les dernières œuvres de Tolstoï (qui va mourir en 1910) et davantage encore, si une profonde estime lie les deux hommes l’un à l’autre, il semblerait que ce soit en premier dû à une admiration de leur travail réciproque. On y apprend effectivement que Tolstoï lui a suggéré de peindre un tableau en relation avec sa future nouvelle La sonate à Kreutzer. D’autres thèmes ponctuent ce qui nous apparaît finalement comme un monologue épistolier, notamment les détails et problèmes relatifs aux différentes expositions d’Ilia Répine ou autres aléas divers de son quotidien d’artiste. .

Malgré le fait qu’il n’y ait pas les lettres en réponse aux missives envoyées par Ilia Répine, ce qui peut rendre parfois un peu obscur la teneur des échanges entre le peintre et la famille Tolstoï, ces échanges donnent une autre vue sur la vie de l’auteur russe, son intimité, bien loin des cercles littéraires de la société russe. C’est une autre perspective de l’auteur, celle de ses dernières années de vie, dévouées aux autres, indigents et autres malheureux, au labeur physique des champs. Ce que le peintre a pris soin de retranscrire à travers les portraits ou paysages qu’il en a peint tels que Tolstoï dans un champ de labour (1887).

A titre d’information, pour les parisiens ou les personnes de passage sur la capitale, Ilia Répine est à l’honneur au Petit Palais de Paris jusqu’au 23 janvier 2022 à travers l’exposition temporaire « Ilya Répine (1844-1930), Peindre l’âme russe ».

[31]

[A Tatiana Tolstoï]

[18 avril 1892, Saint-Petersbourg]

Samedi

[…]

Je ne vis plus à présent que pour mon art ; comme un ivrogne, comme un homme adonné à une passion secrète, je m’ennuie partout de mes toiles si je ne suis pas avec elles. Je descends fatigué, fourbu, hébété ; je me retiens pour ne pas remonter après le déjeuner, je sors exprès – i se trouve toujours un prétexte – juste pour ne pas me remettre au travail ; ce serait pire que tout – je gâcherais tout et surtout, je tomberais malade. Mais travailler trois heures par jour, c’est bien… Car il faut aussi lire. Quand je pense à tous les livres que je n’ai pas lus ! Et puis il y a toujours diverses choses à faire… Mais vous savez, je ne pense pas du tout à mon perfectionnement spirituel, à mener une vie bonne, selon la loi de Dieu, ce qui est si essentiel pour Lev Nikolaïevitch. Je reste un païen non dénué d’aspirations à la vertu, voilà tout…

Je place à la science, la culture, l’art au-dessus de tout. Créer est pour moi un bonheur…

La vie telle qu’est est conçue est si immensément vaste et il y a autour de l’homme tant de plaisirs et de bonheur, s’il est capable d’en profiter. Oui, il faut rechercher le bonheur, il faut sacrifier beaucoup de choses, il faut développer en soi la capacité de le comprendre et d’en tirer parti. Pourtant, la plupart d’entre nous considèrent tout ce qui les entoure comme un mouton regarde une bible. Les rejets de toutes sortes, les privations, les mortifications volontaires me paraissent ridicules, si l’on réfléchit bien. Ce sont des enfants capricieux qui se détournent des cadeaux et trouvent plaisir à se flageller. Mais à quoi bon ! Non, j’aime tout ce qui est humain et ne rejette rien. Bien entendu, je n’irais pas m’approprier le bien d’autrui et ne voudrais pas que mon bonheur cause le malheur d’autrui, lui fasse de la peine… Mais c’est assez.

Votre I. Répine

Pour aller plus loin chez Vendémaire

Russie, fin du XVIe siècle. Le tsar Boris Godounov languit, dévoré par le remords d’avoir ordonné le meurtre sanglant du petit tsarévitch, âgé d’à peine huit ans. Avec épouvante, il voit resurgir le fantôme de sa victime. Loin de ces intrigues politiques, au cœur de la campagne, la fille d’un meunier trompée par un prince, éperdue de désespoir, se jette dans le Dniepr : elle deviendra Roussâlka, divinité des eaux. Plus loin encore, en Europe, alors que Don Juan est transi d’horreur devant la statue de marbre du commandeur, venue l’entraîner aux enfers, un chevalier rumine des désirs parricides. Et Salieri sanglote en écoutant Mozart jouer son Requiem. Passions, tragédies, histoire, légendes : le théâtre de Pouchkine est un kaléidoscope, qui saisit en quelques pièces tous les registres de l’écriture et de l’inspiration, des grandes figures du folklore ou du mythe aux plus obscurs tourments de l’âme humaine.
Il est ici donné dans une traduction d’Andreï Vieru, sans doute la plus apte à rendre la musicalité d’un auteur qui fut avant tout poète – seule la sensibilité d’un grand pianiste pouvait nous emporter dans le rythme et la légèreté mozartienne de ces drames, petits joyaux de la littérature russe qui inspirèrent Moussorgski et Rachmaninov.

1917. Le chaos dans lequel la guerre a plongé la Russie tsariste débouche sur une première révolution en février, puis une seconde  en octobre, quand les bolcheviks de Lénine parviennent au pouvoir. L’économie est dévastée. Depuis des mois déjà, pendant que les usines ferment les unes après les autres, les soldats désertent et ravagent les campagnes, qui, soumises à des réquisitions désordonnées, cessent bientôt d’approvisionner les villes.

En butte à la faim, au froid, au choléra, au typhus et à la guerre civile, le pays se défend par tous les moyens, dans un mélange de détresse et d’espoir. Voyageurs fuyant les villes affamées, mourant de froid dans des trains bondés, bandes d’enfants orphelins errant, privés de tout secours, bureaucratie inefficace et corrompue… Mais aussi jeunes communistes, écrivains, artistes rêvant de construire un monde nouveau. Entre les deux, la masse des paysans, menacés eux aussi par une effroyable famine qui peut même les réduire au cannibalisme.

Le récit du quotidien de la population, au cours des sept années terribles durant lesquelles, pour la première fois, un État tenta de renverser le capitalisme et d’allumer la mèche de la révolution mondiale.

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