Le septième geste

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La poésie de Tsvetanka Elenkova est empreinte des influences de son pays, la Bulgarie, baignée par la Méditerranée, l’Orient, les Balkans, la Thrace antique – les culturelles, mystiques et linguistiques – slave, romane, grecque – sans omettre l’influence de la tradition chrétienne orthodoxe. Sa poésie transforme le vécu en visions célestes, trouve le divin dans le banal, place la mort au sein même de l’existence. Les références au sacré et les analogies entre le réel et l’irréel, imprègnent le tout d’un érotisme intelligent et discret.

Un texte singulier sur le monde qui nous entoure.

Tsvetanka Elenkova

92 p.

Tertium Editions

Седмият жест, 2005

Ma Note

Note : 3 sur 5.

A l’occasion de la Masse Critique de Babelio (merci à eux !) du mois de janvier, j’ai choisi à nouveau un recueil de poésie bulgare : si la dernière fois, il était publié par les éditions Le Soupirail, cette fois il s’agit de Tertium Editions, une maison d’éditions que je ne connaissais pas avant cela. Ici encore, Krasimir Kavaldjiev a assumé la traduction depuis le bulgare. Le recueil est doté, en postface, de deux biographies, sur l’auteure et son traducteur. Tsvetanka Elenkova, l’auteure, est dotée d’une forte notoriété dans son pays, elle a été traduite en quinze langues, quant à la France, ses poèmes ont déjà fait l’objet de publications dans différentes revues littéraires. Il s’agit déjà de son troisième recueil de poèmes.

Ce recueil se compose de 83 poèmes, en prose, qui font à peu près tous la même taille, entre une dizaine et une vingtaine de lignes. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un poème en prose n’est pas forcément plus accessible qu’un poème versifié, un sonnet peut d’emblée impressionner le lecteur par sa forme fixe tandis qu’un texte libre ne présente a priori aucune difficulté : mais, ici, si la forme est plus souple, il n’en reste pas moins que l’exigence se fixe davantage sur le fond. C’est je dois le dire des textes dont l’accessibilité est aléatoire, certains me sont restés impénétrable, si tant est qu’il faille absolument leur en donner un sens. Cette opacité est illustrée par l’usage continu de métaphores, de comparaisons, d’images, de mises en parallèle, d’allusions historiques ou culturelles qui m’ont certainement échappées. D’autres poèmes sont d’emblée plus accessibles, et l’un d’eux, par exemple, Les plaies de la liberté porte à mon sens une critique à visée politique, qui transparaît sous un vernis de cynisme.

C’est une poésie raccordée au vivant, aux entités animales, végétales, humaines, mais aussi au cosmos, au temps qui passe à travers de beaux ou durs passages sur la maternité, le lien entre l’enfant et la mère, sur la maturité, sur la vieillesse. Des images qui relèvent somme toute de l’universel. Mais il y a des passages plus personnels, derrière les belles images que l’on observe ici et là, à Rhodes, à Athènes – l’auteure traduit depuis le grec – à des souvenirs particulièrement exquis, immortalisés par ces lignes. Il n’y a pas que du beau, il n’y a pas que de la douceur, car certains textes révèlent une certaine forme de violence même si elle n’est qu’esquissée, à l’état d’ébauche ou réduite à la taille de l’insecte, du parasite. Le poème Comme des tiques met sur le même plan l’enfant et la tique. Les animaux et les humains sont bien souvent assimilés les uns aux autres faisant d’eux tous une seule catégorie indistincte. Et ces assimilations des uns aux autres, par exemple cette capacité des uns à voler transposée sur la femme, donne accès à une dimension supérieure, surhumaine, un être transcendé, une métamorphose qui relève du sacré ou du religieux. S’il y a utilisation des animaux, c’est, il me semble aussi une façon pour annihiler la distance entre eux et nous, amoindrir cette supériorité que l’homme s’attribue, élever les capacités de l’animal. Tous les états des animaux, leur vol, leur mue, pour aller chercher un autre état, ultime la mort après la mort « la mort, elle aussi, meurt » (Il y a une vie dans la mort – II).

L’auteure échafaude des comparaisons sur des aspects tout à fait triviaux, de la vie quotidienne, sur une simple anecdote qui se base sur une simple anecdote sur la lessive mais qui glisse en une interrogation plus fondamentale, celle de la capacité de l’homme à bien discerner ce qui se trouve autour de lui. Dans ses poèmes, elle me semble s’attacher à l’inanimé à l’animé, elle dresse par exemple un parallèle entre la l’excès d’industrialisation, et d’urbanisation et le fonctionnement du système digestif de l’homme, les éléments intangibles (le temps) se matérialisent en objets concrets, comme si la poésie lui permettait de sentir, toucher, palper la sensation de ce temps si inconsistant qui s’écoule et de tisser des liens invisibles entre ce qui, à première vue, ne paraît ne pas en avoir.

D’autres poèmes sont plus terres à terres, à la limite de l’aphorisme « Plutôt que la fin, la direction importe » (Les petites gares), comme une dédramatisation de la mort pour profiter de notre chemin ou trajet. La lumière plutôt que la nuit, le chant des oiseaux. Elle met constamment en scène cette dualité, d’une façon différente à travers chaque poème, notamment dans celui intitulé Le jour. La plénitude accompagnée de la lumière, d’une compagnie amicale, celle du chien, des oiseaux, versus la solitude, le temps qui passe, le vieillissement, la maturité face à l’innocence du jeune enfant « aux dents de lait », du bébé.. En tout cas, la poésie de l’auteure est très visuelle, elle fait sans cesse appelle à nos yeux, il y a beaucoup de poèmes qui évoquent la perception du monde à travers la photographie, les pellicules, les photomatons. Mais une vision tronquée, incomplète, à la recherche perpétuelle de savoir quoi voir, quoi regarder. Et ce sont des réponses à cela que la poésie apporte, une paire de lunettes à l’astigmate, au myope, au presbyte, le révélateur du film photo. Une possibilité de voir les choses, le monde, comme il ne serait pas possible autrement. La poésie ou la religion, qui réapparaît ponctuellement, comme la transcendance de la vie, les choses ne sont pas une mais multiples. C’est ce que j’ai préféré dans ces poèmes : malgré des lignes quelquefois assez obscures, des allusions, des sens qui m’ont clairement échappés, la poésie de Tsvetanka Elenkova aide à considérer les choses sous d’autres aspects, un franchissement des limites fixes de la vie et ses règles et de la loi naturelle.

Conseil à ma fille que je n’ai jamais eue

« Comment Dieu peut-il être à la fois Père, Fils et Saint Esprit ? », me demande ma fille (comme tous ceux qui n’arrivent pas à s’expliquer ses trois hypostases). Tout comme le cerisier, dis-je, lorsqu’il fleurit. C’est à la fois un arbre, une fleur et un parfum. Tout comme la femme, dis-je, quand elle est amoureuse. C’est à la fois un terreau, une cellule et un parfum. Tout comme l’homme, dis-je, quand il aime. Il est à la fois étoiles, semence et parfum.

C’est une poésie qui célèbre la vie, sa lumière plutôt que sa noirceur, les prodiges de la vie, une certaine forme d’innocence, de naïveté, d’un apaisement, d’une tranquillité, d’un âge d’or, celui de la jeunesse, qui ne sait pas encore, de la maladie et des douleurs. Les villes sont des corps, les corps sont des réseaux électriques, elle joue tout au fil de ses poèmes de ces analogies, de ces métaphores, des homonymies, homophonies, elle relie des univers, elle recrée un sens entre les éléments. 

L’âne et la colombe le Verbe

Ton amour est l’intérieur d’un livre. Comme il se trémousse et qu’il est humble ! Des pages qui tombent doucement. Tant feuilletées que la couverture est recourbée vers l’extérieur. Tout comme la selle d’un âne. Noircie, déjà écorchée. Debout à l’endroit le plus élevé, je pointe l’index (du livre, bien sûr) là ou sont brochés, accouplés les cahiers, les fascicules. Les véhicules. Et je regarde les chemins – interlignes -, les maisons – négatifs de lettres -, toujours plates vues d’en haut. Véritable dédale, quand on s’y aventure. Nous lâchons une colombe pour nous guider.

Tertium Editions, c’est aussi

“Rien n’est plus émouvant, aux abords des villes recrues d’Histoire, que ces échappées vers l’arrière-pays de l’intemporel et du hors sujet.
Sur les pavés de Novy Svet, le pas tressaute au rythme d’un ländler ébouriffé, où viennent se loger des éclats de végétation. On décolle, on se dissout, on tend à disparaître.”

Dès les années dix-neuf cent soixante-dix, Andrée-Marie Bouvarel, médecin du travail, parcourait la Lorraine à bord d’ une camionnette, pour ses visites médicales des ouvriers agricoles. Son intérêt pour Anton Tchekhov l’ a amenée à écrire cet essai en 1994. Depuis, cette passion est presque devenue – pour ses descendants – une histoire de famille qui s’écrit jusque dans l’ exercice de leurs métiers : médecins, comédiens, journalistes… Sa petite-fille Léa Fehner tourne en 2016 un film “Les Ogres” inspiré d’ un “Cabaret Tchekhov”.

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