En apesanteur

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Transformiste, chanteur, magicien, Marius est un artiste aux multiples talents. Le voilà de retour dans la ville de son enfance après vingt ans d’absence, vingt années de fuite. Il retrouve le cabaret qu’il aimait tant, mais qu’il avait dû abandonner dans des circonstances troubles. Il y rencontre la jeune Lola, qui l’attire et ne semble pas indifférente à son charme. Il devra élucider l’origine de leur évidente complicité en se confrontant à son passé, tout en ombres et lumières. L’Art sous toutes ses formes aura un rôle essentiel à jouer.

Karine Langlois

113 p.

Editions de la Rémanence

2021

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Je présente un titre, celui de Karine Langlois, qui se place à contre-courant des romans présentés précédemment. Si le contexte historique n’a que peu d’importance ici, c’est un titre qui n’en reste pas moins chargé émotionnellement. J’avais découvert l’année dernière Irresponsables, le premier roman de Marc-Arthur Gauthey, consacré au vertigineux monde de l’alpinisme, j’étais tombée sous le charme à de ce sujet fascinant des hauts sommets que de l’intrigue. En écrivant ces lignes, je m’aperçois que pour ma seconde lecture d’un titre issu de la maison d’édition, celle-ci nous ramène encore une fois dans les airs, ceux d’un monde bien différents, celui des arts du cabaret. Les Éditions de la Rémanence ont pour ligne directrice de publier des romans contemporains, et à travers les deux lectures que j’ai pu en faire, j’ajouterais que ce sont des histoires aussi personnelles et intimes que dotées d’une force évocatrice, mises en abyme par des sensibilités uniques.

Qui peut le plus, peut le moins, et quelquefois, il n’est pas utile de chercher des sujets complexes ou sensationnels, pour concocter un roman qui interpelle. Les événements de la vie courante peuvent être suffisamment riches et tourmentés pour nourrir une diégèse exploitée avec intelligence et sensibilité. L’esprit humain est une machine passablement complexe à explorer et à décrypter sans qu’il ne soit nécessaire d’avoir recours à des artifices narratifs insensés, qui frôlent l’improbable. En apesanteur est de ces romans qui possède un univers propre – celui du transformisme, c’est une première pour moi, en revanche Dalida et son répertoire, c’est du connu, c’est un peu le patrimoine culturel des années 1970, qui nous revient en mémoire, le souvenir de ces émissions musicales qui refont surface. Je l’ai dit, c’est un titre qui joue avec nos références, que l’on aime ou pas d’ailleurs, profondément ancrées en nous, tellement ancrées que l’on ne peut passer à côté de cet appel du pied que nous fait l’auteure.

Le roman touchera certainement plus un lecteur francophile même si la notoriété de la chanteuse reste internationale. Ce qui m’a poussé à lire ce titre, c’est ce rapport à l’art évoqué par le résumé de la quatrième de couverture, et dont le texte rappelle justement que le transformisme ne se contente pas d’être seule œuvre de travestissement, mais d’un réel travail et investissement artistique. C’est aussi une piqûre de rappel de la part de Karine Langlois, également, sur le rôle bienfaisant de l’Art en tant qu’acteur ou en tant que spectateur, et encore davantage en ces temps, qui permet de donner un peu de lest à des vies bien remplies, sources de stress et angoisses, particulièrement ces temps-ci.

Le roman touchera aussi chacun des lecteurs, car dans cette dimension personnelle qu’il porte, l’auteure a incrusté ces mesquines brèches qui esquintent ou entachent définitivement les relations, de ces trahisons, lâchetés, coups fourrés, qui demeurent des aléas parmi tant d’autres de la vie, mais qui finissent par user les relations. L’auteure interroge aussi la rédemption, la capacité à pardonner, à vouloir et pouvoir se faire pardonner, la capacité à rebâtir une relation à partir de rien ou de ruines. J’ai d’autant plus apprécié ce roman grâce à cette fin ouverte qui donne la possibilité au lecteur d’y imaginer la conclusion qui lui convient.

De l’égoïsme ? De l’insouciance ? De l’immaturité ? Les trois peut-être… Marius n’a jamais imaginé sa fille en train de pleurer loin de lui. Jamais. La porte s’ouvre sur son égoïsme d’artiste aussi. il fait grand jour dans sa tête. Il s’est occupé de donner du bonheur aux autres, au plus grand nombre, de partager avec eux des moments de musique, de chanson, de rire, de magie, d’émerveillement (…)

J’ai passé un beau moment en compagnie de ces artistes de cabaret, du transformiste Marius et de Lola, la chanteuse qui se découvre, grâce à une intrigue bien servie par un apparat qui apporte un brin de nostalgie, de magie et de strass, d’intensité aux moments d’affliction à l’ensemble, et une écriture lumineuse et sans affectation, qui laisse toute liberté aux personnages d’occuper la scène narrative.

Dans la journée, le cabaret dort.

Lola est venue très tôt écouter son sommeil. Elle s’est assise dans la salle, qu’elle n’a pas voulu allumer, comme une mère qui veille, profitant du silence pour réfléchir à l’avenir de son enfant.

Les deux fenêtres travesties par des rideaux rouges s’arrangent avec la lumière pour laisser passer quelques rayons qui indiquent la direction de la scène. Lola est aussi émue par ces particules élémentaires, naturelles, qui touchent délicatement l’espace par endroits, que par le feu d’artifice qui le dévoile, le consume entièrement le soir. Elle est aussi émue par l’espace vide de la scène, plein de souvenirs et plein d’attentes, que par l’espace couvert de plumes, de paillettes, de musique et de danse, livré à l’instant présent. Elle aime autant le silence que le bruit, la solitude que la troupe. Elle s’est assise, spectatrice privilégiée au milieu des tables et des chaises sans clients. Le long rideau de velours qui cache les coulisses est ouvert, comme une invitation à en pénétrer les secrets. Le spectacle comme la vie est souvent un travestissement, un trompe-l’œil ; parfois, on cherche la vérité derrière l’apparence faussement merveilleuse. Ou bien on se berce d’illusions, un voile de paillettes devant les yeux, parce que c’est agréable de garder une âme d’enfant. De ne rien déchirer. Ni le beau ruban, ni le papier cadeau, ni la boîte qui peut contenir une déception.

Pour aller plus loin

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