Petit traité de taxidermie

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Björn et Vera, un couple de néoruraux, nous font pénétrer les secrets d’une maison perdue au fond de la campagne, qui abrita les recherches d’un intendant taxidermiste du Muséum d’histoire naturelle de Göteborg. Au fil de courts chapitres, Maja Thrane entrelace l’histoire de ces jeunes occupants avec des évocations du passé, centrées sur la figure du taxidermiste. La vie d’aujourd’hui, rythmée par les lectures, les promenades et les visites d’amis citadins qui viennent panser leurs blessures affectives ou physiques, s’entremêle à celle de l’intendant, objet de notations savoureuses en même temps qu’émouvantes.

Maja Thrane

117 p.

Agullo Editions

Anvisning att konservera naturalier, 2019

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Agullo Éditions n’en finit décidément pas de surprendre : si la maison d’édition s’est spécialisée dans la publication d’auteurs européens, les thèmes, parfois très éclectiques, en revanche ne se ressemblent guère. Et ce n’est pas ce roman Petit traité de taxidermie, qui vient de sortir dans la collection poche de la maison d’édition et qui porte le nom concis de Agullo court, qui va me faire démentir. C’est le premier roman de l’auteure suédoise Maja Thrane, également traductrice, journaliste et restauratrice de pierres, qui l’a concocté en s’inspirant librement de la vie du zoologiste August Wilhelm Malm. Si l’ouvrage est doté de couvertures, comme par leur habitude, judicieusement illustrées, l’intérieur de l’ouvrage, début et fin, comprend des illustrations en noir et blanc relativement surprenantes : celles d’une baleine que l’on tente de sortir péniblement d’un bâtiment. Cette première photo un peu déstabilisante est le reflet de ce texte qui l’est autant.

Ce que j’ai principalement aimé dans ce texte, c’est son écriture très minutieusement imagée et à la fois, sonore qui éloigne ce titre de toute forme littéraire bien définie, qu’elle soit romanesque ou poétique, et dont une lecture à haute voix peut rendre un meilleur hommage à ce texte. Le fil narratif n’est pas évident à démêler et à suivre, à cause peut-être de ces nombreuses digressions, et ce brassage de différents mondes – celui des morts, celui des vivants, ceux des occupants actuels de la maison, Vera et Björn, qui côtoient ses anciens hôtes, dont entre autres le fameux intendant taxidermiste. Forcément, il est beaucoup question de mort, évidemment celles des bêtes, à travers ces corps embaumés, formolés, disséqués, empaillés, conservés d’une manière ou d’une autre, figés dans une sorte de présent éternel, une temporalité sans fin. La mort aussi de tous ces anciens habitants, qui à défaut d’avoir été taxidermisés, reviennent sous la forme de fantômes hantés les lieux, ce que l’auteure nomme Survivants, comme si leur présence s’était enracinée dans les rainures du plancher. Le présent et le passé, l’inanimé et l’animé se côtoient, enchevêtrés dans le même espace temps, la liste des animaux que le couple aperçoit, le souvenir de ceux qui furent, la trace des grands lacs des temps premiers. C’est fouillé, un peu alambiqué, mais la mélodie de la langue de Maja Thrane, à travers la belle traduction de Marie-Hélène Archambeaud, reste gravée dans le marbre de la mémoire.

Il y a dans ce texte comme une élégie de la nature, de ses habitants, de la célébration de sa composition, de l’empreinte de l’homme, positive comme négative : l’auteure a plusieurs recours au papillon – l’Argus bleu, le Sphinx tête-de-mort – tout au long de ce texte, figure animale qui porte en elle symboliquement toute la fugacité de cette vie, de sa beauté éphémère peut-être, du passage de l’homme, où tout est voué à disparaître, son existence même, jusqu’à la moindre de ses traces. C’est un roman contemplatif, il décompose le mécanisme de cette vie qui passe, son processus de décomposition, il tente d’en figer certains morceaux dans la vaine inconsistance des mots.

L’auteure associe des moments, des êtres, des souvenirs à chaque être du monde animal, comme si elle était elle-même une taxidermiste, car même s’il y a une certaine cohérence chronologique dans ce roman, qui en fin de compte donne des airs de fable à ce texte allégorique, il tient davantage de la compilation de moments vécues, de souvenirs, mis en parallèle avec des animaux, montant une sorte de bestiaire. Cet étrange texte tâte le pouls du monde et de la nature en abordant les sujets de la vie et la mort par le biais de la taxidermie, cet art plutôt singulier qui confond les deux, qui manipule la mort pour mieux retrouver la vie. On y retrouve parfois un tel mélange d’éléments, qui impliquent Games of Thrones et l’écrivain-voyageur de langue arabe Ibn Fadlan, ou les liens sont si tenus, qu’on ne peut ne pas les saisir. Ce Petit traité de taxidermie n’est pas un simple exposé d’animaux volants ou à écailles, il dissèque et expose aussi des créatures imaginaires, et les vies des individus par le biais constant des comparaisons animales.

Rien d’impénétrable qui ne devienne tôt ou tard un objet de Science. Dès lors il faut se tenir prêt à manier le couteau, car tout finit en pourriture.

J’ai ressenti le fait que l’auteure cherchait à se saisir de l’essence de la vie, celle de la mort, l’une à travers l’autre obligatoirement, et son écriture très hachée parfois, est l’écho d’une perception parfois dure, parfois mélancolique, ou même belle d’une existence qui ne comporte aucune loi, si ce n’est sa fin inéluctable et déliquescente. C’est un texte qui s’écoute, qui se vit, qui s’observe, et qui ne laisse pas facilement laisser ouvrir la voie de ses secrets, comme celle de ses créatures, dan la lignée du triptyque Le jardin des délices de Jérôme Bosch.

Sans l’avoir encore jamais vue, ils la reconnurent tout de suite. Oubliée, oublieuse, elle aurait pu rester ensevelie dans sa torpeur s’ils ne s’étaient égarés en forêt, s’ils n’avaient pas échoué sur ce chemin caillouteux qui ne menait nulle part ailleurs qu’ici. La maison avait sommeillé jusqu’au jour ou, franchissant la crête, ils virent qu’ils lui appartenaient, réveillés la réveillèrent. Pas au point de l’appeler mère, mais elle devint leur maison.

Sur la route, ils manquèrent de renverser un chevreuil. Virent son dos velu disparaître dans la forêt telle une pensée folle. Un épais silence régnait. Comme dans une forêt primaire de pins au garde-à-vous, dit Vera. En attente de devenir mâts sur un navire qui ne sera jamais construit, dit Björn. Une forêt à traverser à la course, pour échapper à quoi ?

La première nuit, ils entendirent gronder les entrailles de la maison. Virent le village se refléter dans les nuages et colorer le ciel d’un jaune cireux. Éclairant le ciel toute la nuit. Puis vint le jour, qui le consuma.

Agullo Editions, c’est aussi

Rien pour elle est l’histoire d’une femme qui traverse la vie en se battant comme une gladiatrice. Depuis les années de guerre et les bombardements qui s’abattent sur Rome, jusqu’aux mutations des années 1990, en passant par les années de plomb, Rome est le décor dans lequel évolue Tullia, une de ces invisibles héroïnes du quotidien, figure modeste et forte à la fois d’un sous-prolétariat urbain. Élevée par une mère mal-aimante qui fait travailler ses enfants comme des esclaves dès leur plus jeune âge, Tullia prend un jour son destin en main en quittant ce milieu familial tyrannisé par la mère. Mais quel destin !

Amoureuse des mots, animée par une volonté farouche de survivre et de s’en sortir, Tullia endurera les épreuves d’une vie de misère et de labeur au milieu de luttes syndicales et de révolutions culturelles qui l’effleurent à peine. Le courage, la force, la dignité de Tullia en font un témoin curieux et passionné de la vie de la capitale à travers cinquante ans. Lire Rien pour elle, c’est comme regarder l’histoire défiler par la fenêtre : impossible de ne pas y voir un reflet trouble de nous-mêmes.

Marcelo Silva, ex-journaliste désabusé, a quitté l’Allemagne où il était correspondant, pour lutter contre la corruption au Portugal. Il a choisi « le glaive à la lame affûtée plutôt que le stylo rouillé » et se retrouve à la tête d’une brigade financière à Lisbonne. Dès sa nomination, le voilà confronté à la disparition d’un millionnaire lié à un scandale financier sur le point d’éclater. Pendant dix jours, il va parcourir la ville inondée de touristes à la poursuite du banquier disparu, et tenter d’en finir avec les agissements d’une élite financière et politique qui a laissé le pays au bord de la ruine.

Naviguant entre filles de bonne famille et politiciens corrompus, puissants millionnaires et réseaux de prostitution, Marcelo Silva, fidèle à ses principes, nous emmène dans un voyage au-delà des apparences et révèle ce qui se cache derrière la vitrine de la « ville aux mœurs douces ».

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