Mrs March

#blog-littéraire #chronique-littéraire #mrs-march #littérature-américaine #virginia-feito #le-cherche-midi

Mrs March vit oisive dans un appartement huppé de New York. Alors que George, son mari, atteint la consécration littéraire avec son dernier roman, l’existence de Mrs March se met à vaciller. Aurait-elle, comme on le dit, servi de modèle à l’un des personnages peu reluisant du livre de son mari ? Impossible, connaissant George. Mais le connaît-elle vraiment ? N’aurait-elle pas été aveuglée, toutes ces années, par son existence dorée ? Mrs March se met alors à enquêter sur la vie intime de l’homme qui partage sa vie. Et elle découvre que celui-ci se passionne pour l’étrange disparition d’une jeune femme. Simple travail de romancier ? Peu à peu, le doute s’installe, et ses soupçons la mènent bien au-delà de ce qu’elle pensait. Au-delà même de la raison ?

Virginia Feito

347 p.

Le Cherche Midi

Mrs March, 2021

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

Virginia Feito est l’une de ces auteures, américaines, qui n’avait encore jamais été publiée en France. C’est désormais chose faite grâce aux Editions Le Cherche-Midi qui ont publié son premier roman fin janvier. Avec ce synopsis alléchant, aux airs équivoques inquiétants de thriller psychologique, je m’attendais autant que j’espérais passer quelques heures un brin angoissantes en compagnie de Mrs March, et de son époux, l’auteur de romans à succès, George pour les intimes. Je ne me suis pas trompée, je suis tombée sous l’emprise de cette lecture, après avoir suivi et dévoré les miettes parsemées par Virginia Feito sur le chemin de dénouement qui s’annonçait déroutant, pour le moins.

Reine de son cossu appartement comme de notre roman, il n’y a qu’un seul personnage à considérer ici, c’est évidemment l’éponyme Mrs March. Issue de la classe supérieure américaine, elle a eu jadis la bonne idée de se choisir un mari qui lui permettrait de conserver son niveau de vie, un fringant et séduisant professeur d’université, George March, un célèbre auteur de romans, lesquels sont à chaque fois accueillis à grands coups d’éloges de plus en plus outrageusement sucrés par son lectorat. Derrière un homme à succès, il y a toujours une femme forte, dit-on. Et si derrière la figure de l’homme aimé et admiré de tous, il y a cette femme à poigne qu’est Mrs March. Aussi effacée, apparaît-elle paradoxalement, derrière la carrière et la gloire de son mari, Virginia Feito va peu à peu disséminer les clefs qui vont nous aider à comprendre le personnage et prendre la mesure de ce qui se cache derrière le vernis de perfection et faux-semblants du chic appartement new-yorkais de la famille March.

Toute l’intrigue de cette histoire repose sur les épaules du personnage qu’est Mrs March. C’est une femme au monde un peu suranné, qui sort tout droit du XIXe siècle, enfermée dans son appartement new-yorkais, tout comme dans un état d’esprit et une famille un peu poussiéreuse. Une Mrs Dalloway américaine, un peu pincée, étouffant dans un carcan d’un autre âge, où la sexualité apparaît comme la onzième plaie d’Egypte. Une Mme March guindée qui n’apparaît qu’à travers le nom de famille de son époux, sans que l’on ne nous apprenne son prénom avant la toute dernière page. Et cette drôle d’impression de persistance d’un vieux monde, dont l’apparence illusoire n’est détrompée que par la présence du poste de télévision.

Mrs March m’a passablement agacée, autant par sa pudibonderie que par son snobisme et cet air pincé que l’on imagine marquer son visage de femme malheureuse, et je crois effectivement que c’était l’effet recherché par l’auteure. Et pourtant, j’ai adoré cette perspective anachronique, ces croûtes de poussière que l’auteure se plaît minutieusement à faire ressortir à travers le prisme de la lumière extérieure qui pénètre l’intérieur cireux, figé par le poids du temps de l’existence de Mrs March. Elle est tellement seule et sclérosée dans son univers suranné, que peu à peu des sentiments, des sensations, dérangeants commencent à percer dans cet univers qui s’est peu à peu transformer en une vitrine déshumanisée, froide, sans vie : comment donc le lecteur pourrait faire la part des choses, entre ce qu’elle imagine, ce qu’elle croit, ce qu’elle entend, alors même que le texte est sous son entière focalisation, jusqu’à la moindre petite démangeaison auriculaire : cette insinuation lente et progressive du malaise est diablement efficace. 

La paranoïa de Mrs March, réelle, fictive – allez savoir – est distillée goutte à goutte, empoisonnant toute forme de lucidité effective, aussi bien de sa part, que de celle du lecteur, l’auteure embrouille à souhait les fils de cette réalité distordue. Elle a su exploiter la personnalité d’une femme rigide et obsessionnelle dans cet huis, doublement clôt : la claustration spatiale dans un appartement dont les dimensions fluctuent au gré de la perception psychologique de la maîtresse des lieux, dans un quartier, une ville. C’est aussi un huis-clôt psychologique, avec une façon de penser mesquine et étriquée, et somme toute, d’une violence couvée, assez vive, issue d’une privation de toute forme de plaisir ou joie, de tendresse maternelle, de compassion envers autrui, et pleine d’égoïsme, de frustration, de rancœur, jalousie, mépris. Et c’est décrit très minutieusement, le moindre geste de Mrs March est décortiqué , avec maniaquerie, jusqu’à aller toucher de sa plume, l’âme glaciale et l’esprit acescent de cette femme, où les bonnes manières ne sont prétexte qu’à dissimulation de sombres pensées et sentiments. Virginia Feito transmet en pointillés cette sensation de malaise qui frappe le lecteur, justement par la mise à nue d’une intériorité aussi revêche et écœurante de détestables sentiments, tandis que son apparence et son appartement sont dépouillés de tout.

Tandis qu’elle invitait chaleureusement le couple à entrer, elle constata avec jubilation que les hanches de Lisa, serrées dans une hideuse jupe en laine, s’étaient élargies. Le signe de toute détérioration physique chez sa sœur, aussi infime fût-il, lui procurait toujours de la joie. Leur mère, qui les avait comparées depuis l’enfance, trouvait invariablement que Mrs March était un cran en dessous.

Je sors fascinée de ce roman, et un peu soulagée parce que toutes mes tentatives d’empathie ont été vite annihilées par la personnalité de cette Mrs March, qui a l’étoffe des plus troubles figures féminines de la littérature. Par certains côtés, elle m’évoque l’épouse de l’œuvre Le destin de Mr Crump, que j’ai lu il y a quelques années maintenant, et qui représente, je crois, le summum de la terreur, la méchanceté et cruauté réunis en la seule personne d’une femme perverse. Dans son entêtement, Mrs March est certes différente, mais ne provoque pas moins un sentiment d’inconfort croissant. À juste titre.

Sa vie durant, Mrs March, née Kirby, avait vécu dans une maison avec du personnel. La procession de femmes de chambre, de cuisinières et de nourrices qui avaient défilé dans son enfance avait été longue et globalement insignifiante – à une exception près.

Alma avait été leur dernière domestique à demeure. Plus précisément elle vivait dans une chambre exiguë et sans fenêtre attenante à la cuisine. Mrs Kirby avait rénové cette pièce, censée au départ être la buanderie, pour installer une douche étroite et un lavabo fixé au mur.

Alma, grassouillette, avait le teint olive. Elle cachait toujours ses longs cheveux noirs nattés, épais comme du cordage, car la mère de Mrs March considérait les splendides crinières détachées comme un affront personnel. Elle parlait d’une voix douce et passionnée, presque chantante, et émaillait ses phrases de termes mexicains. Mrs March, âgée d’une dizaine d’années à l’époque, n’avait jamais rencontré une femme humble et insignifiante aussi prompte à rire, sans gêne aucune, de ses propres défauts – voire à les embrasser.

« Tu manges vraiment beaucoup, avait-elle dit à Alma un jour en la regardant engloutir des samosas sur la table haute de la cuisine.

Le Cherche-Midi, c’est aussi

Jacob Finch Bonner a connu son heure de gloire comme romancier avant de sombrer dans l’anonymat. Il enseigne désormais l’écriture dans une université du Vermont. Un jour, un de ses étudiants, Evan, lui dévoile l’intrigue du livre qu’il ambitionne d’écrire. Une intrigue géniale. Le best-seller assuré.
Quelques années plus tard, Jacob apprend la mort d’Evan, qui n’aura pas eu le temps de concrétiser son projet. Aussi décide-t-il d’utiliser à son profit l’idée fantastique de ce dernier. Et c’est un triomphe. Mais au plus haut de sa gloire, Jacob reçoit un e-mail anonyme, terrifiant : Vous êtes un voleur.
Jacob va alors tout faire pour identifier son interlocuteur avant que quiconque apprenne ce qu’il a fait. Pour cela, il va revenir dans le Vermont, pour enquêter sur la vie et la mort d’Evan. Il ne sait pas encore à quel point le jeu va s’avérer dangereux.

Nichée entre les chaînes de montagnes enneigées, la Zaramestrie est un pays abîmé par la guerre. Après des années de combat, alors que la paix a été déclarée et les armes déposées, les adversaires tentent de cohabiter à nouveau.

Deux étrangers sont attirés en plein hiver dans cette région. Tandis que Leila Alaman, violoniste française, découvre le pays avec un regard neuf et fait la connaissance de jeunes musiciens, le photographe de guerre Tim Volker retourne sur les traces du conflit qu’il a couvert quinze ans plus tôt. Le directeur charismatique et utopiste d’une école de rock, une peintre révoltée et d’autres survivants vont croiser leurs routes ; mais que peut vraiment l’art contre les fantômes du passé ? Et comment reconstruire sur des braises attisées par les crises politiques ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :