Le mur des silences

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Dans une vieille maison, dans laquelle toutes les femmes qui y ont vécu se sont senties oppressées sans raison, un mur de la cave s’effondre et on trouve un corps.

Konrad, très intrigué par ce cadavre inconnu, enquête et fait resurgir des affaires traitées dans ses trois romans précédents. Par ailleurs, il presse la police d’élucider le meurtre de son père mais il a oublié qu’à l’époque il avait menti et se retrouve inculpé. Toujours dans une ambiance à la Simenon et avec un Konrad très ambigu, moyennement sympathique et noyé dans l’alcool.

Le Mur des silences est un beau roman noir sur la violence familiale, la vulnérabilité, les sacrifices et l’impunité, dans lequel les cold cases ressurgissent toujours.

Arnaldur Indriðason

320 p.

Editions Métailié

 Þagnarmúr, 2020

Ma Note

Note : 2 sur 5.

Et voilà le tome 4 du cycle Kónrað de l’écrivain islandais, publié encore et toujours chez les Editions Métailié : mêmes joueurs jouent encore. Les romans d’ Arnaldur Indriðason et moi, on se fréquente déjà depuis un bout de temps, la relation a surtout été faite de hauts, de palpitants et longs moments de lecture, mais nous voilà dans le creux de la vague. À cet ancien commissaire de police, Konrad, je m’y suis fait, tant bien que mal, même s’il est vrai que ma préférence va pour son prédécesseur. Autant s’y faire, j’ai dû adopté Konrad et ce passé si encombrant qu’il traîne derrière lui, dans la même lignée qu’Erlendur si l’on y pense. Arnaldur Indriðason va faire tenir le mystère de la mort du père encore pendant combien de tomes, c’est là toute la question. Je parle ici du troisième livre de la série La pierre du remords.

Un squelette enfoui dans les murs d’une vieille maison : l’exhumation de cadavres est décidément un leitmotiv chez Indriðason, que les corps soient déterrés du sol glacé islandais, des murs plâtrés de ses demeures. J’avoue volontiers que ces débuts inhabituels, sur un air ésotérique, a eu l’avantage d’attirer mon attention, la révélation de secrets enfouis sous les couches poussiéreuses du passé et sous le signe du surnaturel reste toujours une ficelle efficace pour appâter le lecteur, si tant est qu’elle ne soit pas usée jusqu’à la trame. On assiste donc à une reconstitution de l’arbre généalogique de cette maison, la lignée de ses différents propriétaires au fil des décennies, pour mettre un nom sur ce chaînon manquant qui a eu le désagrément de se retrouver emmurer.

Encore une fois, à la manière Indridason, le lecteur est face à une alternance de récits partagés entre l’enquête au présent de narration et des analepses, qui renvoient cette fois à deux temporalités différentes : le passé de la fameuse maison, qui tient lieu de cercueil, et toujours le passé de Konrad, celui de son père, qu’il croit mort assassiné. L’une des bonnes idées de ce roman, c’est d’avoir placé à son cœur, le thème de la maltraitance conjugale, l’un de ces non-dits qui bien souvent restent confinés dans le mutisme des quatre murs du foyer sans que quiconque n’y trouve à voir ou à dire. Non, ce n’est pas un spoiler. Encore une fois, Indridason fait appel à un sujet sociétal pour décrire une société islandaise victime des mêmes fractures que les autres, quand bien même elle est isolée sur son île. La même violence d’un côté, le même sentiment de honte, culpabilité et isolement pour celles qui se retrouvent prises dans un mauvais mariage, avec un homme qui est peu à peu devenu un bourreau domestique. C’est également l’occasion d’évoquer un moment de l’histoire islandaise avec la présence de soldats américains sur la base implantée sur l’île. C’est en effet en 1951 que les Américains ont pris en charge la défense du pays, celui-ci n’étant pas doté d’une armée. La base de Keflavik servit pendant la 2nde guerre mondiale de base pour les bombardiers américains dans la lignée des accords avec l’OTAN, base qui a par la suite été démantelée en 2006. Aux dernières nouvelles, les Américains et l’OTAN souhaitaient réinvestir la base compte tenu de la présence de la marine russe dans cette zone stratégique. C’est l’un des points forts de l’auteur, qui partage à chaque fois une page d’histoire de ce pays que l’on connaît si peu.  

Le pasteur était en rendez-vous. Elisa s’installa à grand-peine sur une chaise. Elle faisait de son mieux pour cacher qu’elle boitait et était soulagée de s’asseoir. Son hématome avait grossi pendant la nuit, il couvrait presque entièrement sa cuisse et ce matin, lorsqu’elle s’était levée, elle pouvait à peine poser le pied par terre. Elle avait très mal à l’endroit ou elle avait reçu le coup de pied, la douleur l’avait réveillée deux fois. Les deux cachets d’aspirine qu’elle avait pris avant de se mettre au lit n’avaient pas suffi, elle en avait avalé deux autres dans la nuit. Elle avait envisagé d’appeler un taxi pour aller aux urgences et se faire examiner, mais n’en n’avait pas eu le courage.

Et, revoilà, notre Konrad est toujours et encore à la recherche de réponses à un passé qui tombe de plus en ruines, toujours rue Skulagata à Rekjavik, aux abattoirs, là où a été retrouvé son père. Car alors qu’il ne cesse de le poursuivre, le temps avance et efface de plus en plus les traces : de livre en livre, les choses se précisent, mais cela reste quand même un poil laborieux. Je suis tout de même restée sur l’impression que l’auteur faisait traîner l’enquête personnelle que mène en sous-main l’ancien policier afin de prolonger le cycle Konrad. L’aspect spiritisme est encore présent, avec Eyglo la compagne d’enquête de Konrad, la médium, mais je reste tout comme lui pas fondamentalement convaincue de son bien-fondé.

J’ai lu ce titre sans difficulté, avec peut-être moins d’empressement qu’à l’accoutumé avec Arnaldur Indridason : les enquêtes se succèdent et tendent à se ressembler dans le fond, ce titre-là n’est pas le plus inspiré de tous ceux qu’il a pu écrire, l’auteur me semble faire un agaçant sur-place. Un bon coup d’accélération me semblerait profitable au rythme des romans, et peut-être pour pouvoir repêcher l’attention du lecteur, de la mienne en tout cas, qui s’est peu à peu perdue au fil des pages. J’attends de pied ferme son prochain roman, publié l’année dernière en Islande, et que j’imagine en cours de traduction, portant le titre de La Victoire en islandais.

Peu après être entrée dans la maison, Eyglo avait vite ressenti le malaise évoqué par la femme.

Il arrivait régulièrement que des gens l’appellent en lui demandant de venir chez eux parce qu’ils souffraient d’angoisses inexplicables. Certains cherchaient à entrer en contact avec leurs proches défunts et parlaient de bruits inquiétants. Eyglo refusait de participer à ces chasses aux fantômes, à quelques rares exceptions près, et elle avait réussi à se débarrasser de cette femme au téléphone quelques jours plus tôt en lui notifiant une fin de non recevoir assez ferme. Son répit avait été de courte durée.

Deux jours plus tard, par une soirée d’automne, une quinquagénaire qu’elle n’avait jamais vue était venue sonner à sa porte. Juchée en haut des marches, sous une pluie diluvienne et souriant d’un air embarrassé, elle avait avoué être la personne qui l’avait appelée récemment pour lui parler de sa maison. Elle s’était empressée d’ajouter qu’elle ne venait pas lui demander d’organiser une séance de spiritisme ou quoi que ce soit de ce genre, mais souhaitait uniquement qu’elle l’accompagne chez elle pour faire le tour de la maison et lui dire si, elle aussi, elle percevait quelque chose susceptible d’expliquer l’anxiété et le trouble qu’elle ressentait depuis qu’elle avait emménagé, une peur et une appréhension lancinantes qu’elle n’avait jusque-là jamais éprouvées.

Pour aller plus loinEditions Métailié

Publication : 15/04/2022

Un recueil d’essais captivant sur les sujets chers au grand écrivain cubain : l’amitié, l’exil, la littérature, le cinéma et l’écriture.

Les livres du grand écrivain cubain Leonardo Padura sont un dialogue entre l’Histoire et la littérature, l’île de Cuba et l’exil, la puissance de l’amitié et la dureté des rêves frustrés. Dans ce captivant recueil d’essais, l’auteur explore les coulisses de ses oeuvres les plus célèbres et emblématiques et les sujets qui lui sont les plus chers (la cubanité, la musique, le cinéma, la littérature, le base-ball…). Véritable immersion dans la salle des machines littéraire d’un auteur mondialement reconnu, ce livre personnel et évocateur est également un hommage au genre du roman, qu’il maîtrise et affectionne tant.
Une fascinante fenêtre ouverte sur le métier d’écrivain, sur la création artistique et l’importance de la littérature. Une masterclass humaine, brillante et profonde sur l’art du roman avec le rythme, les contradictions, l’humour et les saveurs de Cuba.

Publication : 13/05/2022

Sur la côte ouest de l’Écosse, Alasdair Mor exploite la petite ferme familiale, seul après la mort de son père et le départ pour la ville de son frère. Il vit de la pêche au homard. Il aime profondément la nature sauvage et grandiose qui l’entoure. Mais un couple s’installe dans les environs, et le vol et le mal font irruption dans sa vie. Cela entraînera un affrontement et une poursuite hallucinante à travers les collines sauvages.
Au-delà des personnages austères et attachants, les véritables héros du livre sont l’océan, le vent glacial et la lande inhabitée. Les descriptions de la mer ou du passage des saisons vers un inévitable « cœur de l’hiver » sont inoubliables.
Ce texte poétique et lyrique aux accents steinbeckiens est écrit dans une langue magnifique.

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