Guetter l’aurore

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Été 1941. Les Brodsky, une famille juive originaire de Russie, ont fui la zone occupée et la menace nazie pour se réfugier dans le sud de la France. Mais, brutalement rattrapés par les nouvelles lois de Vichy, ils se retrouvent en résidence forcée à Saint-Girons, au pied des Pyrénées, dans une grande demeure délabrée.

Peu à peu, la vie s’organise. Esther, l’aînée des enfants de la famille, rencontre Clara. L’heure est à l’adolescence, aux premiers émois et aux grandes amitiés. C’est également le temps de l’engagement dans la Résistance, des luttes pour survivre, mais aussi des rafles… Dans la tourmente, Esther et Clara feront tout pour rester maîtresses de leur destin. Mais c’est compter sans la brutalité de l’Histoire.

Des décennies plus tard, la petite-fille d’Esther, Deborah, surprend sa grand-mère qui, dans un moment d’égarement, crie un prénom : Clara. Mais lorsqu’elle la questionne, Esther se mure dans le silence. Troublée, Deborah va alors tenter par tous les moyens de reconstituer l’histoire de sa famille et de remonter le fil de ce passé si longtemps gardé secret.

Julie Printzac

336 p.

Les Escales

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Quelques mois, semaines, jours, avant la Seconde Guerre mondiale, quelque part près de la frontière espagnole, siège le paisible village de Saint-Girons. Une autre histoire, d’autres drames, une famille juive parmi tant d’autres dans ce roman basé sur des faits réels, sur le village qui existe effectivement, implanté dans l’arrière-pays ariégeois. La famille Brodsky, totalement étrangère du poète russe du même nom, finit dans ce petit coin de France en 1939 encore épargné par les affres de la guerre qui s’annonce. Et c’est par le biais de la mémoire qui fuit d’Esther, la fille aînée de la famille Brodsky, devenue grand-mère, que le passé, et ses protagonistes, vont reprendre forme, sous forme de bribes altérées, devant sa petite-fille, Deborah, et sa mère, Jeanne, totalement ignorantes de ce temps révolu.

On a envie de connaître les années que l’on sait d’avance sombres de la famille Brodsky, on s’y attache à ce récit, pétri de bons sentiments. D’autant que le village se trouve en zone non-occupée et était peut-être davantage propice à sinon de la liberté, une vie moins exposée aux engeances allemandes, tout de même relativement paisible pour une famille juive. Car le village apparaît d’une tolérance, peut-être un peu développée qu’ailleurs, envers ceux qui étaient considérés comme les pestiférés, même si comme de partout, les éléments malfaisants étaient de mise et finissent par tout salir, même jusqu’aux meilleures volontés. Au-delà de cela, on peut saluer l’effort de l’auteure à dépeindre certains personnages en dehors de la dichotomie manichéenne qui consiste à placer les occupants germains nationaux-socialistes d’un côté, les partisans de la résistance et la communauté portée aux gémonies, de l’autre. Comme l’Espagne et la France, les frontières étaient poreuses, les ressentis personnels ne correspondant pas forcément aux sinistres directives du gouvernement. Des personnages ambiguës, qui flottent d’un bord à l’autre, c’est ce qui donne aussi un peu de piment au roman, on saluera juste l’effort à abolir ces frontières trop franchement structurées entre bien et mal qui font de lâches, égoïstes, peureux, des Eichmann ou Mengele en puissance. Même si les uns comme les autres portent leur responsabilité en étendard.

Je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce roman : la gravité et la sensibilité du sujet le rendent forcément touchant. D’autant que l’antisémitisme, et d’autres formes de racisme, effectuent un retour sur les chapeaux de roue. Sauf que. Sauf que la façon dont il a été traité rappelle furieusement d’autres récits, construits aussi sur l’axe de la mémoire mère-fille-grand-mère, dont La carte postale d’Anne Berest ou encore L’hiver de Solveig de Reine Andrieu, pour ne citer que des titres qui comptent à peine un an de publication. Le sujet évoqué et les thèmes autour, la guerre, l’antisémitisme, le nazisme, la collaboration, impliquent à l’évidence le recours aux mêmes péripéties, coups de théâtre, plus ou moins inattendus, on ne va pas se le cacher. La délation, les arrestations, les déportations, les crimes de guerre, rien ne surprendra vraiment personne. En revanche, le fait que le village soit à proximité de la frontière espagnole instaure un contexte encore différent, de cette résistance transpyrénéenne qui s’est organisée malgré la situation politique de l’Espagne. 

Ce ne sont que des histoires de fuite, de Bruxelles, de Paris, de Saint-Giron, de la famille Brodsky, des allemands, des délateurs, des collabos, de l’ensemble des juifs de Saint-Giron, de la mémoire. Et conséquemment, l’histoire de retrouvailles, de plusieurs femmes de ce qui est devenue la famille Brodsky, créer et recréer des liens entre elles, en construisant des ponts avec le passé, mais aussi avec le présent, avant l’échéance. Je remarque comme à chaque fois, dans chaque roman, chaque récit, les femmes portent en elle cette idée de mémoire, mais aussi de transmission – difficile, impossible ou non.

A la déclaration de la guerre, ils avaient fui la Belgique ou ils vivaient depuis 1934 pour se réfugier à Paris. Yankel et Guittla les avaient hébergés dans leur petit appartement du 11e arrondissement, rue du Grand-Prieuré. Le couple s’en servait également d’atelier de confection et de boutique, et toute la famille s’y était entassée comme elle l’avait pu. Lorsque l’invasion de Paris par les Allemands était devenue imminente, ils s’étaient dépêchés de suivre le grand mouvement d’exode qui avait saisi le pays.

Guetter l’aurore est un titre parfaitement adapté à la lecture de ce roman : on s’immerge tellement dans la famille Brodsky, qu’à ses côtés l’on attend avec hâte de toucher à la fin de la guerre, qui ne la laissera pas indemne même si elle réussira à passer entre les filets de l’étape de la déportation, les souffrances, les pertes sont réelles, les traumatismes insondables. Pour preuve, l’un des derniers cris désespérés de notre Esther vieillissante, c’est le prénom de cette amie, Clara.

Les vacances de Noel et les célébrations du Nouvel An de 1943 furent sinistres. Les Allemands avaient investi la ville, faisant régner une tension extrême qui allait se transformer rapidement en terreur, Saint-Girons étant un lieu de passage stratégique entre la France et l’Espagne pour qui était capable de traverser à pied les Pyrénées. La ville attirait de nombreux candidats à l’exil : Juifs ou opposants politiques en fuite ; soldats alliés en déroute ou jeunes Français fuyant le travail obligatoire. Ils espéraient rejoindre Londres ou les zones de combat en Afrique. Les autorités allemandes, rendues plus agressives par leurs premières défaites contre les Alliés en Méditerranée, avaient donc envoyé en force à Saint-Girons les troupes de la Zollgrenzschutz, la police des douanes, installée au château de Beauregard, en bordure de la ville. Là, les soldats allemands et autrichiens dressaient des chiens féroces qu’ils emmenaient en patrouille dans les montagnes afin de donner la chasse aux fugitifs et à leurs passeurs, pour la plupart des bergers et montagnards aguerris des environs.

En raison des nombreux réseaux de résistance qui s’étaient développés dans le pays du Couserans, les attaques contre l’occupant s’étaient multipliées. En réaction, un commando de la Gestapo, dirigé par le capitaine SS Dreyer, était arrivé en ville et y avait pris ses quartiers. Il surveillait également la frontière, traquait et réprimait opposants et fugitifs.

Le capitaine s’était empressé de recruter des espions et des hommes de main parmi les Saint-Gironnais, créant dans toute la ville une atmosphère de suspicion atroce. La haine et la délation apparurent au sein d’une population qui, jusqu’alors, vivait en bonne entente. Dreyer installa son QG dans une villa dont la forme mauresque lui valut le surnom de « Mosquée ». Non loin de la bâtisse, la Milice française investit une maison dominant la gare, d’ou elle surveillait les allées et venues des voyageurs.

Pour aller plus loin avec Les Escales

Rosa est née dans le quartier de San Nicola, l’un des plus pauvres de Bari. Parmi les maisons blanches bordant d’étroites ruelles qui courent vers la mer, la violence règne. Et chez Rosa, c’est son père, « Gueule d’ange », qui fait régner la terreur. Au sortir de l’adolescence, elle rencontre Marco et, avec lui, la promesse d’un nouveau départ. Elle l’épouse et le suit à Rome, où elle donne naissance à Giulia, leur petite fille. Mais, très vite, l’histoire se répète et Rosa comprend que Marco n’est pas celui qu’elle croyait. Quand sa mère tombe malade, la jeune femme n’a d’autre choix que de retourner sur les lieux de son enfance pour replonger dans son passé, affronter sa haine pour son père et, peut-être, emprunter le chemin du pardon.

Peut-on pardonner l’impardonnable ?
Chrissie est une enfant solitaire qui grandit dans une banlieue anglaise sordide. Délaissée par un père absent et une mère démissionnaire qui fait tout pour ne plus avoir à s’occuper d’elle, son quotidien est violent et misérable. La seule chose qui donne à Chrissie l’impression d’être vivante, c’est son secret. Et rien que d’y penser, elle en a des papillons dans le ventre.
Le premier jour du printemps, elle a tué un petit garçon.
Quinze ans plus tard, Chrissie s’appelle Julia. Elle cache sa véritable identité et tente d’être une bonne mère pour Molly, sa fille de cinq ans, malgré ses nombreuses inquiétudes. Va-t-elle pouvoir subvenir aux besoins de sa fille ? Réussir à lui donner ce qu’elle n’a jamais reçu ? Quand, un soir, elle commence à recevoir de mystérieux appels, elle craint que son passé ne refasse surface. Et que sa plus grande peur, celle de se voir retirer Molly, ne soit sur le point de se réaliser.

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