Froid comme l’enfer

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Avoir une sœur c’est la meilleure et la pire des choses, on se trouve coincée dans des rôles depuis l’enfance. Aurora n’a aucune envie de quitter l’Angleterre pour aller en Islande s’occuper de la disparition d’Ísafold, mais difficile de résister à une mère qui ne veut pas comprendre qu’une enquêtrice financière n’est pas un détective privé. Ce qu’elle sait bien faire, elle, c’est démasquer les fraudeurs et les faire payer en se servant au passage. Et comme l’Islande a une réputation établie pour ce genre de problème, elle va y aller. Et tester ses compétences ainsi que sa séduction. 

Mais Ísafold est introuvable. Il semble que son mari la battait, ce qu’elle niait farouchement. Au fil des témoignages qu’Aurora recueille dans ce pays baigné dans la lumière magique d’un soleil de minuit éblouissant, des personnages inquiétants émergent. Au cours de son enquête elle met au jour des détails subtils sur les façons de vivre et de se parler, et par ce travail de dentellière elle nous fait entrer dans un monde plus complexe qu’il n’en a l’air.

Lilja Sigurðardóttir

272 p.

Editions Métailié

Helköld sól, 2019

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

L’Islande dans toute sa splendeur. Les gens forçaient sans cesse le passage. Comme si l’idée d’attendre son tour était totalement étrangère ici.

De Lilja Sigurðardóttir je n’avais encore rien lu, je remercie les Editions Métailié d’avoir proposé ce titre sur Netgalley, ce qui m’a permis d’aborder l’île volcanique sous une autre perspective que celle d’Arnaldur Indridason. C’est un point de vue féminin, d’où se font nettement ressentir les préoccupations de l’auteure, et un peu plus personnel que celui de son compatriote. Lilja Sigurðardóttir est l’auteure de quelques romans noirs, dont la trilogie Rekjavik noir, mais également de deux pièces de théâtre, non traduites en France. On devrait avoir droit a priori aux deux prochains romans qui font suite à Froid comme l’enfer, déjà publiés en Islande, qui devraient se nommer approximativement Rouge comme le sang et Blanc comme la neige, d’après une traduction littérale. Ceci est ainsi le premier titre d’un cycle, dont les têtes pensantes sont Aurora, Áróra dans la version originale islandaise, la chasseuse de trésor et le détective Daniel, son vrai-faux oncle.

C’est d’abord une disparition, celle de la sœur d’Aurora, Ísafold, retournée vivre dans son Islande natale. Aurora et sa sœur sont binationales, ces deux nationalités qu’elles endossent leur viennent de leur mère anglaise et de leur père islandais. C’est un retour en Islande pour Aurora, sûrement pas pour le meilleur, qui a quitté l’île avec sa famille des années auparavant pour vivre à Newcastle : retrouver une sœur avec laquelle elle n’a rien en commun, si ce ne sont leurs origines, mais une sœur qu’elle sait maltraitée par son compagnon islandais. Je vous le disais plus haut, c’est un roman de femmes, écrit par l’une d’elles, de deux sœurs aux antipodes l’une de l’autre, un roman sur la sororité, aussi, ces liens complexes qui les unissent et qui les séparent en même temps. Si c’est une chasse à la sœur disparue qui motive son retour dans ses terres natales, Aurora va s’embringuer dans une autre sorte de chasse, celle au trésor, comme elle l’appelle, à Reykjavík.

Financial investigator, détective privée spécialisée dans le recouvrement de fonds, Aurora n’a rien de ces autres enquêtrices qui nous viennent du nord, encore moins ce prénom plutôt impromptu pour un pays où justement les journées sont presque interminables à partir du mois de juin. Une chasseresse de fraudeurs fiscaux, dont la France regorge aussi à l’instar de nos fiertés nationales que sont Cahuzac, Balkany et cie. Débusquer les criminels en col blanc, c’est son job, et l’Islande qui a connu une énorme crise financière en 2008 n’en est pas en manque. Le côté décalé de cette belle femme, jeune, bien dans sa peau, et dynamique, qui a bien souvent le trésor public pour employeurs et sur la piste des dernières traces d’une sœur maltraitée finit de donner un coup de boost à notre histoire.

C’est aussi une Islande autre que chastement islandaise, un pays, qui est aussi un refuge à ces peuples qui fuient la guerre. À ces exilés qui l’ont quittée, mais qui y sont toujours rattachés d’une manière ou d’une autre. La fille-elfe, la fille-troll, l’auteure n’hésite pas à emprunter au folklore national pour quitter un peu le sol des enjeux purement prosaïques de la finance, de la maltraitance, de l’émigration aussi. J’ai l’impression de redécouvrir l’Islande et ses Islandais, de retoucher du doigt la fine pellicule de leur identité sous les yeux d’Aurora, qui, elle aussi, refait connaissance avec ce pays sous les yeux de l’étrangère qu’elle est devenue. Ce qui me manque dans les derniers romans de Arnaldur Indriðason, que je viens de goûter avec Le mur des silences. Nous avons un léger aperçu de ce pays qui continue de subir les contingences de la débandade financière et bancaire de 2008.

Étonnamment, il parvenait à rendre ce commentaire flatteur pour les deux, Isafold était heureuse d’être une fille-elfe, elle avait pratiqué le ballet et, plus tard, la gymnastique, dans laquelle elle avait mis à profit sa souplesse et son élasticité. Aurora n’était pas moins ravie d’être une fille-troll, car leur père était lui aussi un grand gabarit, d’ailleurs il avait presque un travail de troll en tant que vigile et participait aux jeux des Highlands ; la force musculaire était donc un sujet fréquemment abordé à la maison.

C’est aussi l’histoire, universelle, du renversement des rapports de force, de la sœur cadette qui part protéger l’aînée, plus armée qu’elle physiquement et émotionnellement. De ces belles fortunes qui se débrouillent pour s’affranchir de leur solvabilité derrière des montages dantesques de holding pour offrir un chèque en bois aux impôts. Alors que ces mêmes banques, collaborant avec ces plus fortunés et ces plus roublards, n’oublient pas de tenir les comptes avec une précision d’horloger suisse justement de leurs clients les plus modestes. La crise financière de 2008 a laissé une fracture nette et irréversible en Islande, et imprègne tout le récit de l’auteure. Mais pas seulement. Lilja Sigurðardóttir évoque aussi la vague migratoire de réfugiés syriens qui ont fui leur pays, et dont certains ont trouvé le courage de se tailler une petite place dans le Nord Islandais : l’histoire est amorcée, le poisson est ferré, il nous faudra attendre la suite pour en connaître les grandes lignes, et le dénouement.

Lilja Sigurðardóttir a su redessiner une Islande très moderne atteinte des maux de cette modernité, femme battue, réfugié, trans, fraudeur, marginaux, où l’on ressent une très grande solitude chez tous ses habitants. Elle sait cultiver les mystères de son pays, ou trolls et elfes s’affrontent volontiers dans l’imaginaire collectif, mais aussi une réalité plus pragmatique, ou les escrocs, les hommes violents, les usurpateurs d’identité, les meurtriers ont encore de longs et beaux jours devant eux.

Par pur hasard, elle semblait donc s’être trouvé une mission. Un travail accidentel, et qui avait commencé sur une note un peu personnelle à son goût, mais c’était trop excitant pour résister à la tentation. Un sourire aux lèvres, elle ne pouvait cacher sa joie. On n’avait pas tous les jours l’occasion de coincer un criminel islandais. Elle termina son repas, salua Hakon avec un baiser et accepta un nouveau rendez-vous.

Sortant dans l’air frais matinal, elle inspira profondément. Le centre-ville était sur le point de prendre vie, des touristes allaient d’un restaurant à l’autre, lisant les menus sur les vitrines dans l’espoir de trouver un petit-déjeuner abordable, tandis que quelques Islandais traversaient l’esplanade d’un pas hâtif. Ils étaient faciles à reconnaître. Ils marchaient dans une direction bien déterminée, contrairement aux touristes, et beaucoup plus vite, dans une attitude indiquant qu’ils étaient en retard pour leur travail. C’était tellement islandais, de toujours vivre dans la précipitation, de toujours tout faire à la dernière minute.

Arrivée au parking, elle s’immobilisa un instant et observa les alentours. Voilà l’une des choses qui lui avaient manqué de l’Islande, enfant, après que sa famille s’était installée en Angleterre. Ces matins d’été porteurs d’une promesse. Le soleil déjà haut dans le ciel et le vent marin encore à peine perceptible permettant aux petites maisons recouvertes de tôle ondulée bigarrée d’absorber la chaleur des rayons lumineux. Ce pourrait être une belle journée. Et elle se rappelait combien ses compatriotes étaient heureux quand le temps s’annonçait dément.

Pour aller plus loin avec Lilja Sigurðardóttir

Qui est cette jeune femme élégante et décidée qui traverse régulièrement les salles d’embarquement de l’aéroport de Keflavík? Bragi, le vieux douanier, n’en doute pas: Sonja risque sa vie. Devenue passeuse de cocaïne, elle est contrainte à un jeu dangereux avec de puissants narcotrafiquants. Tout en composant avec un ex-mari pervers. Pourtant, en silence, Sonja prépare sa vengeance. Elle ne laissera pas le piège se refermer sur elle.

Après plusieurs missions humanitaires éprouvantes, Úrsúla accepte de remplacer au pied levé le ministre de la Justice en attendant les prochaines élections.
Elle découvre très vite que son administration n’est là que pour bloquer toutes ses initiatives.
Aussitôt après sa première intervention publique, elle devient la proie d’un cyber-harcèlement menaçant et doit engager un garde du corps. Elle est également poursuivie par un sdf agressif, qui sort d’un hôpital carcéral.
Catapultée dans ce nouveau monde, cible systématique d’attaques sur les réseaux sociaux, elle découvre aussi l’attitude faussement compatissante mais réellement méprisante de ses confrères politiques. Elle tente cependant de faire son travail tout en affrontant le stress post-traumatique résultant de ses missions humanitaires ainsi que sa culpabilité vis-à-vis de son mari et de ses enfants.
Elle est, certes, entourée de gens en lesquels elle a confiance, mais la trahison ne vient-elle pas toujours des plus proches ?

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