Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance

#blog-littéraire #chronique-littéraire #viviane-hamy #céline-lapertot #littérature-française #ce-qu-il-nous-faut-de-remords-et-d-espérance

À 10 ans, Roger Leroy vit comme une trahison l’arrivée dans sa vie de son demi-frère, Nicolas Lempereur. C’est le début d’une haine que rien ni personne ne saura apaiser.

Bien des années plus tard, Roger, garde des Sceaux d’un gouvernement populiste, œuvre à la réhabilitation de la peine de mort. Nicolas, lui, est une véritable rock star, pacifiste et contre toute forme de discrimination. Un fait divers impliquant un pédophile récidiviste rallie bientôt l’opinion publique à la cause du garde des Sceaux, et la peine de mort est rétablie. Mais quand Nicolas est accusé du meurtre d’une jeune femme et clame son innocence, la querelle fraternelle qui l’oppose à Roger devient alors un enjeu sociétal et moral. Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance est la chronique annoncée d’une tragédie contemporaine ; un roman coup de poing, criant de vérité.

Céline Lapertot

215 p.

Viviane Hamy Editions

Ma Note

Note : 5 sur 5.

C’est un coup de cœur que je vais présenter là, un roman dont je n’attendais pas qu’il me trouble autant, qu’il me laisse cette trace et cette émotion indélébiles que lèguent les romans d’exception. Une plume aiguisée, un choc aussi rude que la lame de la guillotine dont il est question. Et pourtant c’est une réalité dont nous n’étions pas si loin qu’elle devienne la nôtre. Merci à Céline Lapertot d’avoir composé ce texte, merci aux Éditions Viviane Hamy de l’avoir publié, de m’avoir envoyé un exemplaire. J’écris ces lignes quelques heures après la défaite de celle qui avait mis au premier plan de son programme le rétablissement de la peine de mort. Que nous ayons été si près de voir la guillotine revenir sur le devant de la scène laisse un goût amer. Car le choc de cette lecture est encore là dans un coin de ma tête. 

C’est un roman qui a visiblement eu le même impact sur une majorité de lectrices et lecteurs, je n’y ai pas fait exception. Il a peut-être même fait un peu d’ombre à son collègue de la rentrée littéraire de septembre 2021, Nord bonheur d’Arpad Kun. On ne peut pas l’en blâmer mais c’est dommage car ce dernier titre possède ses qualités, peut-être moins flamboyantes. Je me suis plongée dans ce roman au titre long et peut-être un peu pompeux et mystérieux au prime abord, mais que l’on finira par comprendre en fin d’histoire, dans l’ultime acte de cette tragédie. C’est un roman sur le retour de la peine de mort, symbolisée en France par la grande veuve, par ceux qui ont décidé de surfer sur cette colère et peurs primitives qui peut s’infiltrer en chacun de nous dès lors que l’on est confronté à l’insupportable : le meurtre, le viol, les agressions et autres faits de barbarie.

Céline Lapertot a utilisé la relation conflictuelle d’une fratrie de deux demi-frères dont la vie commune ne pouvait pas plus mal commencer puisque issus des deux relations que leur père commun a entretenues simultanément avec chacune de leur mère. Deux demi-frères qui vont finir par devenir des adultes qui ne se supportent plus, ne se fréquentent plus, leurs goûts et caractère ayant fini de creuser le fossé qui se trouvait déjà entre eux : l’aîné, Roger Leroy, l’un devient ministres de la Justice, l’autre, Nicolas Lempereur, chanteur d’un groupe de rock, on ne pouvait pas faire deux personnalités plus éloignées que celles de ces deux-là. Et Roger, dans son jusqu’au boutisme qui fait de lui un homme de loi et un homme politique sans concession, plus inflexible rigide et dans ses convictions que réactionnaire, va entamer son plus grand combat en tant que tel, remettre à l’ordre du jour le châtiment ultime, et régler ses derniers comptes avec ce frère abhorré.

Si ce roman revêt d’abord une portée politique, il remet d’abord en avant les valeurs humanistes, les valeurs de l’homme qui s’est servi de l’indignation publique, une colère justifiée, des sentiments à vifs, a instrumentalisé un drame pour servir une ambition insensée. Ce genre de manipulations politiques, de récupération méprisable, on voit cela tous les jours, personne ne s’en prive, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Mais la condamnation à mort, et cette exécution dont on peine à trouver les mots pour la décrire – d’ailleurs même l’auteure ne le fait pas – représente un point de non-retour et c’est ce que Céline Lapertot met en exergue. Les erreurs judiciaires dans l’état actuel de notre système juridique sont dramatiques, elles ne sont pas encore irréversibles. Céline Lapertot a mis à jour les rouages d’un système qui se fourvoie, la mise à mort cruelle, bête et méchante, plutôt que la tentative de vraiment soigner les maux et vices, qu’a à son actif un homme ambitieux, qui choisit la réforme qui fera de lui un président, peut-être. Un homme qui ne se rend pas compte qu’il deviendra bourreau des condamnés à mort, bourreau de son frère, bourreau pour le restant de sa vie.

Ce récit est glaçant tant par les réactions en chaîne que les pires côtés de l’homme provoquent, les ambitions démesurées et froides de certains se servant allègrement des réactions brutes que tout à chacun exprime, hurle, sans filtre, sur son réseau social. Que le prix à payer, celui du remords, celui de l’erreur qui ne répare pas, et qui est bien plus lourd que la simple perte de son auréole de gloire auprès de ces assistants aux mâchoires prêtes à se repaître de n’importe qui tomberait sur leur passage. C’est le remords d’avoir imaginé dans la solution ultime une solution à un conflit fraternel dont ni l’un ni l’autre n’étaient coupables, une volonté absolue de réforme et de mort qui s’est larvée sur un ressentiment et une blessure sombre et personnels. C’est le renoncement à sa fraternité, à sa famille, à son humanité et à soi-même parce que finalement aucun pardon n’est possible.

Quand le plus vieux sera promu Garde des Sceaux,

Il n’y aura pas de rencontre fraternelle autour d’un repas quand le Président de la République lui demandera d’investir la place Vendôme, et pas de petit frère pour dire que choisir de travailler avec ce président-là, c’est s’inoculer à petite dose le choléra.

Aucune mise en garde, parce que pour cela, il faudrait avoir du cran et éprouver la tendresse que demande le courage.

Roger ne se le cache pas, il sait que souhaiter la peine de mort, c’est envisager la mort de quelqu’un en particulier.

Ce n’est pas seulement une histoire, que j’ai lue, c’est également une plume, un style que j’ai découverts, qui s’accorde totalement au texte qu’il déclame, à ce plaidoyer anti-peine de mort qui prend la forme d’un affrontement fraternel, d’un duel déséquilibré où l’un était condamné d’avance. À défaut de laisser indifférent, il pousse encore un peu plus loin la réflexion sur ce sujet, sachant que planent aujourd’hui de grands doutes sur la culpabilité d’un des derniers condamnés à mort en France. À ceux qui prennent plaisir de réclamer son retour, de voir le sang couler, de voir la tête de l’homme torturé tomber à leurs pieds, et un ultime et sinistre clignement d’œil post-mortem.

Le père, piqué par cette curiosité vive et partagée, y voit un moyen de se rapprocher et de dialoguer, il pousse le débat le plus loin qu’il peut.

Il hante les bibliothèques.

Achète les livres.

Scrute les archives de l’INA.

Remet le sujet sur le tapis dès que l’occasion se présente ; les anniversaires, les banquets, les fêtes de Noël et de Nouvel An, les mariages et les sortie familiales.

C’est ainsi que sans le vouloir, sans en avoir conscience, aiguillé par son désir d’échange avec ses fils, il acquiert une solide et durable réputation de poil à gratter.Il est le perpétuel provocateur, celui qui relance le débat sur la frontière entre le bien et le mal, sur l’équilibre entre celui qui tue et celui doit être tué, et, en point d’orgue, sur l’utilité qu’il y aurait ou non à rétablir la peine de mort.

Pour sa part, il ne voit en ses fils que deux lionceaux qui jouent en se jaugeant l’un l’autre, que l’ancestrale concurrence fraternelle, faite d’échanges musclés et de beaucoup d’émulation. Il ne voit pas que l’amour est là, quelque part, mais sur le point de s’éteindre sous des tonnes d’arguments et de contre-arguments, sous le poids de livres anciens qui ne leur apprennent rien de la manière de se comporter en tant que frères. Sous prétexte d’impartialité, il tente de se donner le beau rôle, sans être sur de vouloir vraiment ressusciter les débats sanglants de la guillotine. Ces interventions maladroites viennent de ce que le vieux père ne sait pas bien comment on aime, lui qui a fondé deux familles à plus de cinq cents kilomètres l’une de l’autre. Il triture les liens du sang pour gommer les aspérités, le superflu, les discussions trop âpres pour n’être qu’un sim̂ple jeu intellectuel. Il ignore qu’il n’y a rien de pire que ce l’on appelle « une famille », si l’on y fait entrer l’amour à coups de pied dans les côtes.

Pour aller plus loin

Imaginez l’histoire d’une violence. Celle que fait subir un père à sa fille, honteuse, intime, qui ne peut se dire ou qu’on ne veut pas entendre…

Et je prendrai tout ce qu’il y à prendre est l’explication du silence dans lequel Charlotte – dorlotée jusqu’à ses sept ans puis soumise aux sévices de son père – s’est enfermée. C’est la jeune fille de dix-sept ans qui révèle le secret de son enfance. Elle a tué et elle doit témoigner. Sous la forme d’une lettre ouverte adressée à son juge, elle raconte, elle revendique son acte et en assume la responsabilité. Après s’être tue pendant si longtemps, comment s’exprimer, comment trouver les mots pour faire comprendre l’inavouable, l’innommable ? Charlotte a décidé que ce ne sera pas par le son de sa voix que le juge l’entendra mais bien par l’écho que renverra sa confession manuscrite..

« Savez-vous pourquoi l’on a accepté de nous livrer ainsi à vous, dans ce que nous avons de plus intime. C’est parce que vous avez marché avec nous. Vous avez couru à nos côtés, la caméra embarquée. Vous avez marché aux côtés de nos mères, lorsqu’elles vendaient nos haricots, nos œufs et notre lait. Vous avez partagé la sueur de nos mères. Vous les avez suivies tout le temps. Vous nous suivez partout, que nous nous battions, que nous vendions, que nous produisions. Vous avez constaté une chose : nous marchons. Nous marchons toujours. La marche est notre socle, le fondement de notre petite civilisation de femmes. Nous marchons pour vendre, nous courons pour fuir mais nous marchons encore pour tuer. »

Dans ce pays d’Afrique, la guerre civile fait rage et nul destin n’est tracé. Celui de Séraphine s’annonce heureux – elle épousera bientôt l’homme qu’elle aime –, mais il bascule lorsque des miliciens saccagent son village. Elle perd alors toute sa famille, et son innocence. Sauvée in extremis grâce à l’intervention d’une faction de l’armée régulière conduite par l’exceptionnelle Blandine, elle se joindra à sa troupe de « Lionnes impavides », qui luttent dans l’espoir fou d’un retour à la paix.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :