Le livre de toutes les intentions

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Le narrateur du Livre de toutes les intentions a quitté sa Roumanie natale pour bourlinguer sur les routes d’Espagne et du Portugal, animé par une double obsession : écrire un livre en une nuit et rassembler dans ses pages la vie de tous les grands écrivains suicidés. Qu’il sillonne le pays à bord d’une Lexus « empruntée », garde un garage à l’abandon ou loge dans une sorte de chenil délirant, ses pensées ne s’éloignent jamais vraiment des « embaumés exemplaires », qu’il s’agisse de César Pavese, Sylvia Plath, Cortázar, ou même Diane Arbus, Kurt Cobain.
Une femme traverse sa vie, une certaine Iris, qui prend forme dans sa fumée de cigarette ou quand il retrouve « un bout de liste de courses, une pince à linge cassée, quelques grains de riz »…

Dans ce bref récit d’une liberté explosive, Marin Malaicu-Hondrari réussit à mêler road-trip et méditation, amour de la poésie et excès de café, composant de façon inattendue une sorte de galerie à la fois loufoque et érudite des grands suicidés de la littérature, accompagné par une musique endiablée, celle du « tacatacatac ininterrompu des touches » de sa machine à écrire et rêver

Marin Mălaicu-Hondrari

98 p.

Inculte

Cartea tuturor intențiilor, 2006

Une traduction de Laure Hinckel

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Avec le livre de toutes les intentions, je me sentais moi-même menacé par la folie. Rien d’étonnant. J’étais plein de morts.

Pour une maison d’édition qui se nomme Inculte, nous voilà avec un roman très riche en références littéraires, un narrateur pétri jusqu’aux oreilles des vies des auteurs qu’il a lus et relus, qui l’ont marqué et qui continuent de le poursuivre, tout fantômes qu’ils sont. Marin Mălaicu-Hondrari signe là un roman à vif, digne de quelques auteurs américains un peu borderline, à la Bukowski : son narrateur jonglant constamment entre les frontières, du légal et de l’illégal, de la vie et la mort, du trop ou de l’insuffisant, de l’excès – d’où lui vient cette envie urgente d’écrire un livre en une nuit – ou de l’absence, en marge de la société, stagnant dans une caravane bringuebalante. C’est un récit sur l’impuissance d’écrire, celui d’un road-trip pour tenter d’en venir à bout, alors que l’intention d’écrire un livre sur les suicidés bouillonne, là, en lui, alors qu’il ne cesse de pourchasser pour la dompter.

Le roman est court, même pas cent pages pour sept chapitres, pourtant, il est intense, il est touffu, il est dru et il est encombré de personnalités toutes plus prestigieuses les unes que les autres. Antonin Artaud, Virginia Woolf, Fernando Pessoa, Enrique Vila-Matas. Ce narrateur anonymisé et enfermé dans une solitude apparente est pourtant tout sauf seul : il est entouré de ses névroses, cette tentation de mettre fin à sa vie qui le démange, et de cette fascination pour les suicidés de la littérature. Accompagné de ces mêmes désespérés, accompagné d’Iris, soit à distance alors qu’elle est restée dans leur Roumanie natale, soit à ses côtés, dans ce Portugal échauffé, accompagné de sa Lexus, compagne d’ errance, accompagné de ses amis, Rafael et Maria-Eugenia, accompagné de la dizaine de chiens de cette dernière. Toujours dans l’excès, ou le dénuement, pas de moyen terme. 

Et derrière tout cela, tout ce petit monde d’excès, de pierres qui tirent par le fond, de cordes qui tirent par le bas, de poisons qui flinguent l’estomac, de foies cirrhosés, de flingues qui trouent la peau, il est à la recherche de ses intentions. Mais lesquelles, celles de la littérature, celle de la lecture sont là, quand bien même le verbe est pauvrement latinisé. Avant, c’est l’intention de l’écriture, l’intention de survivre, peut-être bien. D’écrire sur ceux qui n’ont pas survécu. Toujours sur le fil du rasoir, écrire ou vivre : écrire ce livre qui lui échappe, qui ironiquement a pris vie, dont il est à la poursuite, et qu’il écrit même dans les lignes de ce récit que nous lisons. Musée ou encyclopédie des suicides, c’est la foire à la mort, la fête au dépressif. Exit tout bon sentiment, jovialité, rire gras d’amitié, ce sont les atermoiements éternels, les ruminations sempiternelles, de la caravane au refuge de Cordoue. De Heinrich von Kleist à Kostas Karyotakis, morts d’une balle dans la poitrine, l’un et l’autre, la boucle est bouclée, voilà un texte qui ressemble à un véritable circuit touristique, une visite de ce monde merveilleux des femmes et hommes de lettre suicidés. Le narrateur ne fait pas la fine bouche, il accepte tout, il apprécie tout. 

Si parler de mort et de suicidés à longueur de pages peut paraître un brin morbide, ça ne l’est pourtant pas. La poésie du texte prend le pas sur le reste, la mort elle-même devient un motif récurrent, sublimé presque par le fait de devenir sujet d’un livre à venir, qui couve dans l’esprit du narrateur. La narration de Marin Mălaicu-Hondrari suggère cette tentation de la mort, réifie la tentation de l’écriture, elle prend consistance et forme. À chaque fois qu’il semble réussir à écrire, à recouvrer la possibilité d’écrire, celle-ci lui échappe des mains. Il poursuit alors cette urgence d’écrire, à travers l’Espagne et le Portugal. Marin Mălaicu-Hondrari est également poète et traducteur, il exerce ici son art de manier le mot, modeler la langue à l’envie, avec beaucoup de talent. Et pour reprendre la métaphore boulangère, il ne cesse de façonner son pain : s’il y a bien une fois où l’on peut dire que l’on savoure une œuvre, phrase par phrase, image par image, c’est bien dans ce roman, traversé par l’aura de ses immenses figures littéraires. Chaque phrase a été aiguisée et polie, chaque mot a sa place, sa fonction. Rien d’inutile, de superflu. Au-delà de l’aspect poétique, où la sonorité de la langue s’allie avec sa vigueur, on peut d’ailleurs louer à cet effet le remarquable travail de traduction de Laure Hinckel, l’intensité de la langue de Marin Mălaicu-Hondrari est évidente : si l’esprit créateur du narrateur détone d’idées, si celles-ci s’envolent en une nuée d’éclats, les images qui s’imposent aux yeux du lecteur sont tout aussi foudroyantes, soudaines et puissantes, l’une balayant l’autre. Son écriture a incontestablement cet effet pyrotechnique qu’il évoque.

La désolation des lieux où je vivais s’imposait à moi. Ma vie ressemblait de plus en plus à celle de mon père. Pendant des années il avait surveillé des silos, des dépôts, pendant des des années il avait échafaudé des plans pour moi et mes frères, pendant des années il avait bu comme un trou. Il était plein d’intentions. Il aurait été mieux placé pour écrire un livre sur toutes les intentions. D’une certaine manière, ce livre, il l’a écrit, parce qu’une nuit il a décidé qu’il ne verrait pas le matin.

Que l’on apprécie, ou non, ce titre, et je comprends qu’une narration sans vraiment de nœud narratif très marqué puisse déconcerter, il faut tout de même souligner cette langue incroyable, qui sublime cette épopée cahotante à travers les affres de l’impossibilité d’écrire. On peut aussi se réjouir à la lecture des divers auteures et auteurs qui accompagnent le narrateur jusqu’au moment final, lequel, clôt comme il se doit ce récit étourdissant. 

Je parcourais l’Andalousie. Je ne fatiguais pas. Dès que je fermais la portière et que je démarrais, j’entrais en transe. C’était comme si j’avais appuyé sur un interrupteur. Je rêvais à ce que j’allais écrire une fois arrêté. Là, dans la voiture, je devenais sûr de mes intentions. Confortablement assis sur le siège, les yeux fixés sur le ruban d’asphalte, la main gauche sur le volant et la droite sur le levier de vitesse alors que c’était une voiture à boîte automatique, j’œuvrais avec nonchalance et efficacité à mon livre, le livre des suicidés. J’écrivais monstrueusement. Le livre levait comme un pain capable de tous les nourrir. J’étais dépendant du bercement de la voiture, du glissement muet du paysage. Une fois que j’étais descendu de voiture, mes idées se brouillaient, m’empêtraient affreusement, ce qui jusqu’alors avait été précis devenait probabilité, intention. Je n’écrivais pas, je rêvais que j’écrivais : c’était valable aussi bien au volant qu’en dehors de la voiture.

J’avais découvert en moi un interrupteur, un déclencheur sensible au moindre battement d’aile de mouche. Je portais en moi une mine antipersonnel dont la détonation me faisait exploser la tête et c’était alors un fascinant envol d’idées. Je voyageais dans un véhicule onirique plein à craquer de suicidés. Je n’avais aucune direction, rien ne sortait de tout ce que j’écrivais. Tout restait déposé dans l’impondérabilité.

Pour aller plus loin avec les éditions Inculte

Moscou, années 1930, le stalinisme est tout puissant, l’austérité ronge la vie et les âmes, les artistes sont devenus serviles et l’athéisme est proclamé par l’État. C’est dans ce contexte que le diable décide d’apparaître et de semer la pagaille, bouleversant les notions de bien, de mal, de vrai, de faux, jusqu’à rendre fous ceux qu’il croise. 

Chef-d’œuvre de la littérature russe, livre culte à travers le monde, Le Maître et Marguerite dénonce dans un rire féroce les pouvoirs autoritaires, les veules qui s’en accommodent, les artistes complaisants, l’absence imbécile de doute. 

Allemande de l’est récemment passée à l’ouest, Soja survit en faisant des petits boulots dans un Berlin encore séparé en deux par un mur. C’est là qu’elle rencontre Harry dont elle tombe aussitôt amoureuse. Ce beau garçon paumé, taciturne, héroïnomane est récemment sorti de prison. Soja décide d’aider le jeune homme à sortir de la drogue. Elle l’héberge, le prend en charge, engage tout son temps, son amour et son argent pour le soutenir. Mais malgré cela, il replonge. Leur histoire aura duré trois ans. A la mort de Harry, Soja découvre un cahier renfermant 89 phrases constituant le journal de son amant. Un journal dans lequel elle n’est jamais mentionnée.

Vilains Moutons est la longue lettre, douce-amère que Soja adresse après sa mort à l’homme qu’elle aimait. Elle essaie de comprendre l’amour fou qu’elle a éprouvé pour Harry, et s’interroge : s’est-elle trompée ? A-t-elle été aveugle ? S’est-elle donnée tout entière à un homme qui ne l’aimait pas ?

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