Comme si j’étais née de toi

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Zuri, une adolescente noire adoptée par une femme blanche qui l’élève seule, se scarifie.
Face à la douleur de sa fille hantée par les mystères de son passé, Helen, la mère, l’adresse à une psychologue Ana. Entre Ana et la jeune fille vont se nouer des liens complexes à mesure que progresse la thérapie car toutes les deux sont des rescapées d’un passé traumatisant. pour toutes les deux, la guérison prendra des chemins inattendus.

Susan Newham-Blake

266 p.

Pocket

As if born to you, 2019

Une traduction de Aline Azoulay-Pacvon

Ma Note

Note : 4 sur 5.

Mais, dans le fond, je suis floue, je n’ai pas de contours nets. Je suis ce qu’on veut que je sois.

Grâce au site lecteurs.com et aux Éditions Pocket, j’ai eu la chance d’être choisie pour recevoir et lire ce court roman, dont la concision n’a d’égal que la qualité du texte et son pouvoir d’attraction : Susan Newham-Blake est une auteure sud-africaine, dont Pocket nous offre, en édition de poche, le premier titre traduit en français. On ne pas parler d’Afrique du Sud sans évoquer les problématiques inhérentes à la société et à l’histoire du pays. Si l’apartheid est censé appartenir au passé, Nelson Mandela y a sacrifié quelque trente années de sa vie, la ségrégation raciale ne s’efface pas si facilement, les dominants acceptent rarement de se voir déposséder de leurs privilèges. Susan Newham-Blake choisit de son côté de relier des fils entre les deux communautés, à travers l’histoire de vie de deux individus et leur statut de femmes victimes de négligences ou maltraitance, plutôt que d’en retracer toutes leurs différences.

Tout part en effet d’entretiens entre une psychologue, Ana, blanche, la quarantaine, célibataire autant que solitaire et Zuri, collégienne et scolarisée dans une école privée, noire, qui va sur ses quatorze ans. Si Zuri a un statut un peu particulier puisque fille adoptive d’une mère célibataire, et blanche de surcroît, elle vit dans un environnement totalement blanc, privilégié. Ana est la solution ultime pour Helen cette mère à bouts de solutions vis à vis d’une fille qui se coupe et dont elle n’arrive pas à comprendre les causes de son mal. Cette toute jeune fille est pour Ana un détonateur, le révélateur même de sa propre souffrance, qu’elle tente bien de dissimuler sous ses ablutions incessantes d’alcool. Et plus elle tire les fils de l’écheveau de cette jeune adolescente prise en conflit entre son identité sud-africaine et la blanchité qui compose son entourage afin de découvrir la source même de sa souffrance, plus ce sont ses propres sédiments de souffrance qui remontent à la surface. On découvre bien vite que ce n’est pas une simple question de couleur, de racisme, qui a poussé Zuri dans le cabinet de la psychologue, même si la problématique raciale est présente d’un bout à l’autre du livre.

Transfert de la psychologue sur la jeune Zuri, je ne prendrai pas le risque d’évoquer des concepts psychologiques qui ne sont pas de ma compétence, en tout cas la souffrance de Zuri trouve un écho dans la personnalité d’Ana, qui est déjà pas mal en vrac lorsqu’elle débute cette psychothérapie avec sa patiente. Et c’est bien ces échos, ces résonances du mal-être de l’une au mal-être de l’autre, et qui pourtant s’inscrivent en opposition, qui me semblait adroitement articulées. Et bien plus que de différences racistes, si un lien tenu se crée effectivement entre elles, c’est par ces non-dits qui jalonnent leur existence, et qui finissent par prendre le dessus. Contre toute attente, c’est un roman dont on peut saluer la concision, les longueurs inutiles ne font pas partie des défauts qu’on peut lui reprocher, il suffit parfois de n’en pas écrire trop, et c’est une qualité qui se fait rare. Point de chapitres interminables sur toutes les branches de la famille de l’une et de l’autre, de digressions sur les problématiques sociétales, qui pourtant, au vu du contexte, étaient légion. 

Malgré les différences qui séparent Ana et Zuri, l’auteure a érigé une autre sorte de point commun qui relie des personnalités différentes, se servant même de ces différences pour embrouiller le jeu du dominant/dominé, redistribuer les cartes depuis l’histoire d’Ana, qui a grandi entre deux parents blancs, une femme noire exploitée jusqu’à la moelle, jusqu’à celle de Zuri, qui a grandi dans un milieu privilégié, qui ne se sent ni tout à fait noire et encore moins blanche. Leurs drames personnels les relient, faisant d’elles deux jeunes femmes abusées ou négligées, davantage d’ailleurs que la sud-africaine noire et la sud-africaine blanche. Du boucan assourdissant de la capitale du pays, ou tous sont réunis dans une même cacophonie chaotique, et la violence d’un pays fortement ségrégationniste, ces deux voix se laissent entendre l’une à travers l’autre et cette union salvatrice laisse un espoir, faible mais réel, quant à une coexistence possible entre plusieurs sensibilités davantage que plusieurs peuples, les uns descendants des colons, les autres autochtones.  

Le visage de Zuri m’apparaît. Il n’est pas rare que je pense à un patient au réveil. Je revis un moment particulier d’une séance, le récit d’une histoire traumatisante, par exemple, et je réalise que j’ai manqué quelque chose. Un détail qui prend soudain tout son sens. Une phrase qui m’avait paru anodine au premier abord. Une clef que mon subconscient me livre, tel un cadeau. Parfois, elle prend la forme d’un sentiment. D’une inquiétude. J’ai peur qu’un patient ne s’en sorte pas, qu’il fasse une bêtise, qu’il se tue dans un accident de voiture, fasse une overdose, ou pire, se suicide.

Mais c’est différent avec Zuri. Elle me déstabilise. Ce n’est pas son silence buté qui me pose problème – les adolescents ont le don de se fermer comme des huîtres. Non, le problème avec Zuri, c’est qu’elle a un secret.

J’ai choisi ce titre parmi la sélection proposée par lecteurs.com, et je suis ravie d’avoir fait un bon choix : j’ai un coup de cœur pour cette histoire, ces destinées féminines qui se rencontrent fortuitement et influent l’une sur l’autre dans un sens constructif, bien au-dessus des contingences raciales, j’ai un coup de cœur pour cette couverture sobre et épurée, si révélatrice. Ce roman allie plusieurs thèmes, non seulement qui me tiennent à cœur, le féminisme, le racisme, la maltraitance, la négligence, la maternité, qui sont traités ensemble avec brio, évitant qu’un thème, aussi essentiel soit-il, je pense au ségrégationnisme sud-africain, prenne le pas sur tous les autres sujets. Merci encore à lecteurs.com et à Pocket pour cette lecture passionnante !

– Çà suffit, enfant démoniaque ! Sors de ma classe ! Les filles comme toi n’ont pas leur place ici, a-t-elle soufflé d’une voix rauque. Sors d’ici et attends la fin du cours dans le couloir !

Je me suis tournée vers Amy, mais elle fixait la table en secouant la tête. Je me suis demandé si elle était en colère après moi parce que j’avais gâché son premier jour d’école. En plus, je lui avais attiré des ennuis. Elle allait me détester, maintenant, et sans doute changer de place.

A la fin du cours, sœur Miriam m’a fait la moral. Quand je suis ressortie dans le couloir, Amy m’attendait.

– Quelle idiote ! Qu’est-ce qu’elle entendait par « les filles comme toi » ?

J’ai haussé les épaules. Je n’étais pas sûre de comprendre. Je savais juste que ça m’avait mise mal à l’aise et que je l’avais sans doute mérité.

– Je pense qu’elle a dit ça parce que tu es noire. C’est une imbécile.

C’est à cet instant qu’Amy est devenue ma meilleure amie.

Mais c’était avant que tout change. Avant que je découvre la vérité. Avant que je commence à me faire mal parce que c’est la seule chose qui me calme.

Je me suis beaucoup coupée, ces derniers mois. Après chaque contrôle râté. Ou quand j’ai été la seule à ne pas être invitée à l’anniversaire de Sophie au ballet sur glace. Quand Nandi et Zodwa m’ont insultée et se sont moquées de moi parce que mon zoulou ressemble à celui d’une Mlungu. Quand elles m’ont accusée de me comporter comme si je me sentais supérieure à elles. Je me coupe chaque fois que quelque chose me blesse. C’est comme si toutes ces souffrances se surajoutaient. Me faire saigner le seul moyen de ne pas me sentir submergée.

Pour aller plus loin en Afrique du Sud

1901. Afrique du Sud. Une guerre sans merci oppose l’armée britannique et les premiers colons. Sarah van der Watt et son fils sont emmenés de force dans un camp de détention. À leur arrivée, on leur assure que « tout ira bien ». Dans les faits, c’est la naissance du premier camp de concentration de l’histoire…
2010. Willem, 16 ans, ne veut qu’une chose : rester seul avec ses livres et son chien. Inquiets, sa mère et son beau-père l’envoient au camp « Aube Nouvelle », où on accueille des garçons pour en faire des hommes. Virils. Ici, lui assure-t-on, « tout ira bien ».
Ce qui lie ces deux drames ? Il faudra se plonger dans ces pages bouleversantes pour le découvrir.
 
Tout ira bien célèbre les forces de ténacité et de résilience de l’esprit humain, dans un monde où l’histoire se répète, le plus souvent pour le pire.

Ada naît dans les années 1930 à Cradock House, demeure de la famille Harrison. Fille illégitime de la domestique noire, elle grandit aux côtés des deux enfants du couple. Elle ne va pas à l’école, mais Cathleen Harrington, la maîtresse de maison, lui apprend à lire. Remarquant son intérêt pour la musique, cette dernière entreprend de lui enseigner le piano, en dépit des réserves de son entourage.
Ada a beau s’avérer une élève assidue et une pianiste très douée, ses perspectives d’avenir semblent cependant bien limitées dans un pays où la situation entre Blancs et Noirs se durcit de plus en plus. L’année de ses dix-huit ans, alors que la politique de l’apartheid est mise en place sur l’ensemble du territoire, Ada est violée par Mr. Harrington. Enceinte, elle se réfugie chez l’une de ses tantes, dans un township. Son talent pour la musique et l’amitié qu’elle partage avec Mrs Harrington vont se révéler ses meilleurs alliés dans un monde où, mère d’une enfant métisse, elle n’a nulle part sa place.

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