Patte blanche

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Les Simart-Duteil ont marqué votre enfance. Leur nom si français, leur maison flanquée d’une tourelle – comme dans les contes –, leur allure bon chic bon genre ont imprimé sur le papier glacé de votre mémoire l’image d’une famille parfaite.

Un jour, pourtant, vous les retrouvez à la page des faits divers, reclus dans un manoir normand aux volets fermés. Les souvenirs remontent et, par écran interposé, vous plongez dans la généalogie d’un huis clos.

Paul, Clothilde, Samuel ont été des enfants rois. Leur père, magnat des autoroutes au Moyen-Orient, leur mère, Italienne flamboyante, leur ont tout donné. Quand un frère caché écrit de Syrie pour réclamer sa part de l’héritage, la façade se lézarde. Les failles intimes se réveillent.

Paul, dont la notoriété d’influenceur politique commence à exploser, décide de prendre en main le salut de son clan. Une lutte pour la survie de la cellule familiale se met en branle. Et l’« étranger » a beau montrer patte blanche… il n’est pas le bienvenu.

Kinga 

Wyrzykowska

304 p.

Seuil

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Le loup ne peut pas franchir la porte, hein, il doit montrer patte blanche, l’ogre ne les mangera pas tant qu’ils garderont leurs orteils collés les uns contre les autres.

Quatrième titre lu dans le cadre de la rentrée littéraire et c’est peut-être, pour l’instant, celui qui a fait le plus long chemin dans mon esprit pour que je l’apprécie à sa juste valeur. Je viens de voir qu’il a été sélectionné pour le prix Stanislas (comme le roman de Laura Poggioli Trois sœurs, par d’ailleurs), un prix qui récompense le meilleur premier roman de la rentrée littéraire. Il s’agit donc d’un premier roman, pour Kinga Wyrzykowska, l’histoire de ce qui pourrait être un fait divers totalement fictif parmi d’autres, celui d’une famille bourgeoise de la Seine-Maritime, qui a fini par se cloîtrer et vivre en autarcie dans la demeure familiale. Si cela ne manque pas de nous rappeler quelques cas qui ont été médiatisés, je pense ici aux reclus de Montflanquin, que l’auteure en outre ne manque pas d’évoquer, ce n’est pas d’un simple phénomène sectaire dont il s’agit. Même, si visiblement, cette réclusion s’est opérée selon les mêmes mécanisme d’emprise, de haine, de repli sur soi qui induisent les replis sectaires.

Les deux épigraphes nous mettent, en amont, sur la direction que prendra le récit de Kinga Wyrzykowska. L’auteure a choisi deux citations d’auteurs qui comme elle ont émigré : le premier aux mêmes origines qu’elle, Witold Gombrowicz, la seconde auteure est bulgare d’origine, Julia Kristeva. Davantage que l’emprise d’un individu sur un groupe, c’est la rencontre avec l’étranger, celui qui est différent, de langue, de nationalité, de religion, de peau. À cette fin, l’auteure a choisi une nationalité, du moins une religion, qui est en plein cœur des débats franco-français depuis quelques années et qui ne fait que s’intensifier avec les vagues de réfugiés que la France ne cesse de repousser. Elle a choisi une famille de la bonne bourgeoisie française au nom ronflant, Simart-Duteil, aux apparences qui le sont tout autant, mais qui derrière cette façade de faux-semblants et de bien-pensance laisse place à des non-dits et secrets qui ne demandent qu’à s’éventer. Les primes abords, en particulier les portraits des protagonistes sont, à mon sens, un peu caricaturaux : l’aîné de la fratrie Paul se présente comme un youtubeur très à droite, qui gravite autour d’un homme des médias qui a de drôles de ressemblances avec un Vincent Bolloré. Le cadet, Samuel, est à la tête d’une clinique de chirurgie esthétique, dans la recherche éternelle du nez parfait, et en pleine romance avec sa nouvelle fiancée, Monika, mannequin de son état. Et enfin, Clothilde, la sœur, mère de famille bourgeoise, toujours prête à tenter une recette de pain à l’épeautre bio et sans gluten pour nourrir sa descendance chérie. N’oublions pas Isabella, la mère, et veuve, qui n’est pas en reste : fière de ne pas faire son âge, grâce aux injections hyaluronisées de son médecin de fils, elle rayonne dans les rôles de grand-mère pétillante et de femme amoureuse aux côtés d’un homme plus jeune qu’elle. Tous évoluant dans le cadre de cette belle demeure familiale à Yerville, au Clos, qui ne manque pas d’attirer tous les regards environnants.

Ils auraient tout de la parfaite famille bourgeoise, si, comme souvent, les secrets et les blessures encore à vif du passé ne resurgissaient pas, aidés par un Paul acrimonieux et écumant d’une rage latente, avec visiblement des comptes à régler inscrites sur son échéancier. Paul est cet élément perturbateur, toujours à part dans la famille Simart-Duteil, et ressuscite ces secrets de famille, embaumés dans la poussière des cartons, qui leur tenaient lieu de linceul. Paul a mis le feu aux poudres : à partir de là, on observe avec effroi la spirale infernale qui tissera sa toile sur tous les membres de cette famille, c’est celle du doute, constant, de la peur, de l’angoisse, qui s’accroissent au fur et à mesure du roman. Car l’apparition soudaine d’un frère, syrien qui plus est, provoque l’effondrement de la famille, qui avait tout pour continuer à vivre dans cet équilibre qui était le leur.

L’histoire monte progressivement en tension, avec les appels du pied d’un frère, d’un pays et d’une religion qui effraient et rebutent ces gens de bonne famille. Paul devient le médiateur entre ce frère inconnu, qui se rapproche dangereusement d’eux à travers cet exil, et sa fratrie d’origine, celle qu’il connaît, celle qui l’écoute et qui lui fait confiance, trop aveuglement, sans doute. Je n’arrivais pas à comprendre ou Kinga Wyrzykowska souhaitait nous emmener, au-delà des constations de tendances xénophobes de plus en plus claires pour cette partie du Moyen-Orient. Le bon coup de semonce final, réservé au lecteur, et dont la famille se verra exclue, donne plus de profondeur et de complexité à ce roman et l’élève à un autre niveau que celui du simple constat identitaire, qui n’est d’ailleurs pas l’apanage de la France. Je vous laisse le plaisir de la découverte de ce retournement de situation, qui m’a laissée pantoise : à aucun moment du récit, je n’ai pas eu l’ombre d’un soupçon de ces révélations à venir. Elles laissent un goût doux-amer, celui d’avoir trouvé la bonne voix pour écrire ce roman, celui d’une société hargneuse, prête à tout, et dotée désormais d’outils numériques surpuissants, pour se préserver, ou s’immerger dans le formol – c’est comme on veut- d’un voisin lointain qui a eu la mauvaise idée de ne pas vénérer la même idole, et d’avoir le grain de peau qui a trop pris le soleil.

Se cacher, c’est la seule solution pour que le monde ne nous abîme pas. Rester entre nous, au Clos, quelques mois, le temps que les choses se tassent.

Et les plis ou l’on s’enfonce et étouffe disparaissent.

C’est un premier roman, qui a la qualité de remettre les choses à l’endroit sur notre société qui a cédé les amarres face à une tripotée de millionnaires, de médias, de médiateurs et manipulateurs qui ont la main mise sur les informations que nous voyons, lisons, écoutons. Et qui s’en servent pour faire leur petit travail de sape afin de conserver leurs petits privilèges, dont celui de vivre dans une société ancrée dans une image écornée qu’ils cherchent à conserver à tout prix. Les origines étrangères de l’auteure donnent un retentissement unique à roman, nous apporte un éclairage autre. C’est un roman, classé dans la littérature française, mais de portée universelle, sans aucun doute.

Se peut-il ?

C’est grotesque.

25 octobre 1988. Personne ne se souciait de l’aîné des Simart-Duteil, évaporé du jour au lendemain. Au moment du clic, le petit oiseau va sortir, Paul tâpinait surement au bois de Boulogne, et pompait un pauvre type dans sa bagnole de merde pour cinquante francs tout ronds. Dans l’indifférence générale. Tandis qu’à des milliers de kilomètres, sur un canapé moyen-oriental kitsch, dégueulasse, l’homme-son père – c’est grotesque et irréversible -, qui n’a jamais cherché son fils, s’ébahissait d’un autre, tout entier tendu vers lui. Plein de tendresse. Dans sa main gauche, celle à la montre, une Dunhill éteinte, probablement achetée en Franche par Clothilde ou Samuel (il envoyait toujours ses enfants lui chercher des cigarettes), tandis que de la droite il berce, affectueusement, un enfant dont on ignore si c’est une fille ou un garçon. Un enfant langé de blanc et blotti dans le coude paternel.

Dans le coude de.

Malgré l’hébétude sur son visage, malgré son ravissement insupportable, malgré le geste protecteur, enveloppant – un geste que Paul ne lui connaît pas, d’amour -, ça ne peut être que lui, son père, Claude Simart-Duteil.

Au dos de la photo, quelques mots, au crayon à papier : Ma Chadia et Feras, Damas, automne 88.

Lu dans le cadre du Comité de Lecture Cultura

La rentrée littéraire 2022 du Seuil, c’est aussi

Amanda et Clay, des Blancs newyorkais, partent en vacances avec leurs deux enfants à Long Island. Amanda a loué une jolie villa récemment rénovée. Le temps est superbe, la piscine immense, la nature accueillante. Mais lors de la deuxième nuit, un bruit sourd résonne dans le lointain et peu de temps après, on frappe à la porte. Les propriétaires, un couple d’Afro-Américains plus âgés, surpris sur la route par une soudaine panne d’électricité et de réseau demandent l’hospitalité. Inquiets et agacés par cette intrusion, Amanda et Clay n’ont d’autre choix que d’accepter. Leur séjour de rêve prend fin brutalement.

Désormais sans lien avec le monde extérieur, loin de la ville, sont-ils en sécurité ? Peuvent-ils se fier les uns aux autres ? Hypocrisie, peur de l’autre, panique, chacun affronte l’inconcevable à sa façon dans ce huis clos oppressant et sans concession.

T

Liwa Ekimakingaï a passé son enfance et continue d’habiter chez sa grand-mère, Mâ Lembé, car sa mère, Albertine, est morte en lui donnant la vie. Il est employé comme cuisinier à l’hôtel Victory Palace de Pointe-Noire. Et il attend de rencontrer l’amour. Un soir de 15 août où l’on fête l’indépendance du pays, il réunit ses plus beaux atours à peine achetés l’après-midi, et assez extravagants, pour aller en boîte. Au bord de la piste de danse, la belle Adeline semble inatteignable. Pourtant, elle accepte ses avances, sans toutefois se compromettre. Elle signera sa fin…

Le roman est une remontée dans la vie et les dernières heures du jeune homme, qui assiste à sa propre veillée funèbre de quatre jours et à son enterrement. Aussitôt enseveli, il ressort de sa tombe. Pour se venger ?

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