Un pays de neige et de cendres

#blog-littéraire #chronique-littéraire #un-pays-de-neige-et-de-cendre #petra-rautiainen #seuil #littérature-finlandaise

En 1944, au milieu des étendues sauvages de Laponie, un jeune soldat finlandais, Olavi Heiskanen, officie comme traducteur dans un camp de prisonniers dirigé par les Allemands. La cruauté fait partie du quotidien, détenus et gardiens luttent pour préserver leur humanité.

Enontekiö, 1947. La journaliste et photographe Inkeri Lindqvist s’installe dans la ville pour écrire sur la reconstruction de la région. Mais elle cherche avant tout, et en toute discrétion, à élucider le mystère qui entoure la disparition de son mari durant la guerre.

Alors qu’Olavi et Inkeri cohabitent, la journaliste découvre peu à peu ce que tout un peuple a subi dans l’indifférence la plus totale. Et dans la nuit polaire, l’Histoire s’apprête à révéler, sous le soleil de minuit, ses plus sombres secrets.

Petra Rautiainen

320 p.

Seuil

Tuhkaan piirretty maa, 2020

Ma Note

Note : 4 sur 5.

J’ai eu le plaisir de recevoir ce roman des Éditions Seuil, à l’occasion d’une Masse Critique spéciale de Babelio. Un pays de neige et de cendre dont la sortie est fixée à ce vendredi 4 mars est une référence au Grand Nord finlandais, la Laponie, qui abrite les Sames, peuple autochtone. Une partie de la Laponie, qui s’étend également en Russie, en Suède et en Norvège, constitue l’une des dix-neuf régions de la Finlande, et le nombre d’individus s’élève à peu près à 1500 personnes dans le pays aujourd’hui. Le mot Laponie semblerait être péjorativement perçu (lapp = porteur de haillons en suédois), c’est ainsi que j’utiliserai de préférence le terme qui provient directement des langues sames, Same ou Sami. C’est donc à ce peuple autochtone, qui vivait de chasse, de pêche et d’élevages de rennes, avant d’être assimilés à la population finlandaise que Petra Rautiainen a consacré son roman.

Comme tous les groupes de populations minoritaires, c’est un peuple qui a souffert de la Seconde Guerre mondiale, c’est ce qui se perçoit de l’épisode qu’a inventé Petra Rautiainen et dont les protagonistes sames incarnent des personnages essentiels. C’est par le biais de ces années quarante, avant et après la fin de la guerre, que l’auteure finnoise met à jour le sort, loin d’être enviable, réservé à cette partie de la population finlandaise. Il est vrai que l’on ressent immédiatement cette division qu’il y a entre ces Samis et le reste de la population finlandaise, les uns et les autres étant ancrés chacun dans des cultures, us et coutumes singulièrement différents. Et si en 1944 la Finlande reste encore occupée par l’Allemagne nazie à travers les différents camps d’incarcération implantés, le sort réservé d’un côté aux Samis et au reste de la population finlandaise a été relativement différent. 

C’est une histoire que j’ai lue avec une extrême attention et grâce à laquelle j’ai permis de combler quelques lacune. Grâce au flot d’informations, et j’aime particulièrement cela, que Petra Rautiainen nous transmet sur un pays et un peuple que l’on connaît finalement peu. Deux temporalités se chevauchent, : l’année 1944 avec l’arrivée du traducteur Väinö Remes dans un centre pénitentiaire d’Inari, municipalité de la Laponie finlandaise, et l’après-guerre qui met en scène l’arrivée puis la vie d’Inkeri Lindqvist, photographe de profession, à Enontekiö, au nord-ouest du pays, en pays same, non loin de la Norvège et de la suède. L’un et l’autre ne sont pas samis, tous les deux vont devoir s’adapter à l’endroit qui les abrite, le premier en pleine guerre dans des conditions difficiles, la seconde avec un objectif dissimulé. La compréhension des tenants et aboutissants de chacune des histoires imbriquées, implique forcément la compréhension de la place des peuples Same dans la société finlandaise, au sein de son histoire, particulièrement à travers le prisme de la Seconde Guerre mondiale qui les a mis encore plus à l’annexe qu’ils ne l’étaient déjà. Notamment avec l’anéantissement des leurs et de leurs habitats, des villages entiers ont été rasés.

Un pays de neige et de cendres est typiquement le genre de titre qui ouvre à des cultures sur lesquelles j’ai peu l’occasion de lire, et c’est ce qu’il me plaît : cette connaissance avec un peuple qui pour moi évoquait jusqu’à maintenant principalement le Grand Nord Finlandais (et le Père-Noël…), sa coexistence avec la majorité du pays, ces finnophones ou suedophones. Et la façon dont la guerre a été vécue dans ce coin du monde, les dégâts qu’elle a laissées derrière elle : le titre poétique du roman en donne un petit avant-gout. Et c’est l’histoire de tous les sames, d’Inkeri, de Väinö, qui doivent tous s’adapter aux changements. Même si la guerre est finie, les terres sames portent encore les stigmates fumants de tout ce qu’elle lui a infligé, de tous les hommes tombés en son nom. Si Petra Rautiainen a construit son roman d’après un fil narratif bien solide, l’aspect historique et culturel est le gros point positif de ce roman. Rien que pour cela, le titre s’inscrit parmi mes lectures essentielles de ce début d’année. Petra Rautiainen rend tous les préjugés dont sont victimes les Sames, qui les cantonnent à un peuple un peu archaïque de pêcheurs et chasseurs qu’il faut absolument assimiler. De par la langue, pour commencer. Mêmes causes, mêmes effets : on l’a vu ailleurs, c’est aussi ce qui contribue à la disparition de la culture same. Voilà des pensionnats malfamés où sont catapultés de force les enfants sames, Inkeri ne découvre pas qu’un beau et lumineux pays de neige et de toundra, la réalité, celle d’une pseudo-bienveillance affectée, est plus sombre : l’assimilation, qui est un concept problématique puisque il est synonyme d’acculturation devient un véritable conditionnement culturel sous l’excuse de sauvetage civilisationnel comme s’ils avaient besoin d’être sauvés. Comme si la guerre et ses idéologies de « races inférieures », catégorie dans laquelle les Sames étaient vaguement classés, avait toujours prise sur le pays.

Après notre départ, Heiskanen m’a posé des questions sur Koskela. J’ai marmonné indistinctement, pressé de changer de sujet. La bonne femme same que nous venons de quitter est une Lapone typique. Petite, quasi naine, et très supersticieuse ; j’ai du mal à comprendre qu’elle s’entende bien avec les nazis.

-Pas si bien que ça, a nuancé Heiskanen.

Il paraît que les nazis sont réservés vis-à-vis des Sames. On leur a appris que ces peuples primitifs de cueilleurs du Grand Nord sont des marginaux, extérieurs à la civilisation véritable. Ils sont consédérés comme une anomalie pathologique résultant de facteurs environnementaux.

Il faut bien reconnaître que ces habitants des zones frontalières boréales sont d’une tout autre race que nous, les Finnois.

J’ai composé d’une voix exaltée :

– D’ailleurs, Väinö Lassila, le président de la Ligue des droits de l’homme, a declaré dans le cadre de ses recherches crâniennes que les indigènes de Laponie appartiennent aux races inférieures.

C’est encore un autre titre sur la seconde guerre mondiale que je présente ici, mais un titre qui apporte un éclairage encore différent sur la façon dont cette guerre a pu être vécue et subie dans un pays pris en sandwich entre l’Axe d’un côté, les Soviétiques de l’autre. Petra Rautiainen a utilisé à bon escient tous les ressorts d’une narration sous-tendue par ces secrets soigneusement filés où ce contexte historique et culturel dresse une toile de fond particulièrement riche et instructive. Si le pays a été soumis à une politique de neutralité stricte pendant la Guerre Froide, nommée Finlandisation, il semblerait que les malheureux événements actuels la poussent peu à peu à se désolidariser de cette impartialité adoptée, n’en déplaise à la Russie.

– Nous y voilà, chuchota-t-elle avec un sourire mélancolique.

Elle enleva ses lunettes de soleil aux verres ronds et noirs. Elle avait mal. Ses yeux piquaient. Elle aurait préféré être ailleurs.

Le trajet était long depuis Helsinki. Non seulement il y en avait pour plusieurs jours de route, mais Inkeri avait dû faire de nombreux arrêts pour reprendre son souffle. Les voies étaient en piteux état, pour ne pas dire mortellement dangereuses. Des véhicules fonçaient de tous côtés : les conducteurs prenaient le volant même quand ils n’auraient pas dû. Mais le plus gros désagrément venait d’un détail qu’on aurait pu croire minimine : le sable. En Afrique, Inkeri en avait vu beaucoup. Elle avait affronté la sécheresse et les vents violents. Elle avait connu de prodigieuses tempêtes de sable, dont une, au début de 1932, avait été fatale à plusieurs employés de leur plantation. Inkeri avait appris que le sable était dangereux. Elle savait que les grains les plus infimes pouvaient pénétrer par les narines et les oreilles. Ils asséchaient les yeux ; dans le pire des cas, on risquait de garder une sensation de poussière dans l’œil pour le restant de ses jours. Inkeri connaissait bien cela. Mais elle n’aurait pas cru retrouver ce phénomène ici. De tous côtés, elle était assaillie par d’invisibles poussières qui provoquaient d’épouvantables quintes de toux. Même les oranges étaient devenues complètement grises, après quelques heures en Laponie. Sur le moment, elle n’avait pas songé que ces poussières étaient peut-être des cendres.

Pour aller plus loin

Fuyant ses démons intérieurs, un bibliothécaire quinquagénaire sujet à l’anxiété décide de troquer le Royaume-Uni pour une ancienne station britannique du sud de l’Inde. Hébergé par un pasteur et sa fille adoptive, il réapprend au fil des jours à apprécier les plaisirs les plus simples. Charmé par la jeune femme, il en vient à songer que son destin pourrait être de lui offrir une vie meilleure. Mais les tensions religieuses et politiques menacent – ce cadre idyllique n’est peut-être pas le havre de paix qu’il avait imaginé.

Dansce roman envoûtant où l’étrange innocence des personnages cache une sourde révolte, Carys Davies dépeint les malentendus qui surviennent lorsque des imaginaires que tout oppose se rencontrent. D’une écriture parfaitement maîtrisée, elle explore la solitude des uns et les rêves des autres dans un monde fracturé par la cruauté, le fanatisme, le passé colonial et le présent nationaliste.

Date de parution 08/04/2022

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, du haut de ses seize ans, Robert fuit le destin qui l’attend à la mine et s’élance à travers la campagne anglaise avec une seule idée en tête : voir la mer. De ferme en ferme, il échange chaque soir le gîte et le couvert contre de menus travaux, jusqu’à ce que ses pas le mènent au cottage de Dulcie, perdu dans les herbes folles et la vigne vierge. Bohème et indépendante, à l’aube de la cinquantaine, elle y vit seule. Alors que tout les oppose, l’amitié qui naît entre eux modifiera profondément leurs destins. Si Dulcie fait découvrir à Robert la littérature, la gastronomie et un monde d’idées dont il ignorait l’existence, ce dernier l’amène doucement, en exhumant un manuscrit oublié, à affronter les drames de son passé.

Date de parution 18/03/2022

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :