Bénie soit Sixtine

#bénie-soit-sixtine #blog-littéraire #littérature #chronique-littéraire #Maylis-adhémar #littérature-française

#BéniesoitSixtine #NetGalleyFrance

Sixtine Duchamp, la petite vingtaine, issue d’une famille catholique et pratiquante rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde de à un mariage. Les deux jeunes gens se fréquentent, peu, et se marient rapidement conformément au rite des Frères de la Croix à laquelle appartient la famille Sue de la Garde. Sixtine abandonne ses études pour se consacrer à plein temps à sa vie d’épouse et de fille de Dieu, et s’emploie à rentrer dans le moule de la famille jusqu’au jour ou elle tombe enceinte. Vivant une grossesse difficile, elle voit son mari sortir certains soirs armé d’une batte de base-ball. Mais le destin prend un autre tour que celui qu’elle avait imaginé en se mariant et c’est une grande remise en question qui s’impose à elle à la naissance de son fils.

Maylis Adhémar

223 p.

Éditions Julliard

Ma Note

Note : 3 sur 5.

Revenons le temps d’une cène à cette rentrée littéraire, je suppose que si vous fréquentez les réseaux sociaux catégorie littérature, vous avez dû voir passer Bénie soit Sixtine, peut-être l’avez-vous même lu. En ce qui me concerne j’ai eu beaucoup d’échos positifs. J’avais très envie de le lire de fait, j’ai eu la chance de le recevoir en prêt via Netgalley par les Éditions Julliard. Je les en remercie d’autant que j’avais abandonner tout espoir de l’obtenir.

Le hasard fait parfois bien les choses, et j’ai commencé Bénie soit Sixtine juste après avoir terminé La grande épreuve d’Etienne de Montety, qui a mis l’extrémisme islamiste au cœur de son roman. Après donc en avoir terminé avec les fous d’Allah, voilà que ce roman m’entraîne chez les fous de Jésus, et j’ai trouvé cette mise en parallèle, très involontaire de ma part, très instructive. Même si je suis issue d’une famille de tradition catholique, j’avoue que le monde de Sixtine m’a paru aussi insensé, absurde et malaisant que celui des extrémistes islamiques. Bonnet blanc, blanc bonnet. Dès lors que l’on ne fait pas forcément partie d’un milieu très pratiquant, ou même croyant, le choc est rude quand bien même j’ai été baptisée.

Bien heureusement le style de l’auteure presque poétique sauve cette profusion de détails théologiques ou évoluent Sixtine et tous ses condisciples. Lourdeur, oppression, pour qui ne baigne pas de sa propre volonté dans ce milieu, l’asphyxie est bien proche car Maylis Adhémar n’y va pas par quatre chemins. Cette plongée en plein cœur de cette fanatique folie est à la fois délirante et terrifiante car cette ferveur religieuse tient plus d’un sectarisme mortifère ou du sacrifice de soi que d’une spiritualité vécue avec raison et sérénité. À côté de Madeleine, la belle-mère intimidante de Sixtine, et sa descendance, les apôtres font pâle figure, Les Sue de la Garde tiennent davantage de la branche armée d’un Jésus-Christ guerrier plutôt que du messie rédempteur: ces croisés, tels qu’ils se nomment eux-mêmes, ont à leur tête un général en chef encore plus catholique que l’ensemble des diocèses de France et du Vatican réunis. Reprenons un peu d’air.

– Ces gars d’extrême gauche sont violents, des vraies racailles. Mais on n’a pas peur d’eux.

– Ça veut dire quoi?

– Ça veut dire que s’il faut se battre, ce n’est pas un problème, ma chérie!

– Tout de même! Face à eux, ne faudrait-il pas mieux prier?

– Pour défendre le tombeau du Christ, les croisés ont bien levé une armée!

– C’est vrai, c’est vrai!

La première partie du roman est truffée de bigots en tout genre, de ces bondieuseries surréalistes, d’une avalanche de prière, qui m’ont donné franchement le tournis. L’auteure a habilement instauré un climat de défiance et d’angoisse qui ont peu à peu déteint sur moi. Le titre est limpide, c’est évident, on sait à quoi l’on s’engage à lire ce roman. Mais derrière l’adoration du Christ, de la Vierge, du Saint esprit, et de tous les saints du calendrier, sous la mantille discrète et pudique de ces femmes coupables se cache les sournoiseries, la fourberie, les propos sifflants, les langues vipérines, les esprits intolérants et malintentionnés. Ma critique ne porte évidemment pas sur la religion, quelle que soit sa nature je ne fais absolument aucune distinction entre elles. C’est la façon dont ils s’en servent, ou la desservent plutôt, et la manipule qui est dérangeante, ce que l’auteure décrit parfaitement, comme dans toute forme d’extrémisme. La croix du Christ ici devient bien lourde à porter devant une telle folie.

Par moments, moi qui suis tellement éloignée de ce monde, j’ai commencé à croire à la parodie. Ce genre de famille existe-t-elle vraiment ? Si on entend régulièrement des critiques à l’égard de la place de la femme dans l’islam, lisons quelques pages de Bénie soit Sixtine pour comprendre qu’elle n’est pas mieux lotie chez ces chrétiens obscurantistes. Quelle prison l’auteure nous décrit là, je n’ai jamais ressenti autant que dans ce texte cette culpabilité qui ronge l’esprit catholique. J’en ai presque eu l’envie d’aller me confesser à l’église de mon village qui n’officie plus depuis un moment.

– Maman, je me sens vraiment mal, le ventre, tout, je ne réussis pas à manger, j’ai perdu deux kilos.

– Voyons Sixtine, tu vas devenir mère, grâce à Dieu, tu dois être forte. Te montrer courageuse devant ces petites épreuves. Pense aux souffrances de Notre Seigneur sur la croix, offre, offre tout. Et pense aussi à Pierre-Louis, ton mari est si engagé, il a besoin de ton soutien

Mais, Dieu merci, il y a tant d’autres choses que cela à relever de ce roman. Outre l’émancipation de Sixtine du milieu dans lequel elle a grandi, c’est aussi l’histoire d’une famille, ou chacun se trouve confronté aux choix de son prochain et l’apprentissage de l’acceptation des différences. J’ai apprécié assister à l’évolution de Sixtine, qui d’une jeune femme naïve et totalement passive prend peu à peu sa vie en main grâce à la naissance d’un lien encore plus fort que celui qui la liait à ses parents ou son mari, l’amour maternel pour son fils. Même si elle apparaît assez agaçante dans la première partie du roman, l’apprentissage de la maternité lui permet une remise en cause, non seulement de sa propre vie, et envies, et de sa propre relation avec Dieu. J’ai trouvé particulièrement adroit ce passage de fin de roman, lorsque elle se rend compte que la vie n’est pas forcément que souffrance et douleur, culpabilité et soumission, à travers cette image terrible du Christ expirant sur sa croix, dont l’horreur la frappe alors de plein fouet. J’ai davantage apprécié cette Sixtine plus modérée qui parvient à trouver un compromis entre sa foi et sa vie, à finalement créer de toutes pièces sa propre religion, sa propre confession de foi auprès de son fils aimé. Ce fils finalement qui lui a finalement la véritable voie vers Dieu.

Sur d’autres points, ce roman révèle la violence contenue, davantage psychologique, mais néanmoins bien présente qu’exerce cette forme d’extrémisme religieux, ou cette foi n’est qu’au service de l’intolérance crasse d’une poignée d’individus esseulés. Chacun s’arrange avec la vérité, et surtout avec Dieu, et ses préceptes, pour servir ses propres intérêts. Cette émancipation est autant psychologique, financière que spirituelle, c’est véritablement à ce moment-là que le roman prend tout son sens pour moi. Sixtine arrive à sortir de cet asservissement, auquel sa mère a adhéré, pour mener sa propre réflexion. La liberté peut être effrayante, certains se cherchent un cadre et des repères pour se rassurer, et je crois que ce roman ouvre la voie à l’acceptation de cette peur comme condition au bonheur. Je crois qu’on ne peut appuyer cette conception moderniste de vivre sa religion, ouverte par Jean-Paul II.

Le seul reproche que je ferai à ce roman c’est peut être d’avoir mené Sixtine d’un extrême à l’autre sans médiation, Sixtine passe de la vie quasi-monastique à la vie communautaire avec punks et chiens et drogués comme si de rien n’était, cela me paraît quelque peu invraisemblable. Mais pour le reste j’ai beaucoup aimé découvrir l’histoire de la famille de Muriel, sa propre histoire, et je trouve cela bien pensé de la mettre en parallèle avec celle de sa fille.

C’est un premier roman efficace, qui a abordé un thème peu exploité mais très pertinent en vue de la situation actuelle. L’Islam n’a pas l’apanage de l’extrémisme, et l’apparence trompeuse de ces familles si bon chic-bon genre ne cache pas forcément que de bons sentiments. D’ailleurs si le pape en ait à accepter les unions homosexuelles, on peut se dire que tout espoir d’évolution peut être permis. Et d’avoir lu ce roman à la suite de La grande épreuve, marque un peu plus ce que ces deux formes d’extrémisme ont en commun. En sortant de ce roman piquant envers la religion, je n’ai pu que bénir notre liberté de croire ou non, dont nous bénéficions encore, heureux sommes-nous!

Dans l’assistance, on est ravi. Et le père Mathias monte en chaire.- Mes enfants, sur vos épaules repose une lourde tâche, celle d’être des époux catholiques dans un monde païen, celle d’être des parents de nouveaux petits croisés qui devront grandir au milieu de ce peuple renégat. Pierre-Louis et Sixtine, tous les enfants que Dieu vous donnera seront une grâce et une grande bénédiction. Comme disait notre fondateur, le frère André, « en ces temps de décadence et d’apostasie, cela devient même un devoir ». Chers Pierre-Louis et Sixtine, et vous, peuple des fidèles, inculquez la foi catholique et romaine à ces enfants que nous espérons nombreux. Je ne peux que vous inviter à suivre les commandements édictés dans la Genèse: « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la! »

Un commentaire sur “Bénie soit Sixtine

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :