Du côté ensoleillé de la rue

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Tachkent, Ouzbékistan. Katia Chtcheglov rentre au domicile familial, après cinq ans d’emprisonnement, occupé par sa fille Vera et son mari. Les deux femmes ne s’entendent pas, et après moult disputes et provocations, Vera décide de s’installer seule. Alors que Vera apprend à vivre seule et à vivre pleinement son art dans la capitale ouzbèke dans un premier temps, Katia quant à elle revit l’histoire de sa vie.

Dina Rubina

447 p.

Macha Publishing

На солнечной стороне улицы, 2006

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

Dina Rubina a été à l’honneur du salon du livre Russe Russkaya Kniga de ce décembre 2020, elle est également à l’honneur de cette rentrée d’hiver 2021, qui voit la publication de Du côté ensoleillé de la rue en version poche aux éditions Pocket dès ce 7 janvier, et son nouveau roman Le syndrome de Petrouchka aux éditions Macha Publishing le 12 janvier, . Je vais parler ici du précédent Du côté ensoleillé de la Rue, sorti en 2019 chez nous, treize ans plus tôt en Russie, qui est aujourd’hui celui qui se vend le plus là-bas. Envie de lire ce roman car il fait la part belle à l’Ouzbékistan, et plus spécialement sa capitale Tachkent. Ce n’est pas si souvent que l’on parle de ces ex-Républiques du bloc soviétique qui restent encore terra incognita en Europe, et donc source de rêves, de mythes et de nombreuses interrogations, en ce qui me concerne. J’ai entamé la lecture de cet épais roman avec ainsi autant d’envie que de curiosité. Dina Rubina n’a pas fini de faire parler d’elle!

Nous pénétrons donc ce pays, qui reste encore fortement ancré par la culture russe. À travers deux destins, une mère, sa fille, unies non pas par un sentiment maternel et filiale mais par une exécration et un agacement réciproques. C’est donc sur deux versants opposés que l’on va suivre ce couple mère-fille, l’une loin de l’autre, qui ont grandi dans cette même capitale multiculturelle. Il y a la mère, Katia il y a la fille, Vera, mais il y a surtout Tachkent. Celle, l’unique, qui relie ces deux femmes devenues deux étrangères aux antipodes l’une de l’autre. Je brulais d’impatience de plonger au cœur de ce roman qui ne compte pas moins de 77 chapitres. Car ce sont deux vies incroyablement palpitantes, riches en émotions et en rencontres, dont Rubina nous déroule le fil tortueux de cette très grosse pelote, composée des cordons de la vie des deux femmes, qui lorsqu’elles sont ensemble, s’entremêlent en un nœud indébrouillable, bien difficilement dénouable. Une relation difficile, c’est le moins que l’on puisse dire, truffée d’échanges cassants, de piques incisives, de coups bas mesquins qui confrontent deux caractères irréconciliables. Des affrontements qui tournent bien vite à l’absurdité totale aux confins de l’aberration.

Avec Katia, et son frère Sacha, Dina Rubina entreprend une exploration de la vie de ces exilés qui après le siège de Leningrad ont été expédiés dans cette république d’Asie centrale et de cette cohabitation avec les Ouzbeks qui peinent eux-mêmes dans leur pays. On ne peut passer à côté de cette langue en apparence familière, mais forcement minutieusement travaillée, qui s’apparente presque à du langage oral, et qui colle par focalisation interne, à celle de ses personnages, en amenuisant ainsi au maximum la distance entre ces personnages et le lecteur, qui s’approche au plus près de la réalité de leur vie. L’existence de ces gens, de Katia et Vera, sont d’une violence, bien souvent contenue, qui par moment s’échappe brusquement en un jet puissant et brutal, lorsque les vannes des protagonistes ne parviennent plus à contenir les émotions à vif. Katia est une sauvage, une instinctive un peu comme l’enfant loup qui a dû grandir sans cadre protecteur et guidant, en se débrouillant par elle-même et en développant un instinct de survie peut-être un peu plus aiguisé que d’autres. La calme Vera vit et réagit à travers son art, dont elle se sert comme moyen cathartique pour canaliser cette colère que cette mère impulsive provoque en elle, juguler ces pulsions destructrices que cette mère cause, quelquefois malgré elle, que le combat perpétuel, qu’elle a mené enfant, adolescente et adulte pour sa survie, a provoqué.

Mais si l’on entreprenait de raconter dans le détail et intelligemment…. alors, il fallait sonder cette vie par tous les côtés – par le début, le milieu e la fin. Et si l’on creusait avec zèle, tout ce que l’ont extrairait ne serait pas forcément très réjouissant.

Comment un destin se donne-t-il à voir habituellement à des personnes étrangères? Comme un synopsis. Un sommaire…

Parfois, on y regarde de plus près et on recule aussitôt, effrayé: qui a envie de toucher, à mains nues, les fils de cette vie à haute tension?


Parce que la mère n’a pas su créer le moindre lien avec sa fille, c’est surtout le prétexte à explorer leur deux vies au sein de la capitale Ouzbèke, qui porte encore les vestiges des dernières traces soviétiques. Partir à la découverte de Tachkent, en même temps que les vies de Katia et Vera, a été passionnant, car peu à peu on prend la mesure de la complexité de cette ville, qui porte le poids d’une histoire chargée, un patchwork de cultures, de ce mélange des Russes qui ont fui leur ville, des Ouzbeks et de bien d’autres. Une ville cosmopolite, dont le cœur palpite à travers la vie incessante de ses habitants, Dina Rubina a dépeint avec succès les particularités de cette capitale asiatique aux multiples facettes, épicentre culturel, place vivante ou le travail se trouve facilement, mais ou malgré tout la faim creuse les ventres. La dualité de cette ville est ainsi illustrée par les caractères, et les modes de vie, opposés de Katia et Vera, l’une survoltée et presque trop extravertie, sa fille, posée et calme, qui commencera à n’exister qu’en sortant de l’ombre de sa mère. J’ai aimé Katia par cette vision anarchique qu’elle donne de cette ville, de sa vie d’exilée et d’orpheline qui sait se raccrocher à toutes les branches qu’elle voit pour vivre, pour son – trop-plein- d’énergie qui se déverse d’elle et qui en fait une figure, sinon respectée, du moins crainte de Tachkent. J’aimé Vera parce qu’elle est tout l’opposé de sa mère, dotée d’une sensibilité qui lui fait défaut, et d’une force, peut être moins vive que Katia, cependant tout aussi vive. Elles s’opposent totalement mais se complètent parfaitement.

Il y a beaucoup de changement de focalisation, dans ce roman, et il me semble qu’il est parfois difficile de les démêler d’autant que j’ai parfois eu du mal à réellement en distinguer immédiatement l’alternance des voix. Cette confusion des voix rend parfois le récit un peu confus, d’autant que le style de Dina Rubina est très prolifique et surement pas économe en détails. C’est une première lecture de cette auteure que j’ai appréciée, qui a d’ailleurs a reçu en 2007 le prix littéraire russe Bolchaia Kniga pour ce même roman. C’est un récit très touffu qui rend parfaitement bien la complexité de certaines conséquences de l’éclatement du bloc soviétique, de cette capitale que se partagent de multiples communautés. Je suis heureuse que la maison d’édition Macha Publishing publie son prochain romain car c’est une auteure, à la langue russe, mais dont l’identité culturelle, laisse penser que la « Françoise Sagan Soviétique » a encore beaucoup de choses à dire.

Bon, donc, je parlais de Cheikhantaour… Il y avait tout sur place : salons de coiffure, écoles, institut de droit, cabinet dentaire, marché… Il y avait même un studio de cinéma, dans lequel on avait tourné des films muets ! Et tous vivaient à l’étroit, comme entassés… Dans le voisinage, il y avait des koulaks russes dépossédés, des vieux-croyants, et l’on trouvait également des Tatars, des Arméniens et des Juifs… Pendant la guerre, les évacués avaient même trouvé refuge dans la mosquée qui, plus tard, a été transformée en entrepôt. Et après le mouvement de renaissance nationale, qui s’est manifesté au moment de l’indépendance… je ne sais plus car je n’étais plus là…

Il y avait également des tchaïkhanas à tous les coins de rue… L’homme ouzbek ne peut se passer de tchaïkhana – c’est l’équivalent du club pour les Anglais. Les Ouzbeks passent leur temps dans les tchaïkhanas, vêtus de tchapans – principalement bleus et rayés – et coiffés de turbans ou de calottes… Ils boivent du thé toute la journée ; coiffés de turbans ou de calottes…. Ils boivent du thé toute la journée, et transpirent au calme…. Pour eux, la sueur sert de ventilation, et le tchapan conserve la température du corps tout le jour… Une tradition centenaire – pour se protéger de la chaleur… Et puis – autre tradition centenaire !- on respire inévitablement l’odeur caractéristique du haschisch dans la pénombre de la pièce, de l’anasha, comme ils l’appellent… L’Orient sans drogue, disait mon père, c’est comme un avare sans poche !

Pour aller plus loin

À paraître le 12 janvier 2021

Le Syndrome de Petrouchka nous entraîne dans un monde mystérieux, celui des marionnettes, et nous enveloppe d’une ambiance feutrée, nous habille de flanelle et de velours.

Petrouchka est le diminutif de Piotr, le héros de ce livre. Mais, en russe, Petrouchka est aussi l’équivalent du Polichinelle français, et désigne le syndrome d’Angelman – un grave trouble du développement neurologique, caractérisé par des difficultés motrices, une absence de langage oral et des rires fréquents.

Depuis l’enfance, Piotr est passionné par le théâtre de marionnettes et rêve d’en faire son métier. Alors qu’il n’est qu’un garçon, une rencontre chamboule son existence : une petite fille aux cheveux rouges, qu’il n’aura de cesse de venir visiter chaque été. La fillette, Lisa, grandit, fait du ballet, de la danse, tente de devenir adulte tandis que sa vie, autour d’elle, s’émiette. Sa mère met fin à ses jours, sa tante disparaît le même jour, son père commence à la considérer davantage comme un être charnel que comme son enfant… À ses 16 ans, Piotr vient la chercher et l’emmène avec lui, à Leningrad, pour l’épouser.

Leur vie devient alors un long chemin de bohème. Ils font la tournée des théâtres et voyagent dans toute l’Europe de l’Est, vivant de peu de choses, jusqu’au jour où Piotr imagine une danse dans laquelle Lisa est une marionnette vivante. Ce spectacle les sort de la misère, mais Lisa tombe enceinte et Piotr est contraint de la remplacer par une véritable marionnette, qu’il baptise Ellys. Tellement réaliste, et à l’image de Lisa, tous la croient réellement humaine. Pris au piège de son propre talent, Piotr tombe amoureux de sa création.

Pendant ce temps, la grossesse de Lisa arrive à terme, et elle accouche d’un garçon atteint du syndrome de Petrouchka. L’enfant ne survit que quelques jours avant de s’éteindre. Lisa reste inconsolable et refuse, dès lors, de danser. Pensant tous deux prendre un nouveau départ à Prague, ils s’engluent peu à peu dans une relation rendue toxique par la poupée qui prend la place de l’humain, et par la jalousie et la colère de Lisa. C’est dans leur passé qu’ils puiseront de quoi se reconstruire…

La narratrice vient remettre à une revue juive de Moscou le texte d’un ami. Elle redécouvre alors sa langue oubliée, le yiddish, son passé et celui des siens.

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