Joueuse

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Zack et Baloo sont deux joueurs de Poker, qui excellent dans le jeu et écument les tripots clandestins la nuit. Ils courent de bars en boite de strip-tease et réussissent brillamment à rouler leurs adversaires. Amis depuis l’enfance, ils ont en commun d’être deux cabossés de la vie, tous les deux orphelins, ils sont devenus quasiment inséparables. Maxine est, elle aussi, une joueuse invétérée et très douée, qui n’a pas peur de se mêler très masculin où la violence n’est jamais très loin. Elle aussi va de table en table, ou elle fait parfois de mauvaises rencontres, dans le but de faire la connaissance de Zack, dont la réputation n’est plus à faire. Elle prévoit en effet de jouer la partie de poker, peut-être, la plus importante de sa vie.

Benoît Philippon

347 p.

Editions Le Livre de Poche

Ma Note

Note : 3.5 sur 5.

Pour ce mois d’avril, le Prix des Lecteurs #polars se résume à deux romans à mes yeux de qualité égale, que j’ai lus avec le même plaisir, mais il a fallu choisir. J’ai donc choisi, cela s’est joué à un cheveux de choisir Joueuse de Benoît Philippon plutôt que son concurrent. Si je m’en étais tenue aux couvertures, avant de lire les deux romans, je n’aurais probablement voté pour Joueuse. Mais à sa lecture, j’ai été prise d’un engouement auquel je ne m’attendais pas. Les cercles des jeux d’argent est un monde que je déteste, les casinos bien plus encore. Mais j’étais loin de me douter qu’il pouvait avoir autant de sordides tripots clandestins en France ou ailleurs, qui abritaient les nuitées interrompues de bouillonnantes parties de poker qui mêlent des joueurs de tous horizons.

C’est dans cet univers en marge du monde, habilement dissimulé par l’opacité nocturne, que nous retrouvons au prime abord Zack et Baloo, deux amis, deux joueurs invétérés, doués, qui jouent seuls, en duo, deux tricheurs, qui montent un numéro ensemble mille fois répété pour dépouiller les plus naïfs et les plus bêtes. Ensuite la mystérieuse Maxine, belle femme, excellente joueuse, Maxine sait en plus se défendre pour nager et survivre dans cet océan de requins qu’elle n’hésiterait pas à éborgner d’un coup de talon dans l’œil, s’il fallait. Car le jeu, et encore plus l’argent, finissent par tout pervertir, tout salir, surtout lorsqu’ils sont liés ensemble. La fragile frontière entre la raison et l’inconséquence s’efface sous la passion addictive du jeu. L’un des premiers portraits, l’un des plus marquants qui soit, que nous dépeint l’auteur, est celui d’une joueuse, quelconque, mère de famille célibataire, qui vient de perdre tout ce qu’elle possédait sur la table de poker. Il va bien falloir trouver un moyen pour elle de régler ses dettes. L’ambiance est clairement posée, ce ne sera pas celle des dimanches après-midi en amis ou en famille autour d’un bon jeu de cartes, ce sera celle de l’ivresse des parties gagnantes, des yeux qui brillent devant les gains qui s’accumulent, des nerfs du débutant qui lâchent, du sang-froid du bluffeur habituel, de la colère, de la honte, de la peur, du remords de celui qui perd tout ce qui lui reste, même la chemise qu’il porte et celle qu’il portera demain. L’aube est cruelle avec ces gens-là, la réalité brute de leur échec se relève au moment où la nuit s’envole avec leurs dernières illusions.

C’est un milieu qui contient beaucoup d’âmes perdues, Maxine et les deux hommes comptent parmi ces esseulés. Si à première vue, pour moi, ce livre ne semble pas rentrer strictement dans le genre du polar, il n’en reste pas moi que le chemin que vont prendre les deux amis à la rencontre de Maxine va les mener bien loin de leur vie presque monotone, de leurs blessures qui ne suturent pas, sur une route qui n’est pas la leur. Mine de rien, le crime est bien présent, voir omniprésent, d’un bout à l’autre du roman, qui aurait pu virer à un récit grotesque et répétitif, ou les parties de poker se succèdent les unes aux autres, tout comme les diverses formes de violence – l’homme n’est décidément jamais à court d’idées en la matière -, si l’habilité de l’auteur n’avait pas été là pour mettre de l’ordre, de manière parfaitement calculée, et si son style avait été plat et ennuyeux, mais j’y reviendrai un peu plus bas. Il n’y a presque rien de moral ou de légal dans le monde du jeu: paris illégaux, prostitution, chantage, règlement de compte, violence physique, automutilation, tentative de viol, meurtre, et pire. Benoît Philippon nous fait franchir les étapes l’une après l’autre, le sang coule de tous côtés, parce que le poker et l’argent font rarement bon ménage, encore moins pour les perdants et les tricheurs. Tout le monde n’a les aptitudes pour être un grand bluffeur ou un grand tricheur, encore mieux. Le récit ne connaît pas vraiment de temps mort, pas le temps de souffler entre deux péripéties, deux tables de jeux, deux parties de carte qui prépare la partie vraiment importante, qui ne font qu’exacerber la tension, que renferment les personnalités explosives de la joueuse et de Zack et Baloo. Tension dramatique qui va finir par détoner en toute fin de récit, dans une ultime partie, que je vous laisse savourer.

Le style de Benoît Philippon contribue au succès de ce récit, vif, incisif, gouailleur à souhait, le style un peu voyou totalement adapté avec le contenu qu’il dévoile. Il manie l’humour qu’il manie souvent pour désamorcer les situations qui tendraient à devenir dramatiques et désamorcer cette gravité qui s’inscrit dans les ténèbres de cet univers, quoi qu’on en dise, malsain. Je trouve qu’on ressent totalement le plaisir qu’il a pris à écrire son roman et à faire vivre ses personnages. Ce juste équilibre entre le drame qui se joue en toile de fond, que l’on appréhende peu à peu et cette légèreté apparente du monde du jeu clandestin sous couvert d’humour est, à mon sens, la belle réussite de ce polar.

Zack commence à ne plus y voir très clair, c’est le moment de retirer ses billes. La nuit a été longue mais fructueuse. Pour lui. Contrairement à la demoiselle au chemisier violet qui n’a pas su s’arrêter avant de s’enfoncer dans les sables mouvants des dettes de jeu. Ne jamais miser quand on n’a pas les fonds, règle numéro un, surtout à une table de pros au potentiel dangereux avéré. Règle numéro deux : ne jamais accepter l’appui financier d’un autre participant pour se renflouer via un emprunt prétendument amical. Tout autre joueur étant, par définition, un adversaire, s’il te fait crédit c’est pour mieux te baiser la gueule. Règle numéro trois, la plus vitale à retenir : on ne gracie pas un ennemi à terre, on l’achève en le suçant jusqu’à la moelle.

La sanction peut prendre bien des formes. Milan a un faible pour l’épargne, aide factice en forme de rémission provisoire aussi impitoyable aux jeux qu’à la banque : le débiteur avili perd tout d’abord sa dignité, puis sa liberté.

Violette – probablement un pseudonyme, s’est dit Zack lors des présentations, au vu de son chemisier – connaissait les règles aussi bien que les autres, mais, l’esprit embrumé par la fièvre du jeu, elle-même attisée par la détresse à la perte de sommes de plus en plus impensables, l’affolée s’est obstinée en s’accrochant aux ronces bien qu’elles soient empoisonnées. Contre-productif instinct de survie des perdants en sortie de route qui prient pour la délivrance d’un tour de table miraculeux, et commettent l’erreur, fatale, de la mise de trop. La balance bascule alors sous le poids d’un débit qu’ils ne peuvent éponger, et actionne la spirale de tentatives désespérées pour s’en sortir qui ne font qu’accélérer la descente aux enfers. À coup de prises de risque qu’ils pensent mesurées, les pauvres hères imaginent se rattraper, alourdissant leurs dettes et étirant le point qui les sépare du solde positif jusqu’à le faire péter comme un élastique. S’ensuit la chute tant redoutée. Fin de partie, il faut payer.

Pour aller plus loin

Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée, mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.

Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de « tomate écrasée »…
Et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas…
Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but.
Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

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